I.\ I Wllll.l JOUFFROY
Je suis venue, parce que je vous sais un honiiue capable de tout. (P. 407.) t,IV. 5t. — EUGÈNE SUE — M I ""'" niov. — fip, f, POIJFF CT Q'e IJV, 51,
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excellente excuse. Hâtons -nous, j'ai laissé partir les compagnons de l'orfèvre en me cachanl dans un bosquet du parc. J'étais obsédé par le souvenir de ce guéridon couvert d'objets précieux, dont j'ai pris un échantillon en mémoire de ma bulle inconnue. C'est un excellent coup à faire! il y a là des valeurs considérables.
Angelo prête de nouveau ça et là l'oreille, avant de s'approcher du guéridon placé à l'autre extrémité du salon, près de la porte par laquelle Anrélic est sortie.
— Je n'entends rien, le trésor est à moi. Mes chers amis, qui m'attendent ce soir dans les ruines du vieux château , ne sauront rien de celte prise. A moile danger, à moi le profil !
En parlant ainsi Angelo s'est dirigé vers la table où brillent les bijoux ornés de diamants et de pierreries.
Tout à coup, Aurélie sort de la chambre voisine, tenant d'une main deux lettres, et de l'autre un bougeoir, qu'elle laisse échapper, en poussant un cri d'effroi, à la vue d' Angelo.
La lumière de la bougie s'éteinl sur le tapis; le salon n'est plus éclairé que par les rayons de la lune.
Angelo Grimaldi, presque surpris en flagrant délit de vol, tombe à genoux aux pieds de M™" de Villetaneuse qui, se reculant vivement, n'a pu retenir une exclamation de surprise. La clarté lunaire resplendit sur le noble et charmant visage du repris de justice; ses traits, aussi purs que ceux de l'Antinous, semblent exprimer une passion profonde : se^ grands yeux noirs, humilies et rayonnants de flamme, fixent ardemment Aurélie, immobile, palpitante; il feint d'être lui-même si ému, que de ses lèvres vermeilles entr'ouvertes, et découvrant, l'éclatant émail de ses dentSj s'échappe un souffle précipité, comme si la parole lui eut manqué. Enfin, appuyant l'une de ses mains sur son cœur, levantl'autre d'un air suppliant, il ditde cette voix délicieusement timbrée dont l'accent avait déjà, dans la journée, frappé l'oreille de la comtesse :
— Pardon-, madame, pardon de mon audace... mais je vous aime comme un insensé!
— Monsieur! s'écrie Amélie indignée, éperdue, quoique frappée de la ravissante I eautéde l'inconnu, et subissant le charme irrésistible de sa voix, monsieur, cette audace... Sorte/, oh! sortez!
— Madame, il y a deux heures, après avoir provoqué cet homme qui vous ait, je n'ai pu quitter ce parc; nue puissance invincible me ramène vers
cette maison; j'espérais, je voulais vous voir une dernière fois... vous voir au prix de ma vie, s'il le fallait!
— Monsieur, reprit Mm° de Villetaneuse, accablée par tant d'émotions diverses et ayant à peine la force de se soutenir, relevez-vous, sortez de chez moi je vous l'ordonne !
— Non, je resterai là, à vos pieds, madame, tant que vous n'aurez pas pardonné mon audace, pardonné mon amour!
— Ah! c'en est trop!
— Hier, tantôt encore, dans une avenue voisine de cette villa, je chantais le tourment de mon âme. Hélas! me disais-je, cette femme adorée, que je n'ai entrevue qu'une fois pour mon malheur, je dois l'aimer toujours. Elle ne me connaîtra jamais, pauvre exilé que je suis, mais du moins ma voix, plus heureuse que moi, parviendra jusqu'à cetle enivrante beauté dont le souvenir me brûle, me tue! Ah! continua le repris de justice avec un accent enchanteur, je vous aime, voyez-vous, comme jamais l'on n'a aimé!... Non, Venise, ma patrie, mes amis, ma pauvre vieille mère, mon exil, la condamnation à mort qui menace ma tête, parce j'ai défendu la liberté de mon pays, tout m'est indifférent ; ce fatal amour me fait tout oublier! Maintenant, ma vie, ma loi, mon avenir, c'est vous! Ma pensée, c'est vous! Le dernier soupir d'Angelo sera pour vous!...
Aurélie, dans son trouhle, aurait en vain tâché d'interrompre ce misérable; enfin, rassemblant ses forces défaillantes, elle reprit d'une voix digne et ferme :
— Monsieur, un pareil aveu m'offense ; je ne saurais tolérer plus longtemps votre présence ici... ne m'ohligez pas de sonner et d'appeler quelqu'un encore une fois, relevez-vous, monsieur, et sortez!
— Madame, un mot... de grâce, un mot...
— Qu'entends-je? s'écria la comtesse, prêtant l'oreille au rapide roulement d'une voiture qui s'approchait de plus en plus, se dirigeant vers le portique; c'est ma mère et mon père : ils rentrent de la promenade. Mon Dieu! s'ils me trouvaient ici... dans l'obscurité, avec un inconnu!
La voiture qui ramenait de la promenade M. et Mm8 Jouffroy s'arrêtait en ce moment devant le péristyle.
— Ah! madame! je déplore mon imprudence, dit le repris de justice en se relevant soudain; plutôt mourir que de vous compromettre!
Et jetant les yeux sur la porte de la pièce voisine et s'y précipitant :
— Je vais me cacher là pendant un moment, madame. Et Angelo referma la porte sur lui.
— Mais, monsieur, s'écria la comtesse, cette chambre... c'est... Elle ne put achever.
M. et cl Mmo Joutïroy, descendus de voiture, entraient dans le salon au
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moment où deux valets en grande livrée apportaient des candélabres dorés garais
de bougies.
La nuit est tiède et sereine; la lune éclaire les ruines du vieux château de Meningen.
Mauléon et Gorbin s'entretiennent ainsi au milieu des décombres de la grande salle.
— Que diable peut faire Angelo?
— Pouruuoi tarde-t-il autant à venir au rendez-vous convenu!
— Je gage qu'il est à chanter sa romance sous le balcon de sa belle inconnue.
— Peste soit de l'associé que nous avons là! Toujours sacrifier les affaires au plaisir ! Si l'on me reprend jamais à collaborer avec lui, je veux être pendu !
— Vous dites cela, père Corbin, parce que vous savez que l'on ne pend plus; mais je regrette, comme vous, l'absence d'Angelo. Cette femme va venir, et, selon le résultat de notre entrevue avec elle, il nous faudra peut-être agir cette nuit même.
— En ce cas, l'absence d'Angelo sera déplorable. 11 est agile, adroit et hardi ; je ne suis bon, moi, qu'à faire le guet, et.. .
— Silence! écoutez, j'entends des pas, c'est Catherine.
— Il n'est point certain que ce soit elle, et si l'on nous surprenait à celte heure, au milieu de ces ruines.,.
— Ne sont-elles pas admirables à visiter au clair de lune? C'est fort romantique? Notre qualité d'artistes et de touristes expliquerait à merveille notre présence ici.
Mauléon s'interrompt en voyant paraître Catherine sous l'arceau qui sert d'entrée à la grande salle.
— J'étais sûr que cette femme viendrait, dit-il à Corbin. La voici.
— Maudit Angelo! maudit troubadour! reprit le vieillard en suivant Mauléon, et se rapprochant, ainsi que lui, de Catherine, qui s'avançait avec hésitation à travers les décombres.
: Mauléon, ruiné, puis abandonné par Catherine de Morlac, allait lui parler
pour fi première fois depuis leur rupture. Sa haine contre la courtisane, cause première de la dégradation où il vivait, était si violente, que tout d'abord il oublia ce que le vieux Corbin appelait cyniquement les affaires de la société, courut à Catherine, la saisit rudement par le bras, et lui dit avec un accent de sourde fureur :
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— Te voilà donc, infâme, toi qui m'as dévoré jusqu'à mon dernier sou?
— Ceci n'a nullement trait à nos intérêts communs! s'écria Corbin; nous perdons un temps précieux.
— Infernale créature! poursuivit Mauléon, tenant toujours par le bras Catherine atterrée, avant de t'avoir connue, j'étais riche, heureux, honoré ! Tu m'as perdu! Mon dernier écu dépensé, tu m'as repoussé du pied, me laissant, pour tout bien, la rage et la misère!...
— Oh ! murmurait Catherine, fatal passé! fatal passé!
— Mais encore une fois, Mauléon, vous n'êtes pas dans la question; ces reproches sont oiseux! s'écria le vieux Corbin avec impatience. Arrivons donc au fait.
— Je t'aurais tuée, misérable! continua Mauléon, dont la colère s'exaltait de plus eu plus, oui, je t'aurais tuée, si j'avais pu te retrouver après que tu m'as eu écrit cette lettre insolente et féroce, où lu me disais : « Vous êtes ruiné! oubliez-moi, je vous ai déjà oublié... » Tu m'as écrit cela... t'en souviens-tu? dis, t'en souviens-tu9
— Je suis en votre pouvoir, ce lieu est désert, faites de moi ce que vous voudrez.
— Oh! reprit Mauléon d'un air sinistre, en levant soudain ses mains crispées vers Catherine, et à la hauteur de son cou, je ne sais qui me retient... je t'étranglerais!
— Un meurtre! s'écria Corbin, épouvanté de l'expression des traits de son complice, el, se jetant entre lui et Catherine, malheureux! tu es donc fou! me compromettre dans une affaire capitale! Est-ce que je suis un meurtrier, moi? est-ce que je me suis associé avec toi pour commettre des crimes pareils?
Et s'adressant à Catherine en la couvrant de son corps :
— Ne craignez rien, c'est une lubie; il en a souvent, mais ça va lui passer.
Mauléon, après quelques moments d'un farouche silence, dit à Catherine :
— Écoute. Voilà ce que tu as fait de ma vie : tu m'as ruiné ; la misère est venue : habitué à une oisive opulence, j'étais incapable du moindre travail; le diable m'a tenté : je me suis associé à une bande de filous au jeu. J'avais, comme on dit, de bonnes manières, l'usage du monde; je devais, mieux qu'un autre, inspirer de la confiance à nos dupes. J'ai vécu ainsi quelque temps de filouterie au jeu; j'ai été découvert, signalé comme </rec. Alors j'ai descendu plus bas I échelle de l'infamie, je suis devenu escroc; puis, descendant encore, voleur de nuit. J'ai été arrêté, emprisonné avec des gens tombés comme moi dans la fange du crime. Je me suis bronzé au feu de cet enfer qu'on nomme une prison! Je suis maintenant et pour toujours voleur! peut-être un jour devieudrai-je assassin!
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Qui sait? Mais, en attendant, je suis voleur I et tu seras voleuse, Catherine de Morlac !
— Moi? grand Dieu!
— Enfin, nous voici dans le vif de la question, dit Gorbin; nous voici dans le vrai.
— Tu seras voleuse, Catherine de Morlac! En me ruinant, tu m'as conduit au vol : tu deviendras ma complice.
— Vous me tuerez plutôl !
— Je ne te tuerai pas. ta vie m'est nécessaire, lu m'obéiras.
— Jamais!
— Tu l'abuses. Tu es ouvrière de Fortuné Sauvai?
— Oui.
- 11 y a dans son atelier du palais Meningen des pierreries d'une valeur considérable?
— Je n'en sais rien.
— Nous le savons, nous, repril Corbin : nos informations sont de la dernière exactitude, ma chère dame !
— Catherine, tu nous faciliteras cette nuit même le vol de ces pierreries. — ■ Vous me tueriez plutôt, je vous l'ai dit.
— Je t'ai répondu, je te répète : je ne te tuerai pas, et tu m'obéiras.
— Angelo ne vient pas, murmura Corbin entre ses dents; où donc est-il? où peut-il être? maudit troubadour!
— Catherine, je t'ai écrit ce matin ceci : « Rends-toi ce soir aux ruines du château de Meningen; j'ai ton secret, je le révèle si tu manques au rendez-vous. » Tu es venue.
— Je suis venue parce que je vous sais un homme capable de tout.
— Oui, capable de tout; j'ai ton secret, ainsi tremble.
— M. Fortuné Sauvai est instruit du passé; peu m'importe que vous lui révéliez mon secret.
— ■ Ce n'est pas a lui que je le révélerai.
— A qui donc?
— A ton fils.
lue sueur froide glaça le front de Catherine; les battements de son cœur s'arrêtèrent, mais par un de ces efforts surhumains dont seule est capable l'âme d'une mère, elle répondit avec un calme apparent :
— Je ne sais pas ce que vous voulez dire... je n'ai pas de fils.
— Tuas un fils... il s'appelle Michel ; il est, comme son grand-père; ouvrier chez Fortuné Sauvai.
— Tout cela est faux.
— Tout cela est vrai.
— Non!
— Si!
— Ma chère dame, vous répèleriez no/îjusqu'à demain, Maulôon répéterait si... que cela n'avancerait en rien nos affaires ; l'identité du jeune homme est constatée. Résignez-vous donc de bonne grâce à nous servir. Que diable! c'est pourtant bien facile !
— Vous me paraissez, monsieur, plus raisonnable que Mauléon ; veuillez m 'écouter : En me menaçant de trahir mon secret, vous espérez me rendre complice du vol que vous méditez.
— C'est cela même, ma chère dame.
— Ainsi, Mauléon me croit revenue à des sentiments honorables, puisqu'il compte exploiter ma peur de voir mon fils instruit de ma honte; et vous pensez que j'aurais l'indignité d'être votre complice, à cette heure que je suis devenue honnête femme !
— Oui, reprit Mauléon, parce que tu peux, sans te compromettre aux yeux de ton patron, favoriser secrètement nos desseins, et échapper ainsi à la révélation dont je te menace.
— Mais je saurai, moi, que j'ai été complice d'un vol, et ma conscience...
— Ah! ah! ah ! fit Mauléon avec un éclat de rire sardonique, la conscience de Catherine de Morlac!
— Je n'ai pas à vous convaincre ici de ma sincérité, Mauléon; ce serait inutile... Je vous dirai seulement ceci : ma conduite envers vous a été odieuse, je l'avoue; je vous ai poussé à votre ruine; les conséquences de ce malheur ont été terribles ; je suis la cause première de votre dégradation, je la déplore; je peux réparer en partie le mal que j'ai fait...
— Toi?
— Renoncez à ce vol, n'abusez pas de mon secret, retournez à Paris, je vous y rejoindrai bientôt, et je vous remettrai ou plutôt je vous restituerai une somme suffisante pour vivre à l'abri du besoin et vous conduire en honnête homme.
— Pardon, ma chère dame, vous nous prenez pour des imbéciles. Comment pouvez-vous, sans vous moquer de nous, proposer à Mauléon une somme considérable, vous, ouvrière chez Fortuné Sauvai, après des revers de fortune qui vous imposent, sans doute, cette misérable condition?
— Qu'importe, si j'accomplis ma promesse?
— Mais celte somme, chère dame, où est-elle?
— A Paris, déposée en lieu sûr.
— Ainsi, c'est seulement à Paris que le versement aurait lieu.
— Oui.
— Catherine de Morlac, je t'ai connue bien rouée, mais tu es devenue
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nu
Oh! mon lits! s'écria-t-elle d'une vois déchirante. (P. 413.)
stupide depuis ton retour à des sentiments honnêtes. Tu as recours à un pitoyable mensonge pour échapper à cette alternative que je te pose une dernière fois. Tu seras notre complice, sinon ton lils saura que tu as été une infâme courtisane. Cette révélation sera suivie, de détails tellement circonstanciés que ton fils ne poufra se refuser d'y croire; j'ai conservé ton portrait et certaines lettres où la dépravation éclate dan- tout son jour.
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— Je vous le jure, Mauléon, mon offre est sincère.
— Tu oses encore...
— Par pitié, écoutez-moi! reprit Catherine épouvantée. Ce n'est pas la pauvreté qui m'a réduite à la condition d'ouvrière, c'est le remords du passé. Je suis riche encore : j'ai de l'or, des billets de banque pour une somme consirable, cachée à Paris, chez moi.
— Impossible, chère dame; vous abusez de notre innocence. Je vous reconnais maintenant : vous occupez cette mansarde dans le même escalier que moi, et vous voulez nous persuader que vous avez laissé là un trésor?
— Au nom du Dieu vivant! c'est la vérité. Je vais vous le prouver, je...
— Finissons, misérable ! s'écria Mauléon, avec une farouche impatience. J'ai appris à te connaître, je ne serai pas ta dupe, Veux-tu, oui ou non, être noire complice?
— Non, non, non! s'écria Catherine dans une angoisse désespérée. Si mon lils doit apprendre que j'ai été courtisane, il saura du moins que je n'ai pas voulu être voleuse.
Cette réponse résolue irrita tellement Mauléon, et il s'approcha de Catherine d'un air si menaçant, qu'elle tendit instinctivement les bras en avant, alin de se garantir des violences qu'elle redoutait; mais il saisit un des poignets de cette malheureuse en s'écriant :
— Ne me pousse pas à bout! ces ruines sont désertes; j'ai à me vengerde toi, je te hais à la mort!
Et secouant le poignet de Catherine à le briser, il lui ramena brutalement le bras le long du corps ; dans ce mouvement, il sentit une grosse clef dans la poche de la compagne des orfèvres. La maîtriser d'une main, et de l'autre s'emparer de la clef, fut facile pour Mauléon ; il jeta l'objet au vieux Corbin, en Jui disant, tandis qu'il contenait les efforts de Catherine :
— Examine cette clef.
— Elle est très grosse, et surmontée d'une couronne dorée! s'écria le vieillard en la regardant attentivement à la faveur d'un rayon lunaire. Ce doit être la clef de quelque coffre du palais.
— Celui des pierreries! plus de doute! Catherine a la confiance de l'orfèvre! s'écria Mauléon en contenant la malheureuse femme, qui, se débattant vainement afin de reprendre la clef, murmurait :
— Malheur à moi, maintenant! malheur à moi!
— Et ce scélérat d'Angelo qui ne vient pas ! reprit Corbin ; nous pourrions tenter J'affaire tout de suite, grâce à cette bienheureuse clef et à la désignation de l'endroit où est situé l'atelier; nous forcerions bien cette femme à parler.
■ — Jamais! et d'ailleurs cette clef ne peut vou^ être d'aucune utilité, reprit
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Catherine d'une voix encore haletante de sa lutte avec Mauléon. C'est la clef du logis que j'occupe dans les combles du palais.
— Tu mens ! tes efforts pour la reprendre t'ont trahie.
— Allons donc, ma chère, reprit Corbin, on n'orne point d'une couronne dorée la clef d'une chambre des combles. La trouvaille est précieuse; c'est évidemment celle du coffre des pierreries. 11 ne s'agit plus que de pénétrer dans l'atelier. Maudit soit Angelo!
— Catherine, tu vas maintenant nous dire dans quelle partie du palais se trouve l'atelier; le reste nous regarde, j'ai mon projet.
— ■ Vous n'obtiendrez pas une parole de moi à ce sujet.
— Prends garde! ne me pousse pas à bout, réfléchis; surtout pas de fausse indication, tu paierais cher ton mensonge!
— Vous ne saurez rien.
— Tu refuses?
— Oui.
— Tu refuses?
— Oui.
— Tu vas mourir.
— Mauléon! un instant! s'écria Corbin ; diable... jamais je ne tremperai dans un meurtre, non !
— Veux-tu donc qu'elle aille donner l'éveil au palais?
— Je renonce plutôt à l'affaire que de verser le sang! Diable ! diable! je connais mon code!
— Il ne s'agit pas seulement de renoncer à l'affaire; cette misérable va nous dénoncer, on nous arrêtera!
— Je vous le jure sur la vie de mon fils, je ne vous dénoncerai pas! reprit Catherine éperdue de terreur; abandonnez vos mauvais desseins et je...
— Tu vas mourir! S'écria .Mauléon, je serai vengé de ma ruine, démon abjection ! Je te l'ai dit tout à l'heure : tu m'as fait voleur, je deviendrai peutêtre assassin; hé bim ! je deviens assassin, voilà tout! Tuas été mon premier amour, tu seras mon premier meurtre!
Et Mauléon, contenant sa victime d'une main, tira de l'autre un couteaupoignard de sa poche.
— Grâce! murmura Catherine d'une voix défaillante, grâce !...
— Mauléon! une idée! s'écria le vieux Corbin, qui, dans sa crainte de se trouver compromis dans un assassinat, avait jeté ça et là des regards effarés. A quoi bon tuer cette femme, si nous la mettons dans l'impossibilité de nous nuire ?
— Par l'enfer! je...
— Laisse-moi donc achever... Tiens, vois cette espèce de puits que nous avons remarqué ce matin.
Il désignait du geste la cage de l'escalier de l'une des tourelles dont les degrés en vis avaient été détruits par le temps, de sorte qu'au-dessous du niveau du sol, cette maçonnerie circulaire n'offrait plus à l'œil qu'une sorte de gouffre.
— Descendons cette femme là dedans; nous aurons toute la soirée, tonte la nuit devant nous, soit pour tenter l'affaire, soit pour quitter la ville, dit Corbin ; et ^'adressant à Catherine. Demain vous demanderez du secours aux étrangers qui viennent journellement visiter les ruines.
Mauléon, soit par pitié, soit qu'il reculât devant un meurtre désormais sans nécessité, réfléchit un moment en tenant toujours avec la force d'un étau les mains de Catherine serrées dans les siennes. Puis s'adressant à Corbin :
— Jette une pierre dans ce trou afin de sonder sa profondeur.
— Mais cette mort est affreuse! s'écria Catherine avec horreur, tachant en vain d'échapper à son bourreau; si personne ne vient visiter ces ruines, je mourrai... là dans les tortures de la faim! Mon Dieu! égorgez-moi, ce sera plutôt fini !.. Et rassemblant ses forces épuisées, elle s'écria, cédant plus à l'instinct de sa conservation qu'à l'espoir d'être entendue : Au secours !... au meurtre!... au secours... !
— Te tairas-tu, maudite! reprit Mauléon en étouffant sous sa main les cris de sa victime, tandis que le vieillard s'approchait de l'entrée de la tourelle tenant entre ses mains une grosse pierre; il la tint un moment suspendue audessus du gouffre et la laissa tomber en disant à voix basse :
— ■ Écoutez, écoutez!
Il y eut un moment de silence effrayant, après quoi le brait souterrain de la pierre rebondissant de roc en roc arriva de plus en plus affaibli aux oreilles des trois acteurs de cette scène lugubre.
Le vieux Corbin, les deux mains appuyées sur ses genoux et penché à l'orifice du puits au fond duquel venait de retentir le bruit lointain de la pierre, se redressa et dit en hochant la tète :
— Diable! ce trou est plus profond que je ne le croyais; c'est peut-être un effet d'écho et d'acoustique.
— Allons, reprit Mauléon, entraînant Catherine vers le gouffre, dépêchons, descends là dedans.
— Grâce, Mauléon ! grâce ! disait Catherine en tâchant de se cramponner aux herbes poussées entre les jointures des dalles; grâce!... Vous m'avez autrefois tant aimée, vous n'aurez pas maintenant la barbarie de me tuer!