‹ La famille JouffroyChapitre 46 sur 60 · GEUYKIÎS UE EUGÈNE SU · texte numérisé non relu

GEUYKIÎS UE EUGÈNE SU

La comtesse, surprise de l'accent et de l'accueil de sa mère-, prit la lettre, li lut, rougit de colère, de honte, froissa le papier dans sa main. le jeta loin d'elle, redressa la tête, regarda sa mère sans baisser les yeux, et lui dit :

— Eh bien! après?

— Comment ! après? Mais d'abord rèponds-moi. D'où sors-tu, effrontée? Tu as une ligure à faire peur.

— Ma mère, je viens d'où bon me semble.

— Quelle indignité as-tu donc commise pour que M. Badinier m'écrive une pareille lettre et nous chasse d'ici? Il a donc raison? Tu es donc la dernière des créatures ?

— M. Badinier est un manant; je ne le reverrai jamais de ma vie!

— Et qui payera tes dettes? De quoi vivrons-nous, s'il nous met à la porte? Nous serons donc sans le sou, sur le pavé ! Nous n'avons pas seulement de quoi payer une huitaine d'hôtel garni, à moins de mettre nos effets au montde-piété! Tu veux donc nous mettre encore sur la paille, comme tu nous y as déjà mis par amour pour Ion va-nu-pieds d'Angelo!

— Je ne souffrirai pas que vous parliez ainsi d'Angelo devant moi !

- De lui ! Ce gueux sans sou ni maijle, que monsieur le duc avait ramassé sur la roule par charité!

— Ma mère, assez, oh ! assez!

— Assez? Est-ce que je pourrai jamais en dire assez sur ce misérable! Lui, la cause de ta rupture avec monsieur le duc, auprès de qui nous serions encore si tu n'avais pas eu la tête tournée par ce maudit vagabond!

— Brisons là, ma mère! Je suis d'âge à être maîtresse de mes actions. Cette discussion ne peut aboutir à rien; je vais la terminer d'un mot : j'ai revu Angelo.

— Miséricorde !

— Je l'ai revu hier soir.

- Ah! je devine tout maintenant! cette lettre de M. Badinier... Mon Dieu ! mon Dieu!

— Notre résolution est prise : Angelo et moi, nous ne nous quitterons plus !

— Tu oses...

- Je vous le répète, rien ne saurait désormais me séparer de lui. Me laisserez-vous en repos, maintenant?

— Et moi, et ton père, malheureuse! qu'est-ce que nous deviendrons?

— Marianne et ma tante seront indulgentes, elles vous accueilleront à bras ouverts; vous vivrez tranquilles, mon père et vous, auprès d'elle-.

— Moi ! aller tendre la main à ma belle-sœur! m'exposer à ses insolences! Moi! ramener à ma fille son père dans l'état où il est! Ah! plutôt mendier son

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