‹ La famille JouffroyChapitre 48 sur 60 · UN AMI DE LA VÉRITÉ · texte numérisé non relu

UN AMI DE LA VÉRITÉ

« Ce soir, une lettre adressée à votre patron et aux ouvriers de son atelier apprendra à vos camarades que vous êtes le fils de Catherine de Morlac, la courtisane. »

— Grand Dieu! s'écria Michel après avoir lu ce billet. Et, devenant d'une pâleur mortelle, il resta un moment muet, pétrifié, la tête baissée sur sa poitrine.

— Michel, qu'avez-vous? s'écria Catherine, tandis que Camille, non moins effrayée, disait en tremblant :

— Madame Catherine, comme il est pâle!... C'est donc une mauvaise nouvelle qu'on lui annonce?

Le jeune homme, se réveillant comme en sursaut, relut les quelques lignes tracées sur le billet, s'adressa au commissionnaire et lui dit d'une voix altérée :

— Les lettres? le portrait?...

Le messager tira de sa poche l'enveloppe cachetée et le petit écrin, l'ouvrit préalablement afin de placer le portrait en évidence, et remit les deux objets à Michel. Celui-ci poussa un cri déchirant après avoir jeté les yeux sur le médaillon représentant Catherine de Morlac dans tout l'éclat de sa jeunesse et de sa beauté.

A l'en tour de ce portrait, on lisait ces mots gravés dans la bordure : Catherine à Mauléon. Amour pour la vie!

— Michel, au nom du ciel, qu'avez-vous? s'écria Catherine, de plus en plus alarmée. Votre silence m'effraye !

Le jeune homme, sans répondre, rompit d'une main convulsive le cachet de l'enveloppe, prit l'une des lettres qu'elle contenait, la parcourut, reconnut l'écriture de Catherine, et bientôt frissonna d'indignation, de dégoût, en murmurant :

— Ah! plus de doute!

— Mademoiselle, prenez ceci el lisez; vous apprendrez une chose qu'il vous importe de savoir à propos de Mm° Catherine, dit à haute voix le commissionnaire, en remettant à Camille le fe lillel où il avait écrit ces mots :

n ( 'atherine est la mère de Michel. Elle a été pendant quinze ans courtisane à Paris. »

Michel entendit les paroles de l'homme à longue barbe et le vil remettre le billet à la jeune Elle à l'instant où Catherine, agitée d'un terrible pressentiment, s'écriait :

— Michel, je vous en conjure, répondez-moi, quels sont ces papiers?

— Ah!... vous me faites horreur! répondit-il, tout est fini pour moi! Et, éperdu, il sortit précipitamment de la salle, alors que le père Laurencin

accourait par une autre porte en s'exclamant ainsi :

— Mes amis, quel horrible malheur! ce pauvre M. Joufïïoy est devenu fou, M. Roussel vient de le ramener.

— ■ Grand Dieu!... est-il possible!... s'écrièrent à la fois Catherine et Camille au moment où Mauléon, méconnaissable sous sa longue barbe postiche el ses vêtements de commissionnaire, disparaissait rapidement, profitant du trouble où la sortie éperdue de Miche! et la triste nouvelle apportée par le père Laurencin jetaient les divers personnages de cette scène.

La tante Prudence, le cousin Roussel et Fortuné Sauvai étaient réunis dans la chambre à coucher de Marianne, qui venait de rentrer, essuyant ses yeux rougis par les larmes.

— Mon père repose, dit-elle à son mari; son état n'offre rien d'alarmant; le médecin vient de m'en assurer encore.

Profondément tristes et recueillis, ces membres de la famille Jouffroy formaient une sorte de conseil de famille : ils allaient aviser aux résolutions à prendre ensuite des événements dont le cousin Roussel s'était trouvé témoin durant la matinée. Ramené par lui auprès de sa fille et de sa sœur, M. Jouffroy, malgré l'obscurcissement de son intelligence, avait éprouvé une assez vive émotion à la vue de la tante Prudence, de Marianne et de Fortuné; puis, tombant en défaillance, il était resté depuis dans un affaissement profond, participant à la fois de la torpeur et du sommeil.

— Mes amis, dit la tante Prudence d'une voix grave et émue, grâce à Dieu, mon pauvre frère nous est rendu; mais ne nous abusons point : il est à craindre que son esprit ne se relève jamais du coup dont il a été frappé. Fnfin,

nous aurons du moins désormais mon frère près de nous; nos soins, noire sollicitude, notre tendresse, ne lui manqueront jamais. Maintenant songeons à Aurélie et à sa mère.

A ces mots, un soupir douloureux souleva le sein de Marianne : ses larmes, un instant contenues, coulèrent de nouveau. Son mari, placé près d'elle, lui serra la main.

— Courage, amie, lui dit-il, courage! ne désespérons pas, quoique notre cousin ait été, il ejt vrai, témoin ce malin d'une scène horrible.

— Horrible! reprit Joseph. Cette malheureuse Aurélie... la figure ensanglantée...

— Ah! c'est affreux! murmura Marianne avec un sanglot. Malheureuse sœur!

— 11 est regrettable que cette scène se soit passée en présence de notre ami, reprit la vieille fille. Je connais l'orgueil de ma belle -sœur et d'Aurélie. Hélas! ne voyez pas à ce propos la moindre amertume dans mes paroles : je constate un fait. Or, il me semble difficile, je ne veux point dire impossible, qu'Aurélie et sa mère, nous sachant instruits de ces tristes circonstances, consentent à se rapprocher de nous : les ressentiments de leur amour-propre blessé creuseront toujours un abîme entre elles et nous.

— Oh ! ma tante, croyez-vous que ma mère, ma sœur, résisteront à nos larmes, aux preuves de notre attachement inaltérable?

— Ma pauvre enfant, tu as entendu le récit de Joseph : il ne nous a rien caché, il ne devait rien nous cacher. Rappelle-toi les accusations malheureusement fondées dont cette femme, épouse outragée, a accablé Aurélie et sa mère; rappelle-toi enfin ces terribles paroles que celle-ci adressait à sa fille : « Maudit soit le jour où je t'ai enfantée! »

Marianne cacha sa figure entre ses mains.

— J'ajouterai, reprit le cousin Roussel, qu'à mon sens il est évident que si Mmo Joulïioy, malgré l'emportement de son caractère, est restée anéantie, muette, devant d'ignobles injures prodiguées à sa fille, et a enfin perdu connaissance, c'est que cette scène se passait en ma présence, à moi, jadis chassé par elle, parce que je tâchais de lui faire entendre le langage de la raison.

— Enfin, et, de grâce, chère Marianne, ne te chagrine pas de mes paroles, nous constatons les faits, ainsi que l'a dit ta tante, nous aviserons tout à l'heure pour le mieux, reprit Fortuné. Je dois te l'avouer, lors de cette visite que je t'ai cachée, préférant alors te laisser tes espérances, tes illusions, croire en un mol que ta sœur, après sa liaison avec le prince, voyageait avec ses parents, j'avais été surtout profondément attristé, alarmé, dans cette entrevue, par l'aigreur, par l'irritation à peine contenues d'Aurélie et de sa mère à mon égard. Pauvres femmes! malgré mes paroles affectueuses, attendries, elles rougissaient devant

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moi; j'étais leur vivanl remords : l'une el l'autre m'avaient autrefois dédaigné, repoussé.

— Mon Dieu! reprit Marianne fondant en larmes, faut-il donc. renoncer à

tout espoir? Non, non, c'est impossible. Nous savons maintenant où trouver ma mère et ma sœur; nous ne pouvons pas, nous ne devons pas les laisser dans cette affreuse position. Je voulais tout à l'heure, confiant mon père à vos soins, me rendre en hâte auprès de maman et d'Aurélie. Ah ! si j'en crois mon cœur, je vous les aurais ramenées toutes deux!

— Mon enfant, reprit la tante Prudence, rien de plus louable que ton empressement, mais nous avons, selon moi, sagement agi en nous concertant, en réfléchissant mûrement sur la conduite à tenir dans cette grave circonstance. Plus que personne, je rends justice à tes sentiments; mais il ne faudrait point cependant oublier ceci : tu as un mari, tu as une fille, tu les chéris, tu jouis d'un bonheur et d'une considération mérités ; ne serait-il pas imprudent de t'exposer cà compromettre sans résultat le repos de ta vie?

— De grâi'P, ma tante, que voulez-vous dire?

- — Autant il serait lâche, stérile, cruel d'insulter à l'abaissement où sont tombées ta mère et ta sœur, autant il serait dangereux, coupable même, de ne point envisager les conséquences, sinon probables, du moins possibles, de cet abaissement, en ce qui touche ta tranquillité à venir. Je suis loin de me sentir indifférente aux malheurs d'Aurélie et de ma belle-sœur; je suis résolue, quant à moi, malgré tout ce qu'a souffert mon pauvre frère, à faire aussi large que possible la part du repentir, de l'indulgence, du pardon; mais écoute donc, mon enfant, tu n'as jamais failli, toi! jamais les préférences dont tu voyais ta sœur l'objet n'ont altéré l'angélique bonté de ton caractère; si tu es heureuse aujourd'hui, si tu as conquis l'estime, puis l'amour de ton mari, c'est par ton dévouement, par ta résignation, par ta délicatesse, par l'élévation de tes sentiments, et, ma foi! je te le dis tout net, je me préoccupe avant tout de toi, de ton mari et de ta fille.

— Pourtant, ma tante, je...

— Laisse-moi achever : admettons, ce dont je doute fort, que ta mère el la sœur, ensuite de la terrible leçon de ce matin, cèdent à nos prières et prennent la ferme résolution de rentrer dans la voie du bien...

— Oh ! je n'en doute pas, moi!

— Soit, mais il faut, ma pauvre enfant, aller au fond des choses, si répugnantes qu'elles soient. Aurélie et ta mère ne possèdent plus une obole : c'est en partie pour échapper à la misère, selon ce que nous a dit le cousin Roussel, que ta sœur avait accepté d'être entretenue par...

— Oh! pitié, ma tante! dit Marianne, révoltée de cctle qualification de femme entretenue donnée à sa sœur. De grâce ! pitié pour elle!

— IVIa chère enfant, reprit Joseph, ton mari te dira, comme Prudence et moi, que, dans cette question, si affligeante pour notre famille, nous devons ne rien farder. Ayons le courage d'envisager la réalité, si nous voulons agir efficacement.

— Pauvre chère Marianne, notre cousin a raison, ajouta tendrement Fortuné : ton âme, délicate et pure, se révolte de certains mots, de certains faits, dont ta chaste pensée ne devrait jamais être souillée! Mais, hélas! les maladies ont leur nom ; faut-il s'abstenir de le prononcer, lorsqu'on lâche de les guérir? Ne faut-il pas, pour panser les plaies, les sonder, si repoussantes qu'elles soient? Nous ressentons, comme toi, une douloureuse commisération pour ta mère et. ta sœur; rien ne nous coulera pour les retirer à jamais de l'horrible situation où elles sont tombées.

— Rien! oh! rien! s'écria Marianne, et ensuite, un oubli complet du passé....

— Ah! l'oubli, l'oubli! reprit la vieille fille en secouant tristement la tête. Là est Técueil. Les âmes généreuses oublient le mal qu'on leur a fait ; mais, telle est la concience humaine, que ceux qui ont fait le mal ne l'oublient jamais : c'est leur expiation, s'ils se repentent; c'est leur châtiment, s'ils restent endurcis. J'admets donc que ta mère et ta sœur se repentent, qu'à notre voix elles reviennent à une vie meilleure. Elles sont sans ressources...

— ■ Eh! ma tante ! que nous importe !

— Je te comprends, mon enfant, notre fortune et le talent de ton mari nous mettent, grâce à Dieu! en état de partager notre aisance avec Aurélie et ta mère.

— Oh! oui! reprit Marianne avec un élan d'espoir; elles ne nous quitteront plus à l'avenir, ainsi que mon pauvre père.

La vieille fille, contenant ses lames, ajouta, après un moment pénible de silence :

— Ne parlons pas maintenant de mon frère : mon cœur se briserait. Il faut songer uniquement à la prompte décision qu'il est urgent de prendre. Je suppose ta sœur et ta mère établies ici ; leur repentir est sincère, elles sont résignées à vivre près de nous, dans une retraite absolue; toi, moi et ton mari, nous avons oublié complètement le passé; mais, chère enfant, elles ne l'oublieront pas! elles ne pourront pas l'oublier, ce fatal passé! Incessamment, il pèsera sur leur conscience. Aussi, désormais ombrageuses, susceptibles, se sentant dans notre dépendance, puisqu'elles ne possèdent plus rien, elles seront toujours, quoi que nous fassions, en défiance à notre égard; nous devrons, de peur de les blesser, je ne dirai point par des allusions au passé, nous sommes inca pables de ces lâchetés, mais par un mot involontaire, nous devrons constamment veiller sur nos moindres paroles., et si, par malheur, malgré notre contrainte, notre réserve, notre vigilance sur nous-mêmes, il nous échappe, et cela ne

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«aurait manquer d'arriver, il nous échappe an mol pouvant prêter à i interprétation fâcheuse, ta mère el ta sœur dévoreront en silence ce qu'elles regarderont comme une I m mi liai ion. et leur tristes e t'affligera, ou bien elles éclateront en reproches amers, el ton foyer, jusqu'à présent si paisible, si heui deviendra un enfer.

— Mon Dieu, ma tante, n'est-ce pas là de l'exagération?

■ — Malheureusement, je n'exagère point; tu souffriras de ces résultats, bien différents de ceux que tu atténuais; ton mari se dé niera de ton chagrin, et malgré sa bonté, son indulgence pour elles, il lui sera difficile de cacher à ta mère el à ta sce r qu'avant leur arrivée ici jamais le moi ige n'obscur-

ie. Ce iiY i pas tout : tu as une fille, elle aura dans peu d'années l'âge de raison; rien de plus clairvoyant que les enfants à l'endroit des choses que l'on veut qu'ils ignorent. La moindre indiscrétion de la part ou de celle de Fortuné peul mettre votre fille sur la voix du honteux secret que nous avons ions intérêt à garder. Enfin, lorsqu'ell de se marier, ne pourra-t-on

poinl dire, car tôt ou tard tout se sait à Paris, que M"c Sauvai a été élevée près de sa tante, Mm° de Villetaneuse, autrefois femme entretenue, et de Mmc Jonffroy, compli e des désordres de sa fille? Ces expressions te navrent, te blessent, pauvre enfant! Hélas! à moi, elles me brûlent les lèvres en les prononçant. L'unedes malheureuses femmes donl il s'agil n'est-elle pas la fille de mon frère, l'autre, sa femme'.' Ne les ai-je pas connues toutes deux honorées, honorables? Mais la réalité est la réalité. Je ne parle pas même de l'espèce de déconsidération qui pourrait rejaillir sur toi et sur ton mari, parmi les personnes choisies dont ->' compose votre clientèle, lorsqu'elles sauraient, car, je le répète, tout se sait à Paris, que -uns son toit de mère de famiile habitent ta sœur, connue par son inconduite, et sa mère, coupable d'une indigne tolérance. Tout cela est cruel, est odieux. Mais qu'y faire? Le vice a forcément de déplorables conséquences, et l'une des plus douloureuses est de souiller ce qui l'approche.

— Ma tante, est-ce bien vous que j'entends? Quoi! voire avis serait de repousser ma sœur et ma mère de notre maison! s'écria Marianne avec autant d'affliction que de découragement. Les repousser, grand Dieu! alors que leur dernier espoir est sans doute en nous !

— Tu te méprends sur ma pensée, mon enfant : loin de te conseiller de les repousser, je crois au contraire que nous devons aller à elles, leur ouvrir nos bras, faire tous nos efforts pour les arracher de l'abîme, assurer leur avenir, leur indépendance, leur aisance, dans les limites du possible; mais je dis, mais je répète, que les établir tout d'abord céans me semble une très grave imprudence.

— Hélas! ma tante, elles croiront que nous rougissons d'elles!

— Si elles doivent avoir cette croyance, et, par ma foi, elle n'est que trop

fondée, elles l'auront, qu'elles vivent ici ou ailleurs, mais du moins leur présence n'apportera pas dans ta maison le trouble, les chagrins que je prévois. Si, au contraire, elles ont assez conscience de leur position pour sentir ce qu'il y aurait de peu convenable dans leur séjour chez toi, elles seront les premières à prévenir ton offre en la refusant.

— Tante Prudence, reprit Fortuné, je ne vous le cache pas, Marianne s'est tellement habituée à cette pensée, qu'un jour viendrait où elle recueillerait nos parenls près d'elle, que je n'aurais pas le courage de m'opposer à ce qu'elle regarde comme un bonheur, comme un devoir. Si ce vœu si cher à son cœur ne s'accomplissait pas, je la verrais toujours triste et soucieuse. Or, je vous l'avoue, si graves, si justes que soient vos appréhensions, je risquerai de les voir se réaliser plutôt que de causer à Marianne un sensible chagrin.

— Savez-vous, mes amis, reprit le cousin Roussel, ce que moi je proposerais comme moyen terme? Le voici : vous offririez a Aurélie et à sa mère le choix entre ce qui lecr conviendrait le mieux : soit d'habiter avec vous, soit de prendre dans votre voisinage un appartement qu'il nous sera facile de trouver. La proposition de cette alternative s'expliquerait naturellement par votre désir de leur laisser toute latitude. Si elles préfèrent demeurer ailleurs qu'ici, tu n'auras, petite Marianne, rien à te reprocher; si, au contraire, elles préfèrent vivre près de toi, tu courras les chances de ta générosité : car, mes amis, je vous l'avoue, je partagerais en cette occurrence les appréhensions de ma vieille amie; mais enfin nous parviendrions, je l'espère, à conjurer en partie les inconvénients qu'elle redoute. Que pensez-vous de mon projet, Prudence?

— C'est un moyen terme, mon ami; ces moyens-là, vous le savez, s accordent peu avec la décision de mon caractère; cependant je -ne le désapprouve point absolument.

— Mon mari et moi nous l'approuvons, n'est-ce pas, Fortuné? dit vivement la jeune femme à son mari, qui lui répondit tendrement :

— Comment pourrais-je songer à contrarier la générosité de tes sentiments, chère Marianne?

— Et maintenant, ma tante, je vais me rendre sur-le-champ chez ma sœur.

— Peut-être conviendrait-il d'aller chez elle tous ensemble, ajouta le cousin Roussel. Cette démarche des membres de la famille aurait, ce me semble, quelque chose de solennel, de touchant à la fois, et exercerait peut-être unesalutaire et décisive impression.

— ■ Je suis aussi d'avis que nous devons tous nous rendre auprès de ma mère et de ma sœur, reprit Marianne, mais peut-être vaut-il mieux que d'abord je me présente seule à Aurélie. La solennité même de cette démarche de famille pourrait, dans le premier moment, l'impressionner trop vivement. J'emmènerai

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II a jeté loin de lui les lettres et le portnit, que nous avons ramassés. (P. MO.)

une avec moi, ajouta la jeune femme les larmes aux yeux, et, mettant noire enfant dans les liras d'Aurélie, je lui dirai : « Sœur, en souvenir de loi, nous avons donné ton nom à ma Pille; qu'elle soit le gage de notre réunion, que maintenant rien ne pourra... »

Marianne s'interrompit, dominée par l'émotion, et fondit en pleurs. Son mari, profondément ému, la serra dans ses liras en disant :

— 0 la plus noble des femmes, la plus chérie des épouses! Toutes tes

LIV. OS — BUOÈNE SOE. — LA FAMILLE JOLI FIUiY. — ÉD. J. niJUT ET C.1". ll\ Gfi

pensées partent du cœur et ne sauraient manquer d'aller au cœur, ma bien-aimée Marianne! Oui, oui, te voyant ton enfant dans tes bras, venir à elles, invoquant, au nom de cette innocente créature, ce rapprochement si désiré, ta mère et ta sœur nous reviendront pour toujours, et ta douce inlluence achèvera leur conversion !

— Tu dis vrai, Fortuné, toutes les pensées de notre chère Marianne parlent du cœur et doivent aller au cœur, reprit le cousin Roussel, attendri. Je partage l'avis de ta femme; notre présence à tous, et surtout la mienne, puisque j'ai été témoin de cette horrible scène, effaroucherait tout d'abord Aurélie et sa mère.

— ■ En ce cas, partons à l'instant; elles doivent être encore sous le coup des terribles événements de ce matin, dit la vieille fille; le moment est opportun, profitons-en.

— Marianne, sa fille et Fortuné monteront dans un fiacre, dit Joseph, et vous et moi dans un autre, ma chère Prudence ; puis il ajouta en souriant doucement : Vous pouvez m accorder cette faveur sans vous compromettre, car enfin dans quinze jours vous serez Mm0 Roussel.

— Ah ! mon pauvre ami ! répondit la vieille fille, en secouant mélancoliquement la tête, notre mariage aura lieu sous de tristes auspices! Et ses yeux devenant humides: Hélas! mon pauvre frère, mon pauvre frère! nous avons son corps et non son âme !...

— Ne désespérons pas, reprit Joseph ; qui sait si l'émotion dont il a été saisi en vous revoyant, vous, Marianne et Fortuné, n'aura pas une réaction salutaire?

— Je vais m'informer des nouvelles de mon père, chercher ma tille, et je reviens, dit Marianne en sortant.

— L'espoir de notre cousin Roussel n'a rien d'exagéré : l'émotion de M. Jouffroy peut avoir d'heureux résultats, poursuivit Fortuné en s'adressant à la vieille fille ; enfin, notre démarche auprès de ces deux pauvres égarées réusi sira peut-être à notre satisfaction à tous, et alors, ma tante, votre mariage, qu nous comble de joie, loin d'être contracté sous de funestes augures, s'accomplira au moment où notre famille sera pour jamais réunie après tant de mauvais jours !

— ■ Que le ciel t'entende, Fortuné! répondit la vieille fille en soupirant: mais du moins, dans le douloureux devoir que j'aurai à accomplir, si mon frère ne recouvre pas sa raison, son meilleur, son plus ancien ami sera mon soutien.

Un domestique survint et dit à Fortuné :

— Le père Laurencin désirerait parler à l'instant à monsieur. Il s'agit d'une chose fort importante.

■ — Qu'il vienne, répondit l'orfèvre, et il ajouta : Allez chercher deu\ fiacres; vous les ferez attendre devant la grille.

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