‹ La famille Juchereau DuchesnayChapitre 2 sur 126 · XIE · texte numérisé non relu

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quatre enfants, n'est pas le continuateur de la lignée. Cet honneur échoit au cadet Nicolas Juchereau do Saint-Denys qui vase faire un nom illustre dans l'histoire. Il débute par le recrutement de la première compagnie de milice canadienne, parmi les colons de Beauport II fait avec elle la campagne de 1665-1666 contre les Iroquois, avec MM. de Tracy et de Courcelles. En 1690, étant âgé de plus de soixante et dix ans,à la tête de ses braves et secondé par les élèves du séminaire de Québec, il accomplit le glorieux fait d'armes de Beauport. Après trois jours de combat, il rentre au foyer avec un bras cassé, six canons pris à l'ennemi, et après avoir vaillamment gagné la permanence de sa Compagnie et surtout ses lettres d'anoblissement fameuses dans notre histoire par les éloges magnifiques que Louis le Grand y décerne h nos vaillants miliciens et à leur héroïque commandant. Huit mois après, il descendait dans la tombe. Comme il dut tressailli r,le vieux guerrier,lorsqu'un an plu8tard,aprè8 qu'on eut chanté pour lui le service de l'an et jour, sa famille se trouva réunie pour célébrer le mariage de fsa petite fille Marie-Thérèse Follet de la Combe Pocatière avec Pierre LeMoyne d'Iberville, le héros futur de tant de légendaires exploits !

En 1684, Ignace, fils de Nicolas, fait, sous Denonville, la campagne contre les Iroquois, toujours avec les miliciens de Beauport. Avec eux encore, en 1687,il prend part à l'expédition de M. de Troyes, à la Baie

d'Hudson, en compagnie des cëlëbres frëres d'Iberviile, de Saînte-Hélëne et de Maricourt. Puis, il revient aux champs paternels, devient seigneur en titre de Beauport en 1696, ajoute à son nomdo Juchereau celui de Duchesnay et consacre sa vie à Tagricaltureet à sa famille vraiment patriarcale de dix-sept enfants

Joseph, héritier du nom, meurt jeune et célibataire, mais non sans avoir ajouté à l'éclat du nom en inaugurant à Québec la construction des vaisseaux sur une grande échelle, et en prenant part à la défense de Port Royal, d'où il rapporte une glorieuse blessure, et des velléités d'entreprises commerciales, auxquelles il ne donne pas suite.

Puis, viennent les trois Antoine, përe, fils et petitfils, dont deux sont encore soldats. On les retrouve sur les champs de bataille : à Carillon, où l'un d'eux se bat comme un héros et sur les Plaines d' Abraham, tandis que le troisième, Antoine -Louis, se distingué à ce point tournant de notre histoire, où nos përes commencent à jouir des franchises de la constitution britannique. Après avoir vaillamment soutenu l'nonneur du drapeau de la France, dans l'agonie des derniers combats, toujours fidèles à la terre canadienne, qui est vraiment devenue pour eux la patrie, les Juchereau Duchesnay refusent de la quitter, comme tant d'autres, et s'associent courageusement aux destinées que leur impose la force des événements. Loyaux à

l'allégeance nouvelle comme ils l'avaient été àTancienne, ils continuent de donner à la patrie l'appui de leurs bras vaillants, d'abord, pour soumettre, en 1764, les Sauvages, et, en 1775, pour repousser l'invasion américaine. Il n'est pas jusqu'aux cbâtelainea de Beauport qui ne ressentent les coups de ces temps tourmentés. En 1759, l'une d'elles est faite prisonnière par Wolfe qui admire sa fierté et son courage autant que sou élégance et ses belles manières. Fait prisonnier au fort Saint-Jean, Antoine, fils, passe dixhuit mois en captivité, pendant lesquels l'armée américaine assiégeant Québec, dévaste la seigneurie et le manoir de Beauport. (1) Rentré dans ses foyers, il se prend de compassion pour du Calvet, luttant contre la tyrannie du pouvoir, et sa bourse est largement ouverte au proscrit qui combat pour sa liberté et pour celle de ses concitoyens. En 1812, à Cliâteauguay,

(1) C'est alors qu'il tcrivit à l'honorable Frs Baby ces lettres pleines de patriotisme dont voici quelques extraits : " Notre rés'stance nous a fait obtenir les honneurs de la guerre et la douce satisfaction d'être trainés à Connecticiit : un coup de fusil au travera du corps à Montréal me ferait beaucoup moins de peine et de tort. Tu sais combien ma présence serait nécessaire à Québec, puisque tous mes biens sont à Tabanclon, ainsi que mes enfants. Je suis encore à être instruit de leur sort et du vôtre. Il est désagréable pour moi d'être le seul homme qui ait fait la sottise de se lai::»ir prendre à S t- Jean pendant que javais l'occasion de défendre ma capitale et de me couvrir do gloiro. Je regrette de no l'avoir pas laissé ( StJean ) quand j'ai vu que Pon ne parlait que de se rendre. On m'a dit qu'une partie do l'armée avait été campée à Beauport. Je suppose que j'aurai été pillé. J'en fais le sacrifice si Québec se sauve comme nous l'espérons tous. '* L'abbé Verreau, Invasion américaine, pages 320, 324, 325.

trois Juchereau figurent avec honneur aux côté» de leur parent, de Salaborry.

Mais, voici que la carrière politique attire et entraîne les seigneurs de Beauport Ils y feront grande figure, respectés par le pouvoir qui les craint,adorv5s par leu s cons*ituanls, qui les regardent, à bon droit, comme d'intrépides défenseurs. Ils sont de coeur avec les Blanchet et les Taschereau, leurs alliés par mariage, avec les BéJard, les Bourdages et Papineau l'ancien, avec tous ceux qui soutiennent le Canadien et ses intrépides rédacteurs qu'attend la prison, pendant toute cette longue lutte couronnée par la victoire et par l'établissement du gouvernement responsable. Des rêver» de fortune ont fait changer de mains la seigneurie de Beauport. Mais le souvenir des maîtres bienveillants, des femmes distinguées, charitables, qui ont habité le vieux manoir, est resté bien vivant. 11 suflHi^, pour s'en convaincre, de consulter les anciens. D'ailleurs, si le malheur des temps «t l'abolition de la tenure seigneuriale ont eu une fatale influence sur le patrimoine des Giftard et des Juchereau Duchesnay, leur lignée est restée debout, et les rejetons transplantés n'ont pas cessé de faire honneur au vieux tronc frappé par la tempête. Ils restent fidëles ail sang, et à part quelques exceptions, ils sont presque tous agriculteurs ou soldats. Comme au manoir de Beauport, dans ceux de la Beauce, de Fossembault et de la région de Montréal, la terre est toujours " la grande amie ''. On y retrouve le dévouement à la chose pu-

bliquo, la bienveillance et la générosité qui gagnent les cœurs.

Aussi, tandis qu'un Juchereau Duchesnay, investi pendant vingt-cinq ans de la confiiince de ses censitaires, inscrit dans son testament une remise considérable, en leur faveur, des rentes et redevances qu'ils lui doivent, un autre, également populaire, recueille parmi les siens, au jour de ses funérailles, le témoignage de la reconnaissance publique, alors que ses concitoyens se disputent le privilège déporter de leurs robustes mains sa dépouille mortelle, sur une longue distance, jusqu'à l'église. Un autre, enfin, ne voyant plus dans le service militaire, ouverture à son dévouement pour son pays, et se souvenant du rôle utile et brillant joué par ses aïeux sur tant d'autres plages lointaines, cherche et trouve dans les carriërea nouvelles un élément à son activité, et inscrit son nom, respecté de ses chefs autant que de ses subordonnés, au cahier d'honneur d'une des colossales entreprises de la patrie canadienne. On se souviendra longtemps, dans les conseils du Pacifique Canadien, du jeune et intrépide ingénieur qui fut placé à la tête des sections les plus périlleuses de la construction et du développement de notre grande route nationale. Les travaux gigantesques qu'il dirigea au nord du Lac Supérieur et dans les Montagnes Eocheuses ; ses explorations hardies dans les chaînes de montagnes réputées inaccessibles de la Colombie Anglaise, la course sans précédent qu'il fit vers le Yukon pour démontrer la possibilité

d'un voyage plus rapide et de la construction d'un chemin de fer, sont restés légendaires dans les annales de la Compagnie du Pacifique, et sa fin tragique et prématurée, en ajoutant son nom à la longue liste des victimes du devoir, au moment même où il semblait arrivé à la fortune et au repos, a rendu son souvenir plus touchant et plus durable. Arrivé au terme de son ambition, il s'en allait rejoindre dans la tombe ses deux frères aînés enlevés, eux aussi, par de ces coups foudroyants de la mort dont la Providence se réserve le secret, comme pour nous faire mieux sentir, dans les larmes des veuves et des orphelins, le néant des choses de la vie, et pour élever davantage nos cœurs et nos esprits vers les consolantes perspectives de l'immortalité.

Telle est, esquissée à grands traits, la carrière glorieuse et bien remplie dea seigneurs de Beauport et de leur nombreuse lignée.

*** Aprè^ avoir raconté ce qu'ont fait les aînés, continuateurs de la race, voyons maintenant la brillante odyssée des cadets, des neveux et des alliés de la famille Juchereau Duchesnay.

Nombreux comme ils étaient, il n'est pas étonnant qu'ils se soient répandus dans les charges publiques, dans toutes les carrières, mais surtout comme officiers des troupes de la marine ou de l'armée de terre, ou dans nos milices canadiennes.

Dans le Nouveau Monde, ils sont dans les expédi"

tions contre les Sauvages ou contre la Nouvelle- Angleterre ; à la Baie d'Hudson, au Labrador et àrîled'Anticosti; à la Louisiane, au Mexique, à Saint-Domingue et aux autres îles des Antilles.

Dans l'ancien monde, il y en a sur toutes les mers ;à Pondichéry, au Sénégal, au Gabon et au Tonkin. On en retrouve dans la guerre de Sept Ans, dans lea armées et la marine de Louis XIV, de Louis XV et de Louis XVI ; au service de la Turquie et de l'Espagne ; parmi les défenseurs de la vieille monarchie; parmi les illustres et les vaillants de l'immortelle légende napoléonienne ; sous la Restauration, sous le second Empire et la troisiëme République, servant partout la France aimée, toujours soldats et toujours fidèles à l'ombre et sous les plis même de son glorieux drapeau.

Denis- Joseph Juchereau de la Ferté (1661-1709) est l'enfant terrible de la famille. A vingt-trois ans, il suit Greysolon Duluth au Sault Ste-Marie. A peine de retour, il repart à la tête de la compagnie de milice du Cap-Rouge pour l'expédition du gouverneur de la Barre contre les Iroquois. En 1689, il se distingue aux côtés de d'Iberville, dans sa célèbre campagne de la Baie d'Hudson. En 1694, il est avec JoUiet, explolant le Labrador, les îles de Mingan, le détroit de Belle-Isle. En 1697, c'est lui qui apporte de France les dépêches royales, annonçant à Frontenac l'attaque projetée des Anglais contre Québec. En 1704, on retrouve l'officier de l'armée de terre portant l'épau-

îette de lîeatenant Je la marine, à bord du Joyberty armé en course contre l' AnglaU. Ses exploits audacieux et son mépris du danger lui font pardonner les folles et joyeuses équipées de sa jeunesse, quand, eu 1 709, il revient mourir à Québec, n'ayant pas trouvé le temps de se marier, ni de 63 fixer nulle part. Son frère Paul-Augustin fournit une carrière moins tourmentée ; mais il avait aussi l'humeur joyeuse si Ton en jtige par les couplets satiriques dont la mère Juche* reau de Saînt'Ignace lui attribue la paternité, et dans lesquels il raille à la manière de Scarron, le désastre de la flotte de Famîral Walker et de ses lieutenants Vetch et Nîcholson ( prononcez : OuacrCj Vèche et NegUsson ) qui déridaient Paustère et grave hospitalière, au milieu des prières ferventes qu'elle adressait sans cesse au ciel pour ses pétulants et incorrigibles frères.

Charles Juchereau de Saint* Denys, lîeutenant-gjné* rai du roi à Montréal, épouse mademoiselle Migeon de Bransac, acquiert une grande fortune et commence dès 1696 et 1701 des établissements importants à Michillimakinac, à Wabash et à l'embouchure du

Joseph-Charles Juchereau de Saint-Denys s'en va s^établir à Saint-Domingue, où Pinfatigable M. Roy a retracé sa descendance jusqu^à nos jours.

Louis Juchereau de Saint-Denys suit d'Iberville et ses frères dans la Louisiane et concourt à la fondation de la Nouvelle-Orléans ; puis il s'y établit définitive-,

raent et y tait une carriëre de qaarante-cinq ans, brillante, mouvementée, pleine d'aventures dignes de tenter la plume d'un Gustave Aîmard et d'un Fenimore Cooper. Son nom revît dans plusieurs des familles les plus distinguées de la Louisiane, et de la Nouvelle-Orléans.

*** En France même, le nom de Juch^reau va resplendir du plus bel éclat.

Trois rameaux différents détachés du tronc de Beauport vont, de nouveau, prendre racine et faire souche dans l'ancienne mërc-patrie, où Ton retrouve, do nos jours, leurs représentants.

1. La branche de Louis- Barbe Juchereau de Saint- Denys, fils de Joseph-Charles Juchereau ( de Saintr Doraingue ), petit-fils de Charles Juchereau ( de Montréal ) et arrière petit-fils de Nicolas Juchereau de Saint-Denys, ( le héros du siège de Québec, anobli par Louis XTV. )

Louip-Barbe Juchereau de Saint-Denys entre dans l'armée française, se distingue dans la guerre de Sept Ans et fait un brillant mariage avec la fille du marquis de Barbançois-Villegongîs. Louis XV et la famille royale assistent et signent au contrat, et le roi met dans la corbeille de la fiancée un parchemin qui confère à l'épouseur le rang et le titre de marquis de Saint-Denys. Sept enfants naquirent de ce mariagCt dont quatre ont fait souche.

Amédée-Louis- Vincent, l'aîné, prit du service en 1800 et fit les campagnes de Dalmatie, d'Illyrie, et du

Portugal. D mourut on 1858, n^ayant pas d'enfant, H avait institué pour scn héritier son neveu Marie- Jean-Léon Lecoq, baron d'Hervey, fils de sa sœur Mélauie, madame Trousse t, devenue par un second mariage, baronne d'Hervoy. Ce neveu est mort à son tour en 1892, sans entant. Le titre de marquis de Saint-Denys, éteint dans cette branche, est passé à son neveu, petit-fils du frère du gouéral baron Juchereau.

Le troisième fils de Louis-Barbe Juchereau, Charles Juchereau, comte de Saint-Denys, servit la France dans Tarmée de la Restauration et brisa son épée lors de la Révolution de 1830. II n'a pas laissé d'héritier du nom. De ses deux filles, l'une est morte sans postérité, l'autre, madame de la Barre, a trois enfante.

Mariée eu premières noces à M. Trousset, Mélanie Juchereau a laissé de son premier mariage deux filles et de son second m'ariage avec Alexandre Lecoq, baron d'Hervey,un fils. La première de ses filles est devenue la marquise de Noé et a laissé quatre fils dont deux sont encore vivants. Tja seconde est devenue la comtesse de Luppé. Elle a eu trois fils, dont un seul survit ; mais n'a pas d'enfant.

Constance-Hélène-Tjouise, autre fille de Louis-Barbe Juchereau, mariée à M. Lemaire de Marne, n'a laissé qu'une fille mariée à M. de Sazilly, représenté aujourd'hui par une fille unique, madame Techtermann, et deux fils dont un survit, M. René Torteriie do Sazilly.

2. La branche de Marie-Eustache, fils d' Antoine, seigneur de Beauport (de 1720 à 1772 ).

Entré dans Farmée française, il périt j\ la tête de son régiment, à Charle ville, en 1792, dans une de ces sanglantes émeutes populaires qui préludèrent à la. grande Révolution.

Son fils, le célèbre général baron Juchereau entre dans le corps du génie ; avec l'agrément de Napoléon 1er, il se met au service de l'empire ottoman comme instructeur en chef du génie militaire et des fortifications, hauts emplois dans lesquels il ne cesse do sau^ vegarder et défendre les intérêts de la France. Plus tard, en Espagne, il dirige les opérations du siëge de Cadix et prépare la victoire de Bornos. 11 prête ensuite son concours aux héros de l'émancipation de la Grèce où il reste attaché comme ministre résident de France. Enfin, il est appelé en consultation pour préparer la conquête de rAlgérie,et meurt en 1850, avec une réputation littéraire qui le place au premier rang parmi les écrivains militaires de son temps. Il avait épousé une Levantine et ne laissa qu'une fille mariée à M. de l' Espinasse.

Par une de ces étranges coïncidence3 que présente parfois l'histoire, dans la première moitié du dixneuvième siècle, on trouve deux Canadiens-français, deux cousins : le baron Juchereau de Saint-Denys et le vicomte de Lery comme généraux en chef du génie, dans les brillantes opérations militaires de cette époque si féconde en événements guerriers.

Louis Juchereau de Sain t-Deny s,frère du général baron

Jnchereau,entre dans la magîstratare et fait sa carrière en Corse. Il avait eu plusieurs enfants, dont un seul a fait souche : Ëustache Juchereau de Saint-Benys qui s'est illustré comme consul de France en Orient, puis h Saint-Domingue.

Eustache Juchereau a laissé trois fils : l'aîné est à Bastia et porte le titre de marquis de Saint-Denys. Le second porte le titre de comte de Saint-Denys et appartient à l'armée française,dans laquelle il s'est distingué au Tonkin. Il n'a qu'une fille. Le troisième fils, après avoir été avocat consultant à Paris, est devenu juge de paix en Algérie, près d'Oran. Il est célibataire.

3. Enfin, la troisième branche des Juchereau de France est celle des de Monceaux, issue de Marie- Madeleine Juchereau Duchesnay, fille d'Ignace, mariée à Jean-Christophe de Monceaux, qui devinrent la souche des familles Sarrazin, de l'Etang, d' Avralnville, Thirion, Martin, Soulignac, de Soyer, Ruellan.

*** Je termine ici cette vue d'ensemble, ce résumé succinct du livre de M. Roy. En le parcourant, je n'ai pu m'empêcher de penser que ces pages, arides en apparence, comme le champ de la mort couvert d'ossements blanchis, entrevu dans la vision du prophète, n'attendent que le souffle vivifiant du poète, du romancier, ou de l'historien, pour faire revivre en chair et en os leurs héros et leurs héroïnes choisis parmi les dix-neuf cents descendants des Juchereau de Maur, de la Ferté et do Saint-Denys.

C'est plus que de la l^Sgende : c'est de l'histoire vécue,corame l'on dit de nos jours ; car, pour chacun de ces morts, nous tenons, pour ainsi dire,en nos mains la trame de leur carrière. Leur existence s'est déroulée dans les combats, dans la calme atmosphère de la vie des champ8,dans lesljautes sphères ouvertes à l'activité humaine. Partout et toujours, ils ont été bons fils, bons pères, bons citoyens et bons chrétiens. Voilà toute leur vie.

De ces pages si remplies de noms célèbres, d'actions d'éclat, mêlées à des événements domestiques simples, au récit d'actes modestes et obscurs, jaillit une leçon de devoir et de dévouement désintéressé à la chose publique, un enseignement de patriotisme qui consolô des spectacles d'égoisme et d'affaiblissement des caractères dont nous sommes trop souvent les témoins. Mais aussi quelle responsabilité pèse sur les épaules de ceux qui sont appelés à recueillir un pareil héritage.

C'est bien à eux que s'adresse l'épigraphe que M. Roy a empruntée à Froissart : " Tous ceux qui étaient là s'acquittèrent si loyalement do leur devoir, que leurs héritiers en doivent encore être honorés," qui se lit si bien en regard de cette belle pensée de Tacite par laquelle je finis en la traduisant ainsi :

" En entrant dans la carrière, souvenez-vous de ce

que furent vos ancêtres, et songez au jugement que

prononcera un jour sur vous le grand tribunal de la

postérité. " (1)

H.-J-J. B. Chouinabd

(1) Ituri in aciem, et majores et posteras cogitate.

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