HON. MAURICE DUPRÉ DEEPLY MOURNED
The whole city and, we believe, the ’svhole Province of Quebec will be profoundly affected by the death of Hon. Maurice Dupré, just at the time when we had been encouraged to believe that he might overcome the severe injuries he received in the Maskinongé train wreck. The former Attorney General combined within himself the cultures of Laval and of Oxford üniversity. He was a gentleman of the old school, his unfailing courtesy being matched by an exceptional charm of manner. A brilliant student, it was easy for Mr. Dupré to excel at the Bar and in political debate. Unfortunately for himself, his allegiance was given to a
party that has seldom been able to gain any large measure of électoral support in his native Province for years past ; otherwise his career might hâve been marked by still more impressive successes.
The very amiability of Mr. Dupré was a handicap to him in the kind of fighting he was called to carry on, for he did not believe in hitting with ail one’s might, but because of it although he had political opponents, he had no enemies. If he was studiously moderate, he was also throughly loyal and no amount of discouragement ever deterred him from returning to battle with the forces of Liberalism against the longest odds. As a mater of fact, he was almost the last French-speaking Conservative of distinction still active in Quebec and his untimely death drives another nail in the coffin of that party so far as French Canada is concerned.
English Canadians hâve lost in him a valued friend and the Chronicle-Telegraph offers its heartfelt condolence to Mme. Dupré and to the young family he leaves behind {The Quebec Chronicle- Telegraph, October 4 1941).
FEU MAURICE DUPRÉ
Mtre Maurice Dupré devait donc être la troisième victime de cet accident ferroviaire à payer promptement le tribut à la mort. C’est là une grosse surprise, une navrante réalité qui s’ajoute à notre immense douleur; c’est là, encore, une victoire de la matière sur l’esprit, la victoire d’un mauvais moment sur toute une vie de succès, de dignité, de gentilhommerie, de noblesse intensivement chrétienne. Hier encore, la science donnait l’espoir d’une guérison; aujourd’hui, elle pleure avec nous tous cet autre déboire. Un désastre, quoi!
Partir à cinquante-trois ans : quelle épouvantable anomalie ! Surtout chez ce bon vivant. — Maurice Dupré, — qui écarta toujours les excès, voire ceux de la jeunesse: la sienne s’étant passée dans une humaine impeccabilité. Et, en pleine ado-
lescence, cet “ancien” de Laval et d’Oxford connut une brillante fortune. Son étude légale, partagée avec l’ami Onésime (Mtre Gagnon), lui assura vite la notoriété juridique, parallèlement à l’A.C.J.C. qui le projetait sur les tribunes écoutées, et le lançait pour de bon dans la renommée publique, du temps que l’A.C.J.F. nous déléguait l’un de ses membres les plus brillants, Mtre Pierre Gerlier, aujourd’hui archevêque de Lyon et partant primat des Gaules.
C’est le cas de dire que, dans sa trop courte vie, Mtre Dupré — avocat, homme d’oeuvres, politique et ministre — a rempli une pleine carrière. Car il a su brûler les étapes qui mènent au succès Les raisons d’une aussi fulgurante réussite? D’abord la probité (Honesty is the best policy), le sourire accueillant, l’oubli des injures (à la façon de Laurier) et l’art de se faire valoir. Comme naturellement, la presse était douce à cet homme si bon, si obligeant à tout journaliste qui sollicitait une information, même à contretemps. Cette qualité l’apparentait au juge P. -A. Choquette, cet autre “coeur d’or” !
Aux débats de la politique, Mtre Dupré sut apporter des règles particulières de pondération, de gentilhommerie, d’une charité vraie, qui, parfois, confinait à l’onction. Il n’oubliait point, — les campagnes électorales ayant pris fin, — de complimenter toujours son adversaire heureux, après lui avoir donné, sur les tribunes, le minimum de coups. II était donc, à ce compte, d’une espèce assez rare. Ces belles manières, il les devait à l’une de nos familles les plus distinguées, manières colorées personnellement par sa riche nature.
Au cours de son stage au Ministère fédéral, il sut capter la confiance totale de son chef, aujourd’hui lord Bennett de Calgary. De Solliciteur général, il devint par intérim le Ministre de la Justice. Et il présida même à la nomination de quelques juges, d’excellents juges. Une fois, nous lui demandions la date de sa prochaine ascension à la Judicature. Voici sa réponse : “Ce serait aussi facile qu’indigne de me désigner moi-même à une pareille fonction; c’est à un autre qu’il appartient de scru-
ter mes propres mérites, si j’en ai d’assez grands pour commander une fonction tellement haute
Voilà l’homme, c’est-à-dire un peu de l’homme exquis que nous pleurons aujourd’hui. Il était, en somme, de notre confrérie, pour avoir contribué à la naissance et au maintien d’un journal, dans l’intérêt d’un parti politique qui lui doit beaucoup.
Que la famille du défunt veuille trouver ici l’expression de notre grande douleur, et l’hommage de nos condoléances. Léon Gray (La Patrie, Montréal, 5 octobre 1941).