JEAN MONOD
mort laissa à tous les siens un souvenir plein de paix et (le reconnaissance. »
Papa est mort dans la maison que la famille occupait dans le faubourg Saint-Martin et dont il est question dans mon llécit. Il occupe dans ce Récit une trop grande place pour qu'il soit utile de revenir ici sur les faits qui le concernent, soit à Copenhague, soit depuis son arrivée à Paris jusqu'à sa mort. Je crois devoir me borner à quelques renseignements sur ses écrits et sa prédication.
Il était doué d'une voix très puissante. Il se faisait facilement entendre, dans les coins les plus reculés de l'Oratoire, de la foule qui s'y pressait lorsqu'il prêchait. Ce don de se faire entendre s'est retrouvé chez ceux de ses lils et petits-fils qui ont embrassé la même carrière que lui '. C'est par la prédication surtout, que papa s'est créé la place éminente qu'il a occupée dans l'Eglise réformée de France *.
1 Ce fait est d'autant plus remarquable que l'art de bien ))rononcer devient rare de nos jours chez les prédicateurs. Ceux-ci d'ailleurs semblent prendre à tâche d'augmenter ce défaut, en voilant leur parole par la moustache dont ils se parent presque tous, la mode de la barbe prévalant maintenant.
2 Indépendamment de mes souvenirs personnels, les renseignements concernant la prédication de papa m'ont été surtout fournis par mon neveu, M. le professeur Auguste Bouvier, qui, à ma demande, s'est livré à un vrai travail de bénédictin
,sur ce sujet, coliationnant les manuscrits des sermons de papa
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Papa n'a jamais improvisé ; sa timidité et sa trop grande défiance de lui-même l'ont toujours empêché de prêcher d'abondance. 11 estimait d'ailleurs que l'improvisation a plus d'inconvénients que d'avantages. Il s'explique à ce sujet dans une lettre a Adolphe, qu'on lira avec intérêt \
Grâce à son grave débit, papa ne prêchait guère moins de quarante minutes; quelques-uns de ses sermons portent l'indication : récité en quarantecinq minutes. L'auditoire ne trouvait pas cette durée trop longue.
Billy possède la collection de ces sermons copiés par maman, qui a donné, par ce fait, une preuve touchante de son affection conjugale et de la prodigieuse activité dont elle était douée. Malgré ses écrasantes occupations, elle suffisait à tout. Les manuscrits originaux ont été donnés en partie, en décembre 1875, par Biliy, Edouard, Adolphe et Adèle, au nom de la famille, à la Vénérable Compagnie de Genève, et reliés en six
que possède la Vénérable Compagnie à Genève, fouillant les registres des séances de cette Compagnie et étudiant quelquesunes des lettres de papa dont il a pu avoir connaissance. — Les notes fournies par M. Bouvier seront conservées parmi les archives de la famille, et j'espère que celle-ci sera reconnaissante envers lui pour tout le zèle qu'il a mis à faciliter ma tâche.
1 Adolphe Monod. Souvenirs, etc., t. I, p. 87.