‹ La Famille Monod = portraits et souvenirsChapitre 17 sur 23 · PORTRAITS DES DOLZE MOINEAUX · texte numérisé non relu

PORTRAITS DES DOLZE MOINEAUX

ses enfants ; ses chagrins le touchent bien plus que ses chagrins personnels, et je doute qu'il soit jamais aussi sensible à ses propres succès qu'à ceux de son frère. Adolj)he dit-il un mot spirituel? La figure de Billy s'épanouit: il recueille le mot, il le répète, il le fait admirer à tout le monde; il triomphe comme un auteur qui est content de son ouvrage; l'amour d'Adolphe a chez lui tous les caractères de l'amour propre chez les autres.

Ils sont gais l'un et l'autre; mais la gaîté de Billy est douce et continuelle; celle d'Adolphe, beaucoup plus vive, n'éclate que par accès. J'en dirais autant de leurs peines. Billy les sentira moins vivement que son frère, mais l'impression en sera plus profonde. C'est du moins ce que je pense; jusqu'à présent leurs chagrins ont été légers et leur vie heureuse. Oh! que ne donnerais-je pas pour ne jamais voir l'elTet que produiraient sur eux les épreuves et les malheurs.

Ils sont tous les deux également bons, également généreux, également zélés pour leurs devoirs; ils sont tous les deux d'un commerce facile, complaisants pour tous, aimables dans la société, excellents dans leur famille. Enfin, pour achever leurs portraits, Billy est celui de nous tous qui ressemble le plus à papa ; Adolphe, celui dont le caractère se rapproche le plus du caractère de maman.

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Gustave.

Le docteur est petit, gros et point joli.

Cependant, sa grosse face réjouie fait plaisir à voir, et ses grands yeux ronds, bleu faïence, ne manquent point d'expression. Une tète excellente, une application soutenue au travail, une finesse dans l'esprit qui plaît d'autant plus qu'on ne s'y attend point du tout, une gaîté vive et franche, un cœur tendre et bon sous des manières un peu brusques, et un air d'insouciance qui ne le quitte jamais, et qui lui a fait donner le surnom de Sanssouci, — voilà, en peu de mots, le portrait de Gustave.

Il semble placé dans ce monde pour jouir, et il met, à s'amuser, la persévérance qu'il apporte dans toutes ses actions, et qui est peut-être le Irait distinctif de son caractère. En cela tout l'opposé

de son frère Edouard, rien ne le rebute, et nous l'avons vu détruire sans hésiter l'ouvrage de plusieurs mois, à cause d'une faute légère, puis se remettre au travail avec une nouvelle ardeur.

Gustave avait de grandes dispositions à la colère et à l'emportement ; il n'en reste plus trace, grâce à M. Kiister, qui est, aux yeux de Gustave, un oracle beaucoup plus infaillible que le pape pour

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