JEUNESSE ET MARIAGE DE J. MONOD
retour, il profita de ce que son voyage lui avait été largement payé pour visiter Stockholm et Copenhague avant de rentrer à Genève. Arrivé à Copenhague, il alla voir IM. Mourier, pasteur de l'Eglise réformée, qui voulut bien lui faire faire connaissance avec la ville.
Dans une de leurs promenades, ils furent surpris par une grosse pluie, et M. Mourier se réfugia avec son jeune confrère dans une maison voisine. C'était le palais appartenant à F. de Coninck : M. Mourier voulut profiter de la circonstance pour présenter Jean Monod à F. de Coninck. Ce fut le début de Jean dans la famille de Coninck. Il fut très bien accueilli et invité à revenir.
Grâce au soin que prenait papa d'inscrire sur l'enveloppe des manuscrits de ses sermons l'époque où il les prêchait, nous apprenons qu'il était à Copenhague le 16 janvier 4791 et à Berlin le J9 juin suivant. Je conclus de ces deux dates que le séjour de papa à Copenhague a duré plusieurs mois, par suite de l'accueil qui lui fut fait dans la famille de Coninck.
Je n'ai à cet égard qu'une seule tradition que j'ai lieu de croire exacte, et qui est une véritable révélation. La veille du départ de Jean, Louise, la seconde des filles de F. de Coninck, alors âgée de seize ans, écrivit sur une vitre avec
un diamant, en présence du jeune homme : je reviendrai.
Ce fait prouve que ces deux jeunes gens avaient profité du temps qu'ils avaient pu passer ensemble pour faire bonne connaissance et que Jean avait gagné le cœur de Louise.
Il fallait un encouragement aussi significatif pour qu'un jeune pasteur sans fortune pût concevoir l'espérance de se voir accorder la main de la fille d'un des premiers négociants de l'Europe à cette époque. Il y a tout lieu de croire que c'est après avoir quitté Copenhague que papa alla voir à Berlin son ami le pasteur Molière et prêcha pour lui le 19 juin avant de retourner en Suisse.
D'après les indications fournies par ses sermons, nous apprenons qu'il est retourné à Copenhague en 1792 après avoir prêché une fois à la Haye, le 13 mai, et deux fois à Londres, les 3 juin et l*''" juillet. Il prêcha à Copenhague le 28 octobre et le 11 novembre 1792. La prédication n'était pas le seul but de son retour dans cette ville, à en juger par le fait que le 18 janvier 1793 il épousait Louise de Coninck, âgée de dix-sept ans et un mois.
Jean repartit pour la Suisse avec sa femme et s'arrêta à Morges, où l'attiraient probablement ses parents de la branche suisse.
Loiisi-: M(iNtii)
à l'âge de 18 ans.
D'après Juiil.
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L'ainé de ses enfants, Frédéric, naquit à Monnaz près de Morges le J7 mai 1794.
La même année, Jean fut appelé à Copenhague pour remplacer un des pasteurs de l'Eglise réformée.
C'est ainsi qu'un peu plus d'un an après son mariage et son départ pour la Suisse, il revint s'installer à Copenhague comme pasteur et ramena sa femme auprès des parents de celle-ci, avec son premier-né.
Séjour à Copenhague.
Jean ^lonod a desservi l'église française de Copenhague de 1794 à i808.
Pendant ces quatorze ans il est devenu père de huit enfants, dont sept garçons. Il passait la belle saison a Kanin-gaard, que son beau-père avait mis à sa disposition. Je ne possède aucun document écrit sur cette période de notre vie de famille, et c'est à des traditions orales et à mes faibles souvenirs d'enfance que sont dus les quelques détails suivants.
Je ne sais rien de précis sur l'éducation de mes frères. Mon père avait conûé en 1804 leur instruction à un jeune pasteur suisse du nom de Gaberel et, dans une lettre à son ami le pasteur Mestrezat, il témoigne sa satisfaction de l'aide que lui apporte
Gaberel. D'après ce qui m'a été dit, j'ai lieu de croire que mes frères causèrent quelques soucis à nos parents. Frédéric en particulier, tout bon garçon qu'il fut, avait une fougue qui lui faisait mal supporter la discipline. Son grand-père de Goninck ne l'en aimait pas moins, à telles enseignes qu'un jour, à l'approche du jour de naissance de son petit-fils, il lui demanda de lui apporter une liste des objets entre lesquels on pourrait choisir les cadeaux à lui faire. Frédéric mit en tête de sa liste un3 montre, un vrai cheval et une gymnastique. A la grande surprise et non moins grande joie du garçon, son grand-père ne voulut pas faire de choix et donna les trois objets!
Je cite ce fait surtout pour montrer la tendresse de grand-papa pour sa famille et de quels moyens il pouvait disposer pour satisfaire sa générosité.
Je n'avais pas cinq ans quand j'ai quitté le Danemark et mes souvenirs se ressentent de cette extrême jeunesse; ils se rapportent plutôt k des objets et à des animaux qu'a des personnes. Je n'ai aucun souvenir de mes grands-parents de Goninck, mais je vois encore un bélier très méchant faisant partie du troupeau de moutons appartenant à Kanin-gaard; il fallait lui couvrir les yeux avant de le laisser sortir de la bergerie.