SCENE VIII
OLIVIA, BEPPO
OLIVIA. Eh bien» es tu décidé ? il s’agit ici de ta vie ou de ta mort. Dans une heure des sbires entreront dans cetto salle; mais dans cinq minutes, une voiture s’arrêtera devant cette porte... y monteras-tu ?
BEPPO, après un silence . J’y moulerai savoir s’il dort.
Olivia fait un mouvement de joie, et entre dans le cabinet. Beppo se dirige en chancelant ver* la table , prend le portefeuille et Ica papiers et le» serre dans sa poitrine t puis après un nouveau silence.
Beppo. Allons 1... — c’est la fatalité qui le veut.
OLIVIA, rentrant. Je me suis assurée de son sommeil et de l’isolement qui nous environne la pluie tombe à flots et gros-
sit le Tibre... demain matin, Moronval aura le vaste océan pour tombe, et la mer est fidèle — Es-tu prêt?
Beppo te lève. En ce moment on entend In voix dû Satvali qui chante dam le lointain t
Gondolier Romain Poursuis ton chemin sur Ponde ;
Fuis ; n'entends-tn pas La foudre là-bas ,
Qui gronde f
TJn démon te «lut,
Caché dans la nuit Profonde ;
L’assassin tremblant Jette un corps sanglant Dans l'onde.
OLIVIA. C’est la voix d’un pêcheur qui s’éloigne. — Beppo !.....
BEPPO, qui est retombé pétrifié sur son siège. Qui m’appelle ? cst-cc vous ?
OLIVIA. L’heure va sonner, l’heure va sonner!
beppo. Oui, il est tard!... j’ai besoin de repos.
Olivia. Dans cette chambre il y a quelqu’un qui t’attqud.
LA FAMILLE UOSONVAL.
B RP PO. Qu\ donc?
OLIVIA. Eh , tu la sais bien. (On entend le bruit de ta chatte de patte qui arrive devant la maison.) Entends-tu ? C'est la chaise de poste qui vient le chercher; tu n’as plus qu'un instant. Est-ce h l’aventurier Beppo que je parle , ou bien au comte de Morouval ?
beppo. C’est au comte de Moronval.
11 prend son poignkrd ef te précipite dans le cabinet , onae heure* sonnent.
OLIVIA, seule. Onze heures! (On en-
tend un gémissement prolonge.) Maintenant
Beppo est à moi pour l’éternité il y a
un crime entre nous deux.
BEPPO, revenant en seine. Olivia! Olivia!..
OLIVIA. 11 est mort ?
beppo. 11 se débattait... mais je l’ai jeté dans le Tibre et la vague s'est refermée sur lui
OLIVIA * curieusement. Et la coup a été porté d’une main sûre ?
beppo. Ah ! ne me demande pas ces détails... c’est trop affreux... Ma destinée est donc remplie I.... assassin... et cette fois assassin sans excuse I...
Olivia. On monte... c’est le cocher sans doute... prends ce manteau.
BEPPO. Et du sang n’ai-jc pas de
sang sur moi ?
Olivia. £h non, non !.. allons, du courage 1
BEPPO. Je n'aurai jamais la force de me traîner jusqu’à cette voiture, soutiens-moi. . .
Entre un cocher.
LE COCHER. M. de Moronval?
Beppo *e relève.
OLIVIA. Le voilà. — Adieu , comte; au revoir à Marseille 1
BEPPO, d'une voix straetguUe. Au revoir à Marseille 1
Fin du premier acte.