‹ La famille Moronval drame en cinq actesChapitre 12 sur 50 · LB MAC MIN · texte numérisé non relu

LB MAC MIN

f ant da courage que moi. — Tu vois bien que je ne pleure plus. Je veux même essayer de sourire. — Faisons croire à ma taute que nous ne partageons pas scs inquiétudes.

MAD. DE MOROWAL , s'éveillant. Inès...

ma fille...

INÈS. Hé bien, es-tu reposée?

MAD. DE MORONVAL. Y a-t-il longtemps que je dormais?

INÈS, line heure ù peu près.

MAD. DE MORONVAL. Et rien de nouveau pendant mon sommeil?., pas de lettres? Oh I tu me l’aurais déjà dit?

INÈS, effeuillant une marguerite qu’elle a prise dans un bouquet attaché à sa ceinture. Ecoute et regarde. Je consulte mon oracle.

Je me marierai... je ne me marierai pas...

Elle continue tout bas.

MAD. DE MORONVAL. Enfant !.. — Eb bien?

INÈS, arec joie. Je me marierai! Tu n’as pas oublié le nom de mon fiancé, n’est-ce pas ? Je n'en aurai jamais d’autre.

Al AD. DE MORONVAL. Que le ciel t’entende ! mais ce n’est pas moi qui mettrai ta main dans la main de mon fils.

INÈS. Pourquoi, ma mère?

AIAD. DE AIOROSTAL. Inès, parce que je me meurs !

inês. Oh! quelles sombres pensées!

peux-tu parler de me quitter?..

MAD. DE MORONVAL. Je voudrais ne pas t’aflliger; mais j’aime mieux te préparer au malheur qui me menace... il faut d'avance t’inspirer du courage...

INÈS. Du courage, et pourquoi ? et que ferais-je toute seule dans le monde, moi, pauvre orpheline, qui ne tenais à vivre que pour te consoler !

Elle cache sa tête dans les genoux de madame de Aloronval.

DANIEL, s’approchant. Calmez-vous.

MAD. DE MORONVAL. C'est toi, Daniel, mon vieil ami? est-ce que tu veux aussi me consoler, toi? Voyons ; quel pieux mensonge vas-tu me faire? Oh! c’est en vain que tu chercherais ù m’inspirer un espoir que tu n’as plus... je lis ta douleur dans tes yeux.

DANIEL. Madame, je suis bien vieux, et beaucoup s’en vont avant mon âge... Je vous demande pourquoi le bon Dieu me laisserait si long-temps sur la terre, si ce n’était pas pour revoir et pour embrasser votre fils?

aiad. de MORONVAL. Hélas! la même idée me vient quelquefois... il me semble comme à toi que c’est par un miracle que le fil de ma vie n’est pas encore rompu... il me semble que ma vie est attachée à mon titre de mère, et que si j’avais effectivc-

TÜÈATBAL,

ment perdu ce litre si douloureux et si sacré, je serais maintenant morte. [Un silence.) Donne-moi ton bras, Inès, je veux changer de place.. .conduis-moi vis-à-vis le portrait de mon fils... là... je ne sais pourquoi j’ai conservé l'habitude de m’asseoir près de ce balcon ; je m’y plaçais autrefois, parce qu'il donne sur la grande route, et que je voulais être la première à voir arriver mon fils... mais je n’adrai pas cette joie!.,. Mes pauvres yeux ont versé tant de larmes. ..ma vue est affaiblie comme le reste!

INÈS. Tu revivras en revoyant ton fils.

MAD. DE AIORONVAL. Tu ne peux juger de la ressemblance de ce portrait, Inès...

tu ne sais pas comme c'est bien là l’expression de scs yeux et la grâce de son triste sourire... Il nous avait quittés avant que tu ne fusses ma pupille; s il t’eût connue, mon enfant , il serait peut-être resté. . .

INÈS. Il ne m'aurait jamais aimée plus que sa mère...

MAD. DE MORONVAL. Non; mais nous aurions été deux pour le retenir... Ne parlons plus de cela ; je reprendrais mes idées noires... Tiens, Inès; lis-moi la Bible : c'est le livre qui console et qui fait espérer.

INÈS. Que! endroit choisirai-je?

MAD. DE MORONVAL, lui donnant le litre ouvert. Le premier venu.

INÈS, lisant, « Ruben étant retourné h la citerne, et n’y ayant point trouvé Joseph, déchira scs vêtemens , et vint dire ù scs frères : L’enfant ne parait plus, et que deviendrai-je? Après cela, ils prirent la robe de Joseph, et l’ayant trempée dans le sang d’un chevreau qu’ils avaient tué...

MAD. DE MORONVAL. Continue.

INÈS. «Ils l’envoyèrent A son père, lui faisant dire par ceux qui la portaient , voici une robe que nous avons trouvée; voyex si c’est celle de votre fils ou non.

» Le père l’ayant reconnue, dit : C’est la robe de mon fils , une bête cruelle a dévoré Joseph...

MAD. DE MORONVAL. Une bête cruello a dévoré Joseph...

INÈS. » Et ayant déchiré scs vêtemens , il se couvrit d'un cilice, pleurant son fils fort long-temps.

» Alors tous scs enfans s'assemblèrent pour tâcher de soulager leur père dans sa douleur; mais il ne voulut point recevoir de consolations, et il leur dit : Je pleurerai toujours jusqu’à ce que je descende avec mon fils au fond de la terre. Ainsi, il continua de pleurer. »

MAD. DE MORONVAL. Est-ce un nouvel avertissement que vous m'envoyex? ô mon Dieu ! Est-ce que je recevrai aussi les habits sanglaus de mon fils ? est-ce aujourd’hui que l’on viendra m’apprendre sa

LA FAMILLE MOBONVAL.

mor(?

Un silence.

ANDRÉ, mtrant. Madame, une dame dont la voiture vient de verser à cinquante pas de la grande grille, demande l’hospitalité dans votre château en attendant quelle puisse continuer sa route.

DANIEL. Une voiture a versé devant la grande grille! mais la route est plate comme la main...

MAD. DE MORONVAL. Depuis que j’habite cette maison, voici la première fois qu’un pareil accident arrive. Va recevoir cette dame, Inès.

Inès et André sortent.

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