‹ La famille Moronval drame en cinq actesChapitre 24 sur 50 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

OLIVIA, L'HOTESSE, puis SALVIATI.

l’iiotesse. Madame, voici votre compatriote qui n’a pas de raison pour refuser , l’échange que vous lui proposez .. (On sonne de plusieurs côtés. ) on y va ; on y va ; pardonnez-moi de vous quitter, Madame.. .

Je reviens toul-à-4’licurc. (Elle sort.)

SALVIATI, mirant. Certainement, Sigtiora, puisque vous êtes italienne, je su : s heureux... aligne vois-je? vous ici, vous signora Olivia 1...

OLIVIA, après un silence. i’ersonne ici ne

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doit connaître mon nom. ..Mais je me souviens «lu vôtre, Giacomo Salviati; et je garde toujours la bague «]uc vous m’avez rendue.

SALVIATI. Oh! me voici paye de ce service plus généieuscuicnt que je ne l’avais espéré... uu si long souvenir est une trop grande récompense... mais Vous devez rester inconnue ici, dites-vous, parlez; courez-vous quelque danger? avez-vous quelque projet? vous faut-il un défenseur ou un esclave? avez-vous besoin d'un homme qui soit prêt à risquer sa vie sur un geste, et son âme sur un mot?

OLIVIA. Merci, merci... vous avez un noble cœur, et je suis heureuse «le vous avoir rencontré; votre présence est un dernier souvenir de ma patrie.

SALVIATI. Est-ce que vous ne la reverrez plu5?

OLIVIA. Je ne la reverrai plus.

SALVIATI. Quoi, vous êtes italienne, tous êtes libre, vous avez devant vous de longues années et fous pouvez «lire que vous lie reviendrez pas en Italie. ?

OLIVIA, U!i! oui, je sais que c’est une mère pieusement chérie par tous scs enfans mais elle a été pour moi une marâtre et je «l’ai trouvé à son foyer que le deuil et le meilleur... Vous, comment avez-vous pu la quitter pour un si long voyage ? quel intérêt où quel devoir v ous a conduit à Toulouse ?

SALVIATI. Un «îevoir sacré, madame, un serment fait h un ltommc sur son lit de mort.

OLIVIA . à ctle-mSme. Je ne sais pourquoi je tremble... il me semble «pic voici une «les crises de ma destinée... — C’est une succession que vous venez recueillir?

SALVIATI. Non, c’est uu crime «juc je viens dénoncer!.

OLIVIA, t'n crime.

SALVIATI. A quoi bon, vous parler de cela. Madame? c’est une histoire étrange cl fatale, mais qui dans la situation où vous êtes ne peut avoir aucun intérêt pour vous!

OLIVIA. Giacomo Salviati, le nom «lu comte de Moronval n'est-il pas mêlé dans cette histoire?

SALVIATI, tressaillant. Qui a pu vous dire ?. .

OLIVIA. Le nom du comte de Moronval est mêlé dans cette histoire! vous l’avez donc connu?

SALVIATI. Oui , madame.

OLIVIA. En Italie, à Home?

SALVIATI En Italie, à Rome.

OLIVIA. Alors, je vous éroute, Salviati.

salviati. Au fait, le s‘e<*et que je vais vous dire sera demain le secret Tune ville entière et puisqtic vous voulez m’entendre, je parlerai sans demander et sans compren-

dre le motif «le votre curiosité. — 11 y a six mois, madame, pendant une nuit «le carnaval et peu de temps avant l’époque où vous disparûtes de Rome , je descendais le Tibre , pour aller à Oslie. l’air et I eau tout était sombre et il n’y avait pas plus de. lumières sur les épiais que d’étoiles à l'hozon ; tout-ù-coup j’entends un bruit sourd à côté de ma barque... le bruit d’un corps pesant qu’on venait de jeter dans le fleuve; celte chûtc est accompagnée d’nn gémissement prolongé... je devine ce que c’est, je fais tourner ma barque, et j’apperçois bientôt à la lueur d’un éclair, queli)ue chose de blanc, qui surnage et disparait tour-àtotirl ce quelque chose, c’élait un homme, j’arrivai assez à temps pour le prendre par les cheveux au moment où il enfonçait; je l’étendis dans ma barquect un quart-d’heurc après, je frappai à la porte de notre demeure. Ma mire ouvrit : mère, fui dis-je, voici un chrétien que j’ai retiré du fleuve et qu’il faut sauv er si c’est possible ; après l’avoir couché sur mon lit, nous le déshabillâmes; mais jugez de notre effroi quand nous nous nous aperçûmes que nosmainséjaient sanglantes... avant de jeter ce malheureux dans l'eau, on lui avait ouvert la poitrine avec un coup de poignayl.

OLIVIA. Ah !

SALVIATI. Pauvre jeune homme 1 je l’ai revu bien des fois dans mes rêves... Sa blessure était large et profonde, cependant i force de soins, nous parvînmes à le rappeler à la vie , mais ce ne devait pas être pour long-temps., il ouvrit les yeux sans nous voir et se mit à parlercomme un homme dans le délire : il parla de sa mère qu'il n’embrasserait plus; d’une femme qui l’avait trompé en l'attirant dans un rernlezvous; d’un homme qui lui ressemblait et qui l’avait assasiné.... — Ma mère cl moi nous nous regard ions en silence et «le grosses larmes roulaient dans nos yeux, Car c’était une scène vraiment déchirante... — quelques momciis avant de mourir, la raison lui revint, il demanda ce qu’il fallait pour écrire; je n’avais que mon stylet et mes tablettes, je les lui donnai. H trempa le stylet dans le sang qui sortait de sa blessure, et «l'une main tremblante il écrivit à sa mère une lettre «l’adieu.

OLIVIA. Une lettre!

SALVIATI. Quand il eut achevé, il me pria de lui couper uncbouclc de cheveux, et quand cela lut fait , il posa les cheveux sur la lettre et regarda autour de lui... il vit ma mère qui était agenouillée au pied du lit et qui priait avec ferveur... Juremoi, «lit-il^ par ce qué lu s as de plus sacré danS le monde, par l’ame et les jours de ta mère . que tu exécuteras fidèlement ce que je vais te dire jet quoiqu’il soit cruel

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