‹ La famille Moronval drame en cinq actesChapitre 25 sur 50 · LH MAGASIN · texte numérisé non relu

LH MAGASIN

de mourir si misérablement et de mourir si jeurtb, je rendrai l’ame en paix ; jure, et si tu as jamais un crime à te reprocher, si grand que soit rc crime, j’atteste qu’au jour du jugement dernier cette seule action te fera pur aux yeux de ('Eternel... Il y axait quelque chose de si grave et si solennel dans scs paroles et dans son accent, que le frisson me prit et je tombai ù genoux... Jure tout ce qu'il voudra, me cria ma mère; j'étendis le bras sur le chevet de l’agonisant , et je fis le serment qu’il avait demandé... il me serra la main; lis cette lettre, me dit-il, d’une voix qui s’affaiblissait; elle t’apprendra toute la sainteté de ta mission ; et dès que tu seras libre, va la porter à son adresse avec cette boucle de cheveux... ce sont mes adieux à ma mère; tu ne les remettras qu'à elle seule, entends-tu bien, entends-tu? puis il expira!.. — Vest-ccpas que c’est une histoire horrible?

OLIVIA. Oh ! oui, horrible : cela est vrai.

SALVIATI. Maintenant vous savez pourquoi je suis venu à Toulouse... je n’ai pu tenir plutôt mon serment, parce que j’ai fait le voyage à pied, et qu’il a fallu réunir quelques économies avant de le commencer... Ce voyage a été long et pénible, mais j’avais deux pensées qui me soutenaient sans cesse; l’une, c’était le serment que j'allais accomplir; l'autre, la justice que j'allais faire; et, si parfois mes forces s’affaiblissaient , il me semblait, madame, que l'ombre du malheureux comte de Moronval venait se placer à côté de moi; il me remettait ù l’esprit toutes les horribles circonstances de sa mort, et me rendait mon courage en me rendant le désir de le venger !

OLIVIA. C’est bien, c’est bien, Salviati ; écoute-moi à toh tour. Tout-à-l'heure, en me retrouvant ici . tu m’as dit des paroles que je me rappelle et que je vais te rappeler : « Vous faut-il un défenseur ou un esclave ? avez-vous besoin d'un homme qui soit prêt à risquer sa vie sur un geste et son amc sur un mot? •

salviati. Il est Trai que je vous ai dit cela, madame.

OLIVIA. Etait-ce des offres banales de service, ou l’expression d'un déTOÛmcnt vrai?

salviati. Mes paroles ne sont jamais

légères.

OLIVIA. Eh bien, je te prends au mot; j’ai besoin de toi, Salviati, et si tu m’accordes ce que je te demande, je t’accorderai ce que tu me demanderas.

SALVIATI. Je tremble, car je crains de deviner ce que vous allez me demander...

Que voulez-vous?

Olivia. Je veux la lettre de Moronval.

THÉÂTRAL

SALVIATI. La lettre de Moronval !., ah,!

je ne m’étais pas trompé. Pourquoi vous ai-je rencontrée, et que viens-je de vous dire?., je ne puis vous donner cette lettre, madame.

Olivia. Ecoute. Je ne sais si l’histoire que tu m’as racontée est vraie; ce que je sais, c’est qu'ily a ici, à Toulouse, un comte de Moronval, qui est riche, qui est puissant, dont personne ne songe à contester le titre. L’accuser de meurtre et d’imposture, c'est prendre une rude t.1chc, Salviati ; une tâche ou I'ub des deux succombera ; mais ce peut-être toi aussi bien que lui.

SALVIATI. Je sais bien qu’il y a dans Toulouse un comte de Moronval, madame : c’cst l’assassin du jeune homme qui est mort chez moi. Il me semble que le billet que j’apporte est une preuve suffisante de tous scs crimes; il me semble qu'apris m’avoir entendu et apres avoir lu ce billet, madame de Moronval elle-tnême sera forcée de reconnaître son erreur. Il se peut qu’il y ait entre nous discussion et lutte, et qu’un égal danger menace l’accusateur et l’accusé; mfis quoique je sois isolé et pauvre, et que mon adversaire soit riche et puissant , je ne le crains pas ; j'aurai de mon côté Dieu et l’ombre du vrai Moronval.

OLIVIA. Tu me, refuses ? Et moi qui avais la folie de te croire quand tu m'as dit : Mes paroles ne sont jamais légères !...

SALVIATI. Ah! quand je vous ai dit cela, je n'ai point menti, madame; mais je ne voulais engager que mon ameet ma vie, et j’ai fait sur la vie et sur l’amc de ma mère, le serment auquel vous voulez que je sois infidèle! je ne puis vous sacrifier ma mère! Oh! si je vous obéissais, madame, je suis sûr que Moronval m'apparaitrait encore , il viendrait me reprocher mon parjure, et que sais-je? m’annoncer peutêtre la mort et la damnation de ma mère.

Non, non! c« serment est trop sacré!.. 11 faut avouer que le sort se joue bien cruellement de moi ; il m’offre un moyen de vous plaire, le seul qu'il puisse m’offrir sans doute, et je suis obligé d’y renoncer... Mais j’aurai la force d’achever c« sacrifice , et pour abréger l’horrible combat qui se livre dans ma conscience, je cours à l’instant même chez madame de Moronval.

OLIVIA, qui a rhe pendant que Sahiati partait. Demeure — je ne te demande plus tou billet, je ne te demande plus de parjure ; je te prie de retarder jusqu’à demain ta visite à madame de Moronval. Me refuses-tu cette grâce?

SALVIATI. Que voulez-vous donc faire de cejte nuit? vous connaissez le faux Moronval ? vous voulez le sauver...

OLIVIA. Je n’ai que ceci à te répondre :

LA F.AHILLf.

si demain matin tu viens me trouver en me disant : retournons ensemble en Italie , je retournerai avec toi en Italie.

SALVIATI, après un silence. Je n’ose approfondir ni ce que vous me demandez, ni ce que vous me promettez. Je cède à votre influence ; je ne verrai pas madame de Moronval aujourd’hui.

OLIVIA. Salviati , je reçois ta parole.

Songequ’à mes yeux elle est aussi sacrée que le serment fait à Moronval sur son lit de mort. A demain matin. (En sortant.) Oh! je ne te crains plus, Salviati ; la nuit me reste.

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