‹ La famille Moronval drame en cinq actesChapitre 27 sur 50 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

MAD. DE MOUONVAL, BEPPO, assis.

Al Al), de llOR^VAL Oui, je no me fais pas illusion sur le peu de jours qu’il me reste ù vivre; il y a dans mon cœur une voix secrète qui m’avertit de ma fin prochai- 'ne... ne m’interromps pas; je sais ce que tu veux me dire : que je vais mieux, que le bc Milieu r fait vivre , que je dois être heureuse puisque tu ne nie quitteras plus...

toutcelp est vrai, mon fils; et cependant '‘ je mourrai bientôt... seulement je nie serai ranimée sur la *fin de ma vie comme une lampe qui jette une dernière flpmme avant il'cxpirer.

I'.i.PPO. Madmjvc...

ai \i). demokoxval. Encore!. pourquoi domine m’appelles-tu pas : ma mère? Oh!

jjomic moi ce nom et ne te lasse pas du me ic donner... .le suis restée trois annéessans l'entendre et dans bien peu de temps je ne 1 entendrai plus!

IÎEPPO. Ma mère... vous avez souffert si long-temps que vous n’avez plus , je le vois, le courage deeroire au bonheur; et pourtant, regardez autour de vous, et ditesmoi ce qui vous manque?..

MAD. I>E MOROXVAL. Dieu m’accorde une fin aussi tranquille qu’il pouvait me l’accorder; mais, c’est tout ; ne songe pas au bonheur pour moi; il y a long temps que j’ai fait au ciel le sacrifice de ma vie.. Il y a long-temps que j’ai mis sur toi tout mon avenir, toutes mes pensées, tous mes rêves... Sois heureux, mon fils, et je mourrai en souriant.

IIEPPO. Alors, remerciez Dieu, ma mère.

MAD.DE MOROXVAL. Oh ! pas encore!

il est des choses sur lesquelles on ne trompe pas une mère ! les mères ont une seconde vue, et je Iis au fond de ton cœur...

Tu as rapporté do ton voyage des souvenirs contre lesquels tu luttes et dont tu n’as pas encore triomphé.

ÜEPPO, te levant. Qu» peut vous faire croire?.. •

AI AD. DE MOROXVAL. Je ne te demande pas ton secret; mais tu te serais soulagé peut-être, si tu avais voulu me le dire.

BEPPO. Ma mère, priez Dieu, pour que vous ne le sachiez jamais !

MAD. DE MOROXVAL. Qu’il soit fait comme tu le désires... après tout, je sais que tu es chèrement aimé de ta femme et | de ta mère ; l'amour d’une femme et l’amour d'une mère, cela doit effacer bien '

I des chagrins?

BEPPO. Oui, oui, sans doute; — mais pourquoi l’amour d’un fils et d’une fille ne serait-il pas aussi efficace?

MAD. DE MOr.OXVAL. C’est que tu n’as que des chagrins, mon fils ; et moi, j’ai peut-être des remords !

IÎEPPO Des remords?

MAD. DE MOUONVAL. Ecoute : il y a une raison pour laquelle tu ne peux épancher ton cœur dans le mien ; j’ignore quelle est cette raison; mais je tepardonne... Ce que tu fais, tu dois sans doute le faire... il y a une raison aussi pour laquelle je ne puis te dire le secret «le ma vie... Imites-tu mon exemple et me pardonnes-tu?

BEPPO. .Moi. vous pardonner?

MAD. l)E MOROXVAL. Oui! quaud je ne serai plus, j’aurai besoin de tes pardons et de tes prières : prépare-toi à me les donner... Oh ! quoi que lu- saches un jour, n’est-ec pas que tu n'entendras jamais sans émotion prononcer devant toi le nom de ta mère?

BEPPO. ù part. Quel supplice! quel supplice !

J MAD. DE MOROXVAL. Tu souffres? . je conçois ton impatience... je regrette du troubler par un si triste entretien an jour comme celui-ci ; mais cet entretien que j'abrège , il était indispensable, mon Gis, ettu vas sa voir pourquoi. C’est aujourd'hui que la fortune de ta famille passe dans tes mains; c’est aujourd'hui que je te dois rendre mes comptes, comme mère et comme tutrice.

BEPPO. Oh !.. qu’il n’y ait jamais de ces détails entre nous.. .

* MAD. DE MOROXVAL, lui remettant un portefeuille. Voici ces comptes; il faut que tu connaisses l'état de ta fortune, et voici en outre mon testament... C’est ce paquet fermé avec un simple cachet de cire noire; en veux-tu lire la «uscription? — lis...

BEPPO. lisant. «Mon testament, adressé A mon fils qui m’a promis de ne l’ouvrir qu’après ma mort. »

MAD. DE MOROXVAL. Qu’après ma mort! car ce testament est une confession.

BEPPO. Gardez, gardez ces papiers, ma mère... Ce testament, je le posséderai toujours trop tôt .. Oli ! par grâce, reprenez ce portefeuille; je ne veux pas m’encharger.

MAD. DE MOROXVAL. lït pourquoi? estce ù cause de la promesse que je te demande ? Ne me fais pas cette promesse, mon fils; ouvre mon testaments! tu le veux; setf-

LA FAHILLF. SfOHOXVÀL. M

lemcnt je n’oserai plus lever les yeux devant toi.

BEPPO. Ah! devant Dieu qui lit dans mon cœur, je vous jure de respecter votre défense; que nia main se dessèche avant que je touche à ce cachet pour le rompre!

et si je garde ce portefeuille, c’est que vous avez le droit de m’en donner l’ordre...

H1AD. DE MOROSVAL. Maintenant, je

Î iuis dire que je mourrai tranquille ; voici c dernier devoir que j’eusse à remplir sur la terre... O mon l)ieu ! vous pouvez me rappeler à vous .. Cette mauvaise heure est passée, mon fils; je vais reprendre un front riant pour ma lillc qui va venir et nour celle l’ête où je vais paraître... Tu os emu; tâche de te remettre de cette émotion ; va, et que les bénédictions de ta mère attirent sur toi les bénédictions du ciel. .

* BEPPO, d lui-même. Elles attireront bien plutôt scs vengeances.

ilentre dan* son appirinornUdroUeiln spectateur MAD. DE MOHONYAL, seule. U Dieu! si vingt ans de pleurs et de prières ont trouvé grâce devant vous pour mes fautes, je ne vous demande rien pour moi, dont la carrière est achevée; je vous demande pour mes enfants tout le bonheur que vous n’avez pas voulu m’accorder...

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