MAD. DE MORONVAL, INÈS
INÈS. Tu es seule, maman?
MAD. DE lIOtlOXVAL. Toute seule et je t'attendais... Kmbrassc-moi. — Dieu soit loué , ma fille; ce que je craignais n’est pas arrivé : il n’y a pas aujourd’hui un nuage sur ton front et dans tes yeux pas la trace d’une larme... sais-tu que tu m’as donné bien des inquiétudes, méchante enfant ?..
IXÈS. Pardonne-moi, ma mère : il était si dillicile de te cacher les miennes!...
MAD. de MOIIONVAL. En voyant ta tristesse ,1e soin que lu prenais d’éviter la présence de mon fils, la pilleur qui couvrait ton front quand je te parlais de te marier avec lui, j’ai craint quelque temps que ce mariage ne put avoir lieu?..
IXÈS. Maman... je l’ai craint aussi.
MAD. DE MOItONVAL. Et sur quoi tes alarmes étaient elles fondées?
INÈS. Maintenant qu’elles ont disparu, je puis te le dire. Tu te rappelles cette dame Italienne dont la voiture versa devant ta maisou de campagne le jour mémo ou ton fils revint?.. Elle demanda l’hospitalité chcz-lo™.
MAD. DE IIOROXVAI.. Et elle me donna des nouvelles de mou fils qu'elle avait connu en Italie... Je lui garde pour ce service une reconnaissance éternelle... après...
INÈS. Après... j’eus une longue conversation avec elle et elle me conseilla île lie jamais épouser le comte de Moronval, attendu
qu’il en aimait une autre...
MAD. de moronval. Te donna-t-cll, des preuves?..
INÈS. Non; mais quel intérêt avait-elle à me tromper? d’ailleurs on croit si facilement ce qu’on redoute ! — et tu le sais bien, maman, la conduite de ton fils n’était pas faite pour démentir les confidences de madame de Seroni. Son trouble quand oulni parlait de l’Italie et de scs voyages , l’empressement qu’il mettait échanger la conversation et plus que tout cela , sa mélan- . cnlie profonde et la gravité de son caractère, n’était-ce pas des observations bien faites pour fortifier mes craintes? 11 y avait pour- s tant des moments oii^es rcga.ds se lixatrnt sur moi ave, une expression quivoilait mes yeux d’un 'image, i^ y avait des moments • où quand il me parlait, l’émotion de sa voix me rendait tante tremblante; mais sur de si faibles preuves, n’osais me croire aimée., et quand un jour, il me demanda si- je consentirais i rédliscr le rêve de ta vie, à former une union arrêtée par nos parcuts depuis de si longues années, je ne donnai mon consentement que pour toi seule , cmtends-tu bien ? je me disais : M. de Moronval ne m’épouse sans doute que pour accomplir les volontés de sa mère; mais sa mère est aussi la micnnect je dois montrer autant de dèvoûment que lui.
MAD DEMORONVAL. Chère enfant ! chère enfant! j’atteste que .tu auras fait ton bonheur en voulant te sacrifier au mien. Oh!., si tu n’étais pas heureuse, tous les anges sc voileraient le front!... mais tu le seras, ma fille, car je réponds qu’il l’aime...
INÈS. Je le sais bien — hier — ai-je mal fait ?.. Je lui ai accordé un entretien secret:
Il y avait longtemps qu'il me le demandait, ma mère, et je n’ai pas le courage de me repentir de l’avoir entendu, car lorsque je l’ai quitté , scs paroles m’avait ouvert un nouveau monde ; je commençais é vivre, j’étais sftrc d’être aimée.
MAD. DEMOnONVAL. Que te disait-il ?..
INÈS. Oh ! tant de choses que le coeur retient, mais que la bouche ne peut répé— *; ter... Eh bien! il a dit qu’il m’aimait , et que s’il avait tardé si long-temps A m’en faire l’aveu, c’est qu’il était né sous une éto : lc fatale, et qu’il craignait tic m’apporter le malheur... J’ai cherché à te rassurer, comme tu le penses bien, ma mère; alors il m’a dit qu’il finirait peut-îdre par oublier le passé, mais qu’il aurait toujours dans le cœur une pensée bien cruelle,' c’est que je consentais à l’épouser seulement par obéissance pour toi. A cette parole, j’ai fait un mouvement de joie et de surprise. Me troinpé-je, s’cst-il écrié , Inès , Inès, m’aimei-vous? — J'ai baissé leï yeux en rougissant et sans rien dire, mais il parajt quo
afi
celte réponse l’a enchanté, car il est tombé A nies genoux. — Vous m’aimer, Inès !.. estil vrai !.. Puis, apres un silence et arec un ton de voix amer : Oh! oui, vous aver pourmoi l’aiTcction qu'on a pour un frère; vous m'aimer par devoir, par habitude ; mais si le hasard m'avait jeté dans votre vio arec un autre nom que celui que je porte, si je n’avais pas été lu comte de Moronval, vous n’aurier jamais fait attention à moi!.. — Qui peut vous le faire croire, aije répondu. — Quoi!., vous m’auricr aimé obscur, sans nom, sans famille?.. — Quelles folies suppositions fajjes-vous, et quel » intérêt aver-vous A ce que je vous réponde St. un intérêt immense, et que, pour mon malheur, je ne puis vous apprendre:
• — Alors, je me suis lavée en lui laissant ce* mots pour adieu : Demain , madame de Moronval répondra à son mari , et je me suis enfuie cher moi" afec la joie des anges dans le cœur...
MAO. DE MORONVAL. *Oh ! j’étais bien sOrcque cette explication devait avoir lieu, car j’avais lu dans l’ame de tous les deux !..
• Ne t’inquiète pas, ma fdle, des souvenirs que le comte a rapportés de ses voyages; le temps et notre tendresse finiront par les effacer.
INÈS. Oui, oui!., ma mère, nous nous disputerons A qui l’aimera le mieux... Via mère!., oh! que ce nom m’est doux A prononcer aujourd’hui, que je suis bien véritablement ta fille!..
HAD. DE MORONVAL. Ingrate enfant!., est-ce d’aujourd’hui seulement que je t’aime comme une mère, et crois-tu qu’un mot prononcé devant l’autel, — si sacré que ce mot puisse être , — ait augmenté ma tendresse pour toi?..
INÈS. Oh! ne me gronde pas!., je ne sais ce que je dis. Je suis si heureuse... je voudrais pleurer...
HAD. DE MORONVAL. Eh bien ! cache ton front dans mon sein et pleure, et que le ciel t’accorde autant de ces larmes de joie que j’en ai versé de désespoir!
SCElNE III.
Les Mêmes, DANIEL.
DANIEL. Les carosses arrivent de tous les côtés, madame, et vos salons se remplissent déjA...
HAD. DE MORONVAL. OA est mon fils?
DANIEL. Depuis l’entretien qu’il a eu iVec madame, il n’est pas encore sorti de son appartement.
INÈS, riant. Je marche au milieu des mystères... Qu’avais-tu donc à lui dire?..
MAD DE MOnONVAL. ltien... rien qui t’intéresse... Nous ne l’attendrons pas, ma fille... l’absence des deux maîtresses de la maison serait une trop grave. impolitesse.
Viens.
THÈATRAL.
INÈS. J’aurais pourtant bien voulu qu’il me donnât la main... — Adieu, Daniel.
Elle* sortent par la galerie «lu fond, dont les porte* eolr'ou vertes lai*>eut voir la Tôle qui commence.