CLAUDE-MATHIAS FARNSWORTH-PHANEUF
(Ancêtre Canadien)
Ce fut l'année mêm 3 de ce yte expédition (1704) que notre ancêtre canadien, Claude-Mathias, fut pris par les sauvages. (Voir pièces I, II, III, VI.)
Mathias Farneth naquit à Groton, Nouvelle-Angleterre, en mil six cent quatre-vingt-dix; son père, tisserand de profession^ s'appelait Mathias et sa mère Sara Nutting. <, Pris par les sauvages du Sault-au-RécoUet, en 1704, il fut emmené à Montréal ; Monsieur de Belmont, Sulpicien, le fit admettre dans la mission de Notre-Dame de Lorette, étabUe à la Rivière-des-Prairies.
SON BAPTEME (Pièce I)
Instruit des vérités de notre sainte religion, il abjura le protestantisme et reçut le baptême, sous condition, le 10 janvier 1706. Le gouverneur de Montréal, Claude de Ramezay, Chevalier de l'ordre de Saint -Louis, Seigneur de Lagesse, Boisfleurant de Monnoir, voulut bien lui servir de parrain ; le nom de Claude fut ajouté à Mathias, en souvenir de ce haut dignitaire.
Sa marraine appartenait à une famille non moins illustre ; ce
fut Dame Elisabeth Souart, épouse de Charles Lemoine, Chevalier de l'ordre de Saint-Louis, Baron de Longueuil et Capitaine d'une compagnie du détachement de La Marine.
SA NATURALISATION (Pièce II)
Quelques mois après cet heureux événement nous voyons Mathieu-Claude Farnets, figurer sur une liste de cinquante-quatre nom-e, appartenant aux nationalités suivantes: Anglais, Ambourquois et Flamands, qui suppliaient Sa Majesté Louis XIV de vouloir bien leur accorder des lettres de naturalité, étant établis dans la colonie du Canada. Cette liste se termine comme suit :
Fait à Québec le 30 octobre 1706.
Vaudreuil, Raudot (Père) Raudot (Fils).
CONCESSION A CLAUDE-MATHIAS (Pièces III, IV, V.)
Le 19 juillet 1711, Claude-Mathias obtenait de monsieur François Vachon de Belmont, supérieur du Séminaire de Saint- Sulpice et seigneur de ITe de Montréal, une première concession •de trois arpents sur vingt, désignée au cadastre sous le numéro 1175 D. — Le 14 septembre 1713, il obtenait une autre concession •de trois arpents sur vingt, désignée sous le numéro 1175 C. En 1731, Claude-Mathias possède trois arpents et demi de terre, sur quarante de profondeur, dont trente-cinq de terre labourable ■et cinq de prairie ; sur cette concession, il y a maison, grange et 'étable ; annuellement, il doit, à titre de cens et rentes, trois livres, dix sols, et trois minots et demi de blé. De plus, Claude-Mathias devait «faire moudre ses grains au moulin seigneurial, sous peine d'amende ou de confiscation de ces mêmes grains ; les Seiflcneurs peuvent prendre des bois pour la construction de bâtiments et pour les ouvrages publics, ainsi que pour leur chauffage ; des chemins publics pourront aussi être tracés».
Le 4 août 1766, Jean Soumandre dit Lorme devenait propriétaire des conc?ssions faites à Claude-Mathias ; puis ces conces-
sions passaient successivement en tout ou en partie aux nommés Maguet, Groshois, Laporte, Ducep, Turcot, Beaudry^ Brouillet €t Paré.
Au plan officiel de la paroisse, les terres ayant appartenu à notre ancêtre sont désignées par les numéros 20 et 21. Tout dernièrement les agents d'immeubles Latour et Guindon ont été chargés de diviser une partie de ces propriétés par lots destinés à être vendus. Le nom bien français de Baie-Saint-Malo a été donné à la région. L'autre partie appartient à une Demoiselle Durocher.
SON CONTRAT DE MARIAGE (Pièce VL
L'étude attentive du contrat de mariage est une source de précieux renseignements et comporte des leçons d'une haute moraUté. Tout d'abord, nous constatons que Claude-Mathias Fanef est habitant, c'est-à-dire propriétaire. Son «habitation «est sise» à la dite Coste de la Rivière-des-Prairies et est de la contenance de trois arpens et deux perches de front sur quarante arpens de profondeur, joignant d'un côté à Allard et d'autre le dit Charpentier». Sur cette concession, faite par MM. du Séminaire de Saint-Sulpice, auxquels la Compagnie de Montréal avait cédé la propriété de l'Ile, le 29 mars, 1663, se trouvaient une maison de 28 pieds de longueur par 20 pieds de largeur et une grange de 50 pieds par 25 pieds. Faire valoir cette importante concession paraît avoir été l'unique ambition de Mathias, jusqu'au jonr où il résolut d'unir sa destinée à une jeune canadienne-française, Catherine Charpentier, vrai modèle de piété filiale et de travail constant, comme le témoignent ces mots du contrat : «le dit demi arpent de terre ci-dessus donné par le dit Charpentier et sa femme, par récompense des travaux et services considérables qu'ils ont reçus de leur dite fille». (1)
(1) Catheviiie Charpentier descend de Jean Charpc ntier et de Barbe Renault par Jean son fils, marié à Françoise Hunault, en 1H91. Jean T, venait de Ja paroisse de Veu- Icttes, pays de Caux en Normandie ; son père s'appelait Cypriea et sa mère se nommaitr Catherine TheroUe. Veulettes, petit village de :i50 habitante, situé au bord de la Manche ; station balnéaire recevant une population flottante d'enyiron KlOàlîOObai ifneurs; magnifiques villas.
Outre ces biens-fonds les deux intéressés possédaient quelques animaux de ferme. A cette époque de la colonie, les chevaux étant très rares, on utilisait pour les travaux agricoles, comme, d'ailleurs, on le fait encore de nos jours en beaucoup d'endroits, les patients et vigoureux animaux que sont les bœufs. Tous ces détails sont des preuves irrécusables de la sobriété, de l'ordre et de l'économie de nos premiers ancêtres.
Continuons ensemble une si intéressante étude, mais à d'autres points de vue. Mathias possédait une certaine instruction fort appréciable pour l'époque. Si, à son baptême, une croix lui sert de signature, à son contrat de mariage son nom figure au long et est écrit avec assez de fermeté. De plus, ces quelques mots: «auxquels les dites parties, spécialement le dit futur époux a dicté et nommé la dite disposition testamentaire, et l'ayant LU et RELU, mot à mot, et qu'il a dit bien entendre et être sa volonté», sont une preuve indéniable qu'il savait lire.
La reconnaissance est le fait d'une âme magnanime ; elle est si rare de nos jours, qu'il fait b^n en rappeler les manifestations surtout lorsqu'elles revêtent un certain cachet d'ofïicialité. Dansle codicille du présent contrat, Mathias remercie en ces termes Messieurs les Sulpiciens, des bienfaits qu'il en a reçus «desquels bienfaits et autres antérieurement reçus, il remercie les dits Sieurs».
Trop souvent, hélas, les intérêts matériels priment les intérêts spirituels, il n'en sera pas ainsi de nos futurs conjoints. Une clause spéciale nous démontre clairement qu'ils savent faire une hirge part à la charité chrétienne bien entendue. «La dite habitation ci-dessus stipulée appartenant en réserve propre au dit futur époux, avec les bâtiments qui s'y trouveront après son décès seront vendus et employés en PRIERES et OEUVRES PIES». «Ainsi l'âme de son épouse bien-aimée aussi bien que la sienne propre recevront des suffrages après leur mort ; naturellement le sacrifice de nos autels se trouve au premier ph\n dans cette expression,» en prières». Quelle excellente clause que celle-là ! En général, il nefaut pas croire trop aisément à la générosité des héritiers pour ce qui touche aux choses de l'au-delà. On trouve si facilement des
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raisons, quand l'intérêt pécuniaire est vn jon, pour placer les chers disparus au rang des bienheureux, et cela, le plus tôt possible ! Puisque les morts sont si vite oubliés, il importe à chacun de stipuler ce qu'il entend affecter à cette oeuvre de miséricorde éminemment pratique.
La dernière partie de la citation, «et oeuvres pies» parle éloquemment en faveur de l'esprit chrétien de nos chers devanciers.
Parmi les signataires présents au contrat, nous remarquons De Ramezay, gouverneur de Montréal ; la signature de ce haut dignitaire, qui avait bien voulu servir de parrain à Claude-Mathias en 1706, atteste d'une manière évidente que son filleul avait su se montrer digne del a confiance qu'il lui avait témoignée tout d'abord.
L'étude de ce précieux document est de nature à nous inspirer un profond respect et un grand amour pour nos ancêtres ! Nous avons dans leur personne des modèles qui nous crient bien haut : «Fais ce que dois !» De notre côté, correspondons à ce mot d'ordre ; rendons-nous dignes de si vaillants efforts et que les échos de nos montagnes, que les rives de notre majestueux fleuve retentissent de ce cri de vaillance et d'espoir : «Je me souviens !»
SON MARIAGE (Pièce VII)
Le deux octobre de la même année (1713), monsieur Robert Guy, prêtre du Séminaire de Saint-Sulpice, recevait le consentement mutuel des deux époux, et leur donnait la bénédiction nuptiale, dans l'église paroissiale de Saint-Joseph de la Rivière-des- Prairies, en présence d'un certain nombre de parents et d'amis.. (IV Document.)
Dieu bénit leur union en leur accordant douze enfants dont quatre filles. Six des garçons eurent une nombreuse postérité.
SA MORT (Pièce VIII) Mathias vécut plus de soixante ans à la Rivière-des-Prairies.
Il était arrivé dans cette mission en 1704 ; nous constatons par les registres tenus dans cette paroisse, qu'en 1764 il servit de témoin ^u mariage de Denis Tourand et de Marie-Louise Charpentier ; c'est le dernier acte officiel où son nom figure. Tout semble indiquer qu'il quitta la localité vers cette époque pour aller résider à Saint- Antoine-de-Richelieu, où il mourut en 1773, âgé de plus de 83 ans ; il fut inhumé dans le cimetière de cette paroisse. (Pièce VIII.)
Fait digne de remarque, il meurt dix ans après le traité de Paris par lequel la France cédait le Canada à l'Angleterre, son ancienne mère-patrie.