‹ La famille Sirven; ou, Voltaire à Castres. Mélodrame en trois actesChapitre 10 sur 50 · SCENE VIII · texte numérisé non relu

SCENE VIII

Les Précédents , SIfiVEN.

SIRVEN

Pourquoi ces cris? Qui s'est permis d'entrer chez moi ?... Que vois-je? M. de Bre'mont !... ( Avec indignation.) M. de Brcmont dans Ja maisoa de Sirven !

PAULINE, à part.

Ah ! voilà ce que je redoutais \

ADOLPHE, à part Quelle fureur se peint dans tous ses traits.

SIRVEN , à Brémont.

Sortez, Monsieur!

? BREMONT

Que mon neveu me suive, et je sors à l'instant.

SIRVEN

Votre neveu ?

BRÉMONT, montrant Adolphe.

Le voilà !

SIRVEN, «j'ec douleur.

Quoi.'... Julien m'a trompé î

M. Sirven....

SIRVEN

Julien est votre neveu?... j'en suis fâché, je Testimais,

BRÉMONT

Et ce titre...

Le perd à mes yeux.

Pourquoi ?

SIRVEN

ADOLPHE

SIRVEN

Tu me le demandes ?... Julien , car je veux toujours te conserver ce nom ; je t'ai parlé d'un homme cruel qui abusa de l'ascendant que lui donnaient son rang et sa fortune, pour contribuer à la perte du malheureux Calas! .. Cet homme, c'est Brémont !

ADOLPHE

Mon oncle !

SIRVEN

J'étais depuis long-temps l'ami de cet infortuné j sa veuve se réfugia dans ma maison... Hé Lien! qui vint alors poursuivre sa victime jusqu'au sein de l'asile que je lui avais offert ? qui osa me proposer de violer les saintes lois de Thospitalité ? qui me persécuta pour se vengef de mon refus ? c'est Brémont î

ADOLPHE

Grand Dieu! et j'ai pu ignorer,,.

Monsieur î^..

SIRVEN

On m'intente un procès injuste. Des juges abuse's me dépouillent de tout ce que je possédais j accable'e de ce coup affreux, mon e'pouse meurt entre mes bras, et l'on pousse la barbarie jusqu'à tenter de m'enlever mes entants.

PAULINE

0 mon père !

SIRVEN

Ile Lien , ce perse'cutenr de l'innocence, l'auteur de ma ruine, l'assassin de mon épouse , c'est Bie'mont!

ADOLPHE

Quelle horreur!

SIRVEN

Et il ose se présenter cliez moi ! y élever la voix!.. Sortez, et pensez que sous le chaume, l'ascendant de la vertu et de l'houncur se fait même sentir sur les hommes qui ont flclii leur existence en trempant leurs mains dans le sang de leurs frères ! Sortez , Monsieur , c'est l'ami de Galas qui vous l'ordonne! Si vous résistez, levez les yeux au ciel, voyez votre victime; elle vous dit de quitter ces lieux que vous déshonorez!

hkémont, bas à Germain,

Remarque cette maison... bientôt il faudra...

GERMAIN

Je vous comprends , Monsieur.

Il remonte la scène et parait examiner lelocah

Hé bien , Monsieur? t

bre'mont, avec hauteur.

Vos injures, vos outrages seront connus , M. Sirven.

SIRVEN

Je brave vos menaces. Bientôt vous serez démasqué , et déjà vous n'êtes plus à craindre. Un grand homme , l'honneur de la France, vient d'embrasser dans ses écrits la défense des vicliraes d'une injuste persécution j ses plaintes ont relenli jusqu'au pied du trône, et le monarque a nommé de nouveaux juges. Ah ! le ciel secondera les efforts généreux de M. de Voltaire !

brémont.

C'en est trop !..- tant d'insultes ne peuvent se pardonner j nous saurons avant peu quels étaient vos projets en feignant d'ignorer la naissance et le nom de mon neveu, pour séduire son cœur, égarer sa raison^ et l'entraîner enfin aune alliance dispropoitionnée.

SIRVEN

Moi... je romps toute liaison avec votre neveu, et j'ordonne à raafilley à ma Pauline , de renoncer à l'espoir qu'il soit jamais son époux.

ADOLPHE

M. Sirven , je vous en conjure !...

SmVEN,

Je vous plains, Monsieur, mais vous devez obéir à votre onclej vous appartenez à M. de Bre'inonl : jamais vous ne reverrez Pauline.

ADOLPHE

Ah ! ne prononcez pas cet arrêt cruel !

Venez , Adolphe.

SIRVEN

Oui, et souvenez-vous bien des derniers mots de Sirven... Plutôt la mort de ma fille, que de la voir un jour unie à la famille de Bréraont.

PAULINE

Oh ! mon Dieu !

BREMONT, af^ec un sourire amer.

Je m'en souviendrai, Monsieur. Suis-moi, Germain.

// cherche à entraîner Adolj)he; l'arrache d^ auprès de Pauline , et V empêche de se jeter aux pieds ds Sirven.

ADOLPHE., s'écrie.

Pauline , je cède à une volonté puissante; mais je te jure de n'avoir jamais d'autre épouse que toi... M. Sirven , par pitié, ne me maudissez pas!

SIRVEN

Te maudire!... quand lu es malheureux!... Viens, viens, Julien !

Il lui ouvre ses bras ; Adolphe s'y précipite.

SIRVEN , le forçant à s'éloigner.

Adieu I pour la dernière fois î

Brémont veut s'emparer d'Adolphe qui le repousse avec horreur , et s'éloigne précipitamment. Brémoni le suit en témoignant toute sa fureur. Germain sort avec eux.

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