‹ La famille Sirven; ou, Voltaire à Castres. Mélodrame en trois actesChapitre 11 sur 50 · SIRVEN, PAULINE · texte numérisé non relu

SIRVEN, PAULINE

Pauline semble ne plus voir ni entendre. SiPven, de son côté, paraît

accablé. '

PAULINE, tournant ses regards du côté par lequel Adolphe s^est éloigné.

Il est parti !

SIRVEN

Je l'aimais, je l'eslimais, ce jeune homme. Que je le plains d'appartenir à un être aussi méprisable! ( Apercevant Pauline. ) Pauvre enfant, cette scène a déchiré son ame ! elle cherche sans doute à me cacher ses larmes... ÎSon , ce calme apparent ajouterait à ses maux.... Ma fille, tu souffres!.... viens, viens sur le cœur de ton père , et pardonne-lui le premier chagrin qu'il t'a causé de sa vie.

La Fam. Sirvett, 3 ,

i>AULiNE, se remettant peu à peu.

Mon père, je ne le vois que trop, tout espoir de bonheur est perdu pour moi!

SIRVEN

Pauline, ma tendresse n'cst-ellc donc plus d'aucun prix pour ton cœur?

PAULINE

Ah! pardoiil pardonî... le desespoir m'égare!... je ne le verrai plus ^ mon père ; je ne dois plus le voir !... Cet odieux Brëmont ! il a cause la mort de ma mèrel... mais Julien n'est point coupable!... il a sauvé mes jours, «t c'est moi qui cause son malheur.

SIRVEPr.

Que dis-tu , ma fille ?

PAULINE

Vous saurez tout; vous plaindrez votre pauvre Pauhne.... Mais, après celte scène cruelle, il me serait impossible de prendre part à la fêle qui va se célébrer pour le mariage de ma sœur.

smvEN.

Nous le retarderons.

PAULINE

Pourquoi? dois- je donc affliger tout ce qui m'entoure... Non, non, mou père, partez sans moi pour la ferme de votre gendre.

^ SIRVEN

Sains toi ?

PAULINE

Vous direz que demain j'irai vous rejoindre.

SIRVEN

Je l'attendrai , ma fille; nous partirons ensemble.

PAULINE , préoccupée.

Non... vous êtes l'ame de la fête... sans vous point déplaisir, point de bonheur! laissez-moi, ce soir, calmer... seule... l'agitation que j'éprouve, et demain... demain, je ne souffrirai plus.

SIRVEN

Si jamais, mon enfant, le courage a été juste, nécessaire, c'est dans cette circonstance. Adolphe, entraîné par son amour, mettra tout en usage pour se rapprocher de toi; il comptera sur la tendresse que je te porte; il conservera l'espoir de me fléchir, et la moindre imprudence... PAULINE, vivement.

Attirerait sur vous la vengeance de ce Bréraont.

SIRVEN

Il n'e.«t plus qu'un moyen de nous soustraire aux dangers qui nous menacent; ma sœur a toujours eu beaucoup d'amitié pour toi; elle réiide à A!by^ et peut l'offrir un asile assuré. Consens à partir ce soir même.

Partir I

SIRVEN

^e disposerai tout le plus secrètement possible; tout le monde ignorcrn le lieu de ta retraite.

PAULINE

Partir.. . ce soir!...

SIRVEN

Seulement pour venir me trouver à Brassac... tu conseil*.

PAULINE

Oui, mon père... pour vous conserver le repos, je vous ferais même, s'il le fallait, le sacrifice de ma vie.

SIRVEN

Chère Pauline! ta tendresse, ta soumission me de'doramagent de tous mes maux. Retire-toi dans ta chambre, tandis que je ferai tous mes préparatifs. Bientôt je conduirai ta sœur et Thibaut, afin de ne point éveiller de soupçons. Tu partiras d'ici à huit heures; à neuf tu seras à Brassac; tu feras arrêter la voiture près du bois de Saint- Julien; je viendrai t'j rejoindre, et je ne te quitterai qu'après l'avoir remise dans les bras de ta bonne tante.

PAULINE

Je vous attendrai, mon père, ce soir....

smvEN.

Ce soir , je l'embrasserai encore commcla meilleure et la plus courageuse fîes femmes.

M sorL,

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