THÉRÈSE, VOLTAIRE, SIRVEN
Nous voilà seuls; nous pouvons niaiiifctiant causer loul à notre aise.; Voyous, ma chère enfant, vous me diî-irzque votre sœur....
THERESE
Ma sœur est biei) à plaindre; elle est d'une tristesse, d'une mélancolie dont rien ne peut !a disliaire... Nous espérions que l'altaclieuicnt secret qu'elle avait pour un jeune homme qui travaillait dans notre ferme, dissiperait enfin le chagrin qui la dévore... '
Eh bien ?
SIRVEN
Pauline a été trompe'e pir les apparences ; ce jeune liommc n'e'tait point un garçon de ferme, mais le fils d'un riche négociant; en un mot, le neveu de M. de Brémout.
De Bre'montI je connais cet homme. N'at-i1 pas figuré parmi les çjinemis de Calas ?
SIRVEN, at>ec indignation.
Il en était un des plus acharnés.
THÉRÈSE
C'est ce qui fait que mon pèie a ordonné à Pauline de rompre cetle liaison qu'il n'appi cuverait |am;iis; et { en pleurant ) ma &œur , accablée de douleur, n'a pu même assister à ma noce.
Sirven , les fautes sont personnelles , et le fils vertueux ne doit pas être frappé de la réprobalio i qui acc.i])'e son père; mon ami, la to'éraiice est tin principe sacre! mal'eir a l'homuii irritable un aveugle qui n^:' cède pas a sa voix généreuse ! li commence par une faute, il poursuit par ua crime, et finit par des remords.
M. de Volt'ire, le jeune Adolphe m'a trompé en s'inlroduisaut chez ïnoi, sous un déguisement coupable.
A-f-il abusé de l'erreur dans Liquelîe il vous mettait pour égarer le cœur de votre fille î
SIRYEN.
Non.
■yOLTAïRE.
Eh! bien, il y a dans cette action pluîôf un dévouement de l'amour qu'une preuve d'mcouduiteî .. , Allons, Sirven, pour padonner I" erreurs de la jeunesse, n'oublions pas que nous avons été jeunes v' Blêmes ; cherchons dans nos souvenirs , descendons dans le fond d- . C£8ur^ et ce soyons point sourds aux acçcuîs de çetiç vok sef^*^
nous dit d'avoir pour nos enfants l'indulgence que nos pères ont eue pouf poas.
THERESE, &fl^ à Voltaire.
Ah ! Monsieur! que d'obligalioi !
SIRVEN
M. «le Volt lire , il mVn coûte de vous refuser; mais il n'est plus temps } Pau'ine a quute ma maiion.
THÉRÈSE
Pauline I
VOLTAIF.E.
Quoi ! voire Glle I...
Prévoyant rju'Adoîplie entrppKiidia;! tout pour se rapprocher d'elle, je lui ai trouvé un asile ^ûr, impénétrable, où elle doit rester jusqu'à ce que je puisse sans dini^er la rapprler auprès de moi. Je suis niâmc oblige de vous quitter j)our leimiiier quelques dispositions...
THEREiE.
Ma pauvre sœurl
Sirveu, tant de se've'rite'!...
SIRVEW,
Rassurez-vous; Pauline consent. .. et comment aurait-elle pu s'y Tcfuscr ? . ,, Comment aurai -je hèsiîeinoi-iuêtue à pn ndre ce parti ?... Jiréraoïit n'a t-il |)a.s ( u l'.udace fie m'acus' r d'avoir favoIi^é le (lc^ui>einent de son m \eu, dans IVspoir d'enrichir nia fiile ! . . . Moi, arhi icr h fortune à ce prix! moi, sou| çonnél... M. de Voltaire, je suis trop ii«;r pour oublier de ttis outrages !
VOLTAIRE, avec chaleur.
Soyons Gers, c'e-t bien ... la noblesse du cœur est toujours respectable ; mais que l'orgueil ne nous coûte jamais le bonheur de nos enfants.
SIRVEN
Songez donc que ce Bre'mont fut un des assassins du malheureux Calas !
VGLT^IÎIE.
Mon ami, des victimes nouvelles u'anp lisent point IfS mânes de celle qui a peii!. . . Caia> est mort en pardonnant , faisons comme lui: pardonnons à ses peiseculcurs... Je verrai ce Brémont.
SlRVE?f.
Vous.?
0 le meilleur des hommes I
Fiiles revenir secrètement votre fille; la njnison de Lasa'Ie peut lui offrir un asile inviolable. .. seulement, av(Z soin de ne l'y conduire que lorsque la no^e se sera retirée ; par ce moyen , personne i:e pourra soupçonner qu'elle est si piè> devons... surtout ne laissez cûncevoir à Pauline aucune «sj^érance. Je ne suis pas n'u de réussir , el il serait trop iff.cux pour elle de u'cnm vcir uu in.-tani le bonheur que pour le periiji^ k jam.;iis.
SIRVEN
SIRVEN
Al) ! M. cleVollaircî voustriompluz de toufes mes résolutions .'...je remets mon soit cnire vos maitis. et je me suunitls aveuglëraenl à tout ce que TOUS daignez aje prescrire. Je rejoins ma Pauline.
voLtAiBE, à Thérèse.
Ou Labite ce Bremonl?
the'rèse.
Là-1).TS , Monsieur, dans ce grand châieau que vous voycî au bout de cette avenue.
J'y vais.
THÉRÈSE
Ab. Monsieur de Voltaire, vous sauverez ma pauvre soeur!
Jfe l'espère !
Et l'on mëdit de vous!
the'rÈse.
Et l'on TOUS calomnie !
Je résiste aux meclinnls j je pardonne aux sots , et j'accable les cniiètris do rhuraanitc. J'ai afTjire à forte partie . . . mais le ciel m'a doue d'un courage que le nombre n'tftVaie pas. . . et comme ce héros justement célèbre, je ne compte jamais ceux que je combats.
Sirven s'éloigne rapidement par la droite , en sui\>ant le rivage, Thérèse va entrer chez M. Las aile , mais apercevant Brémont^ elle rei>ient dire à Voltaire.
THERESE
Vous n''irez pas bien loin ; voici M. de Brémont ; il vient de ce aôtc.
Bien, laissez moi.
the'rÈse.
Je vous laisse , M. de Voltaire, je vous laisse. 0 mon Dieu! mon Dieu l ■que je suis contcnlel
Elle sort par le pont, et rentre chez Lasalle.