‹ La famille Sirven; ou, Voltaire à Castres. Mélodrame en trois actesChapitre 42 sur 50 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

VOLTAÎRE, BRÉMONT, ensuite ADOLPHE,

brémokt, le saluant avec respect.

M. de Voliairc...

Je vo'is altencliis, Monsieur...

Adolphe, sortant de V appartement où Von a conduit Sirven.

M. de Brémont !... l! ose !..,

BRÉMONT, sans voir Adolphe.

Je ne croyais p,is reparaître devant vous. J'aurais pn même vous refuser liS notes que j'n recueillies sur I.i fin dép'oriibic de Mademoiselle Sirven, mais j'ai dû croire que le désir de vous éclairer, avait pu vous port( r seul , à nte les deinander, et je n'ai pas voulu que vous fussiez en droit de ni'adrcs>er aucun n proche à ce sujet. Les préventions qu'on a su vous inspirer contre moi, vont céder à la force des preuves terribles qui accablent Sirven.

ADOLPHE à part.

Quel est donc son projet?

Je vous l'ai dit, Monsieur, je ne len lirai jamais de dérober un coupable à la justice; c^est traliir la >ocie'te', c^est protéger le crime que de le laisser impuni. Mais pour me faire [icidre l'idée que j'ai conçue de Sirven, il faut que les plusforUs preuves....

BRÉMONT

Vous serez satisfait. Je vous apporte les renseignenicns que vous m'avez demandés.

VOLT A IRE , avec mépris.

Je vous remercie, Monsieur , donnez-les moi.

BREMONT, les tirant de sa poche.

Les voici. ( // les^pre'sente à Voltaire).

ADOLPHE s'en emparant vivement.

Il ne vous manquait plus que ce trait de perfidie.

VOLTAIRE et BRÉMONT.

Adolphe!

ADOLPHE avec indignation.

Avoir la cruauté de mendier aux ennemis d'un m^illieureux des notes infâmes coutre lui!,... s'en servir pour lui enlever l'unique appui qui lui reste !... .s'ab usser à joutr le rôle d'un vil délateur pour satisfaire un injuste ressentira- nt!... Ah! si je n''avais rompu avec vous toute liaison, eu ce poment je m'y déciderais pour la vie.

BREMONT

Monsieur î...

ADOLPHE

M. de Brc'mont , si les amis de Sirven allaient solliciter aussi des renseignements contre vous!... Si, perfides comme vous, ils épiaient toutes les actions de votre vie , croyez-vous qu'à leur tour ils ne trouveraient pis les moyens de vous accuser? Etes-vous donc tellement irre'piocliable qu'aucun trait ne puisse vous atteindre?... Vous rcpctiz une menace e'chappe'e à Sirven dans un moment de colère!... Me faudra (-il aussi repeter les vôtres? N'ai-je pas , ainsi que vous , le droit de tout sou|içouner?.... Quels étaient lesujise'rables qui poursuivaient Pauline?... Qui i diriç^e contre moiccroip de feu à l'instant où je voubis la détendre?.,. Vous vous trouUlez!... Croyez-moi, Monsieur, quand noire cœur ne nous dit pis : ia contluite est pure, n'accusons pas les autres, ou craignons les éternels remords d'une conscience déchirée.

BREMONT

Adolphe, remettez-moi ces papiers.

ADOLPHE

Non !.. ,. vous n'en ferez point u^ai^e.... et si la justice demande quel est l'audacieux qui a pu anéantir ce tissu de mensonges, vous lui duez que c'est moi.

Il va les déchirer.

VOLTAIRE l'arrêtant.

Arrêtez., Adolphe! ces renseignemens me sont nécessaires. Quelquefois les méchans qui veulent accabler un malheureux s'accusent eux-mêmes en le dénonçant; souvent ils donnent, sans le vouloir, des armes pour les combattre. Confiez-moi ces papiers. Si le pèie de Pauline est coupable, M. de Bréraont n'aura déployé qu'un zèle pent-êîre trop ardent; mais si, comme je l'espère, Sirven est innocent, ces notes feront la honte et le supplice de ses inlâmes délateurs I

ADOLPHE

Les voici, Monsieur.

BREMONT avecfroideur.

Je vois qu'ici le sentiment de l'innocence de Sirven l'emportera sur tout autre. Me confiant trop dans l'imparlialité de M. de Voltaire, j'ai cru devoir lui remettre les notes qu'il m'avait demmdées. Je pensais qu'en tout état de cause, entre les mains d'un homme s^ge, elles seraient nulles ou utiles, selon que les preuves viendraient les fortifier ou les détruire. Je me suis trompé. On ne les a obtenues que pour prévenir l'interrogatoire, que pour préparer les réponses, que pour éluder, s'il est possible, l'action de la justice; mais on l'espère en vain, et l)ientôt on connaîtra qu'il est facile d'outrager un homme, mais qu'avant tout on aurait dû calculer les dangers d'une venceance éclatante! Il sort.

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