‹ La famille Sirven; ou, Voltaire à Castres. Mélodrame en trois actesChapitre 7 sur 50 · SCENE V · texte numérisé non relu

SCENE V

Les Mêmes , THÉRÈSE.

Adolphe s'est éloigné} il a pris un râteau. THERESE , à la cantonnade.

C'est bon î je vais voir si rien n'y manque dans la corbeille , parce qu'ua jour de mariage.... ( Elle s'approche, et voit sa sœur, parée de ses ornements.) Ehl bien, mon bouquet! ma couronne! Ah! ça, Pauline^ qui de nous deux se marie ?

La Fam, Sinen» 2

- PAUiJïKE , voulant ôter son louquet.

C'est toi. .. pardon!

THERESE

Oh ! garde, garde encore un moment cette parure... Comment donc, mais' elle ne te va pas mal du tout. Avec ce petit air troublé, ces yeux inquiets, ce cœur palpitant!... en vcïité, \\x as l'air d'une de ces victimes volontaires de l'hymen. Eh! bien , "voiîà qui intéresse au moins.... laisse-moi bien te regarder pour que Je fasso comme toi. ( Elle V imite.) 0\\\ je ne pourrai jamais.... mon Dieu, que c'est difiicilc d'avoir l'air raisonnable! Essayons encore; ma foi j'y renonce, et mon cher mari voudra bien se passer de soupirs, de larmes et de palpitations..,, je ne serai pas la seule qui se soit mariée en riant. Il faut bien qu'il y en ail de toutes îes manières; d'ailleurs c'est le plus sûr de rire en se mariant; on ne sait pas si l'on rira après»

SAULiNE , après avoir tout remis dans lu corbeille quelle lui présente.

Ma sœur, je te rends tes parures.

THEBESE.

Eh! mais, avec quel air triste tu me dis cela! Chère Pauline, mon bonheur pourrait-il l'affliger ?

PAULINE

Peux tu le penser, ma sœur? la certitude de te voir heureuse peut seule en ce moment adoucir la douleur que j'éprouve à me séparer de toi.

tuérÈse.

Oh! nous ne nous quitterons pas pour cela! je veux te voir souvent, et tu viendras chez moi , ou je m'installe ici.

FAULINE.

Et ton mari, Thérèse?

THERESE

Mon mari !.. c'est vrai, je n'y pensais pas; il me répète à chaque instant qu'il ne peut vivre sans moi... Oh ! mais une fois mariés, ce ne sera peut-être plus la même chose. Dans tous les cas, il faudra bien qu'il entende raison. Je te suis nécessaire ; sans moi lu ne rirais jamais... et puis , j'étais trop folie, trop étourdie pour mériter ta confiance; mais quand je serai Madame Thibaut, Madame Thibaut!... sens-lu bien tout ce qu'unnomcomme celuilà inspire de respect!... Plus de légèreté , plus d'inconséquence; je deviendrai ta confidente; tu me conteras tous tes petits secrets; j'essaierai d'adoucir tes peines; je ne rirai plus, je pleurerai même s'il le faut; et si je puis te voir heureuse , je n'aurai rien à regretter.

PAULINE

Bonne sœur 1

Ensuite , tu to marieras , tu épouseras un beau jeune homme bien tendre, bien aimable , bien spirituel. Ce n'est pas là tout-à-fait le portrait de mon prétendu; aussi a-t-il bien fait de ne pas s'adresser à toi, tu l'aurais refusé comme tous ceux qui se sont présentés; mais moi je suis moins difficile... Thibaut est un bon garçon, bien gai, bien franc; il m'adore; il vole au-devant de tous mes dcsirs ; il cède à mes moindres caprices, c'est ce qu'il me faut, et je suis sûre que nous ferons le plus heureux couple de tou! le pays , à vingt lieues à la ronde.

PAULINE

Je Tespère , ma sœur , ton époux est le meilleur des hommes ... sa famille possède toute l'estime de mon père , et cet hymen fera ton bonheur.

THÉRÈSE

Ecoute, Pauline: je crois, moi, que le tien est assuré si tu veux le confier à Julien.

SAULINE.

A Julien !

THERESE

Il t'aime , je m'en suis aperçu ... et toi même . . . tiens, vois donc comme il te regarde, . . on jurerait qu'il a quelque chose à te dire . . . ton trouble augoacute . . . est-ce que tu ne serais pas fâchée de l'entendre ?

PAULINE

Thérèse l...

THERESE

Tant mieux , ma sœur; il est fort bien , et je l'aimerais assrz pour mon î)eau-frère... vois-donc comme il s'impatiente! en ébivinchaut le grand rosier, il vient d'en couper la tige. Ah ! ah I ah! le pauvre garçon !... allons, allons, décidément il veut te parler... moi qui reste là... vite ma corbeille, (Et je te laisse... j'ai tant d'affaires aujourd'hui : des compltraei.ts à recevoir , des bouquets à prendre, des parures à essayer, un futur à lliire un peu endévcr, pour qu'il en contracte l'habitude... tu conviendra.'^ que je n'ai pas de temps à perdre. Au revoir, petite sœur. ( Faisant une grand& révérence. ) A ce soir, M. Julien.

Elle sort en emportant la corbeille.

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