‹ La famille Sirven; ou, Voltaire à Castres. Mélodrame en trois actesChapitre 8 sur 50 · ADOLPHE , PAULINE · texte numérisé non relu

ADOLPHE , PAULINE

PAULINE

Heureux caractère! rien ne l'inquiète, rien ne l'afflige.

Elle fait quelques pas pour suivre The'rèse.

ADOLPHE

Mademoiselle , pardounez-moi si j'ai eu le malheur de vous oflfenser , mais daignez entendre ma justi6cation.

PAULINE

Julien , je ne sais quel motif...

ADOLPHE

Le plus sacré pour moi , celui de contribuer à votre bonheur.

PAULINE

Vous, Julien!...

ADOLPHE

Ecoutez-moi , je vous en supplie. Je veux faire à vos pieds l'aveu de îous mes torts ... je vous ai trompée , j'ai trompé votre respectable père; c'est afin de me rapprocher de vous, de vous voir à chaijue ins»

lant du jour, que j'ai renoncé aux douceurs d'une vie opulente , cacher sous les livrées delà misère. Si j'ai pu me courber sous le fûC d'un travail dur et pénible, si j'ai acquis à force de zèle la confiauce't.l'estime de M. Sirven , si je suis parvenu à me dislini;uer des liommes dont je partage les travaux , c'est à vous , c'est à l'amour que vous m'aviez inspire que j'en suis redevable.

ÏAULINE.

Qu'ai-je entendu?

ADOLPHE , continuant avec chaleur.

L'instant oii je vous vis pour la première fois , décida du sort de ma vie; dès ce jour, j'aurais voulu vous la consacrer tout entière. Un parent cruel me força de quitter les lieux oii vous respiriez j après deux ans d'absence , mon premier vœu, mon unique désir fut de vous retrouver ; je trompai la surveillance de mon argus , et feignant de me rendre à Toulouse, je vins m'offiir à voire père pour partager les travaux de ses garçons de ferme.

PAULINE

0 ma mère ! protège-moi.

ADOLPHE

Vingt fois je voulus vous faire cet aveu , mais la crainte de vous déplaire m'en empêcha toujours. Aujourd'hui que M. Sirven a daigné encourager ma flamme , je puis tout hasarder

' PAULINE

Que dites-vous? mon père!...

ADOLPHE

L'état de sa fortune l'oblige seul à me refuser votre main... sa fortune!., je n'en ai pas besoin, je suis assez riche... qu'il m'accorde Pauline , et je lui devrai le bonheur de ma vie.

PAULINE, avec effroi.

C'est impossible... ah! je devine maintenant l'affreuse vérité!

ADOLPUE.

Pauline, j'ai lu dans votre cœur; vous pouvez repousser Julien, vous ne refuserez pas Adolphe de Brémont.

PAULINE, avec effroi.

Brémont ! malheureux !

ADOLPHE

Consentez à me nommer votre époux!

PAULINE

Non, non; celte union donnerait la mort à mon père !

ADOLPHE

Mais votre père lui-même consent...

PAULINE

Il ne vous connaît pas.

ADOLPHE

Pauline, j'embrasse vos genoux!

PAULINE

Je ne m'abaisserai point jusqu'à recourir au mensonge . . . Oui, depuis l'instant où au péril de vos jours , vous avez conservé les miens... votre imagç ... oui, je vous aime, mais jamais je ne sçrai votfe épouse.

Jamais !..•

Jamais !

Qui pourrait s'opposer...

ADOLPUE.

PAULINE

Ne m'interrogez pas ... est- ce à moi de vous percer le cœur? Pour prix de votre généreux dévouement, faut-il.^... Fuyez, fuyez! vivez heureux , et oubliez la malheureuse Pauline !

ADOLPHE

Moi, vous quitter !

BREMONT , dans la coulisse.

J'entrerai ! j'entrerai I

PAULINE

Qui vient ici ?

ADOLPHE

Dieu! c'est mon oncle !

PAULINE

M. deBréraont! ahl...

ADOLPHE

Calmez-vous , Pauline j rien ne pourra nous séparer.

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