EDMOND DE SUEVE, SEIGNEUR EN PARTIE DE SAINTE-ANNE DE LA PERADE
De quelle partie de la France venait Edmond de Suève ? Pour l'histoire des premiers habitants de la Nouvelle-France les contrats de mariage sont des sources d'informations extrêmement
(1) Le Soleil, 20 mars 1909.
précieuses.Les notaires de l'ancien régime ne manquaient jamais d'enregistrer les noms des pères et mères des futurs conjoints et d'indiquer les paroisses qu'ils habitaient dans la vieille France.M.de Suève n'ayant pas jugé à propos de se marier a donc privé les historiens du précieux document qui leur aurait dit de quelle partie de la France il était originaire.
Edme ou Edmond de Suève était lieutenant dans le régiment de Garignan et il passa ici avec cette troupe dans l'été de 1665.
Après le licenciement du régiment de Garignan, il décida de rester au pays.
Le 29 octobre 1672, l'intendant Talon concédait conjointement à MM. de Suève, lieutenant au régiment de Garignan, et de Lanaudière, enseigne au même régiment, " l'étendue de terre qui se trouvera sur le fleuve Saint-Laurent au lieu dit des Grondines, depuis celles appartenantes aux Religieuses de l'Hôpital jusqu'à la rivière Sainte-Anne, icelle comprise, sur une lieue de profondeur, avec la quantité de terre qu'ils ont acquise du sieur Amelin "
C'est le fief et seigneurie de Sainte-Anne de la Pérade.
M. de Suève au lieu de coloniser le beau domaine que venait de lui accorder M. Talon s'occupa à satisfaire son goût pour la chasse. L'avoir qu'il avait à son arrivée dans la Nouvile- France s'épuisa bientôt et il se trouva vis-à-vis de rien.
Le 13 novembre 1680, l'intendant Duchesneau écrivait au ministre :
" Les officiers des troupes continuent d'employer ce qu'il plait au Roi et à vous, Monseigneur, de leur accorder à payer leurs dettes. J'ai oublié l'année dernière de vous demander une semblable gratification pour le sieur de Moras, lieutenant, qui est un gentilhomme chargé de
huit enfants dans une grande pauvreté. Il y en a encore d'autres pour lesquels je n'ai pas osé vous parler parce que ce sont des gens qui équipent pour eux des coureurs de bois, excepté le sieur de Suève, vieux garçon de 60 ans ; qui a été lieutenant, qui avait toujours passé pour avoir du bien et qui est tombé cette année dans une grande misère." (1)
Le recensement de 1681 nous apprend que M. de Suève résidait dans sa seigneurie de Sainte-Anne. Il lui donne cinquante ans. Il s'occupait évidemment plus de chasse que de défrichement car le même recensement le dit propriétaire de trois fusils et oublie de mentionner ses arpents de terre en valeur.
Le 8 août 1691, M. de Suève donnait à la fabrique de la paroisse de Sainte-Anne de la Pérade, " deux habitations de deux arpents de front sur quarante arpents de profondeur, tenant l'une à l'autre, prenant par devant à la rivière Sainte-Anne, par côté par-dessus à Charles Vallée et d'autre côté par dessous à Philippe Etienne."
L'une des deux terres était donnée pour le service du curé et de ses successeurs, l'autre devait servir pour élever la future église de la paroisse.
Cette donation était faite quitte de toutes sortes de rentes pour l'avenir et à perpétuité. (2)
M. de Suève décéda à Sainte-Anne de la Pérade le 1er mars 1707, et fut inhumé dans l'église paroissiale. (3)
(1) Archives du Canada, Correspondance générale.
(2) Acte devant Michel Roy, notaire à Sainte-Anne, le 18 août 1691.
(3) Dans son étude Le régiment de Carignan, M. Benjamin Suite, a confondu Edme de Suève, seigneur en partie de Sainte-Anne, avec Lesueur, le fameux explorateur et traiteur. Il n'y eut aucune relation quelconque entre ces deux personnages.
Par son testament fait le 16 juin 1695, M. de Suève avait légué à Edmond Chorel la part et moitié de la seigneurie de Sainte-Anne qui lui avait été concédée le 29 octobre 1672. Il lui donnait en outre : lo une terre de cinq arpents de front sur le bord de la rivière Sainte-Anne, sur quarante arpents de profondeur, joignant d'un côté à Daniel Le Merle et d'autre à Jean Picard ; 2o une autre terre de quatre arpents de front, dans l'île Saint-Ignace, traversant la dite île, joignant d'un côté madame veuve de Lanaudière, mitoyenne de la dite seigneurie avec le sieur Dentigny, et d'autre part à Jean Picard; 3e une autre terre de quatre arpents de front, située entre les terres de madame veuve de Lanaudière et du sieur Desruisseaux ; 4e une autre terre de deux arpents de front, située entre les terres du sieur Desruisseaux et du sieur Saint-Romain.
Le donateur obligeait Edmond Chorel à rendre la foi et hommage, et à payer les dettes qu'il pourrait avoir au jour de son décès. Il se réservait en outre l'usufruit et jouissance de sa moitié de seigneurie et de ses terres. Il exigeait aussi d'eux cent messes basses pour le repos de son âme dans l'an de son décès.
M. de Suève prenait la peine de déclarer dans son testament qu'il faisait don de ses biens à Edmond Chorel pour le récompenser des bons et réels secours et amitiés qu'il lui avait rendus, et avec l'espoir qu'il les continuerait à l'avenir. (1)
(1) Testament devant Cusson, notaire au Cap de la Madeleine, le 16 juin 1695.