SCÈNE II
LE DRAPIER
Nenni.
Votre maintien Beau, grand et droit est tout le sien.
Oui, tels ses yeux, sa taille telle.
Ah ! qu'autrefois je la vis belle 1 Vous fûtes tous les deux, allez, Dans la même pâte moulés.
En ce pays il n'est, me. semble, Famille où mieux on se ressemble.
Quel vaillant bachelier c'étoit Votre père ! Et comme il prêtoit^ Le bon prudhomme, ses draps! Rire Fut sa coutume. Ah ! si le pire Des gens pouvoit lui ressembler, On ne verroit pas tant voler.
Que ce drap est de fine laine !
A le prendre, on a la main pleine.
D'où vous vint-il, si doux, si frais ?
LE DRAPIER
Je l'ai fait faire tout exprès Ainsi de laines de m^s bèt^:
Pathelin.
Hen, hen, quel mesnagier vous estes!
Vous n'en y striez pas de Porine Du père, vostre corps ne fine incessament de besoingner!
Le Drappier.
Que voulez- vous i II faut soingner, Quiveult vivre et soustenir paine .
Cestuy<y est-il taint en laine ?
// est fort comme ung courdouen.
Le Drappier.
Cest ung tris'bon drap de Rouen, Je vous prometz, et bien drappé,
Pathelin.
Or vrayement j'en suis attrapé ;
Car je n'avoye intention
D'avoir drap, par la passion
De Nostre Seigneur! quand je vins.
favoye mis à part quatre vingts
Escus, pour retraire une rente :
Mais vous en aurez vingt ou trente,
Je le voy bien ; car la couleur
M'en plaist très-tant, que c'est douleur.