‹ La farce de maître Pathelin: mise en trois actes, avec traduction en vers modernes vis-à-vis duChapitre 30 sur 81 · GÈNE I · texte numérisé non relu

GÈNE I

GUILLKMETTE.

Sainte dame !

Et par mon salut en péril Quelle aventure ! D'où vîent-îl ?

Et si ce n'est de quelque aubaine, Qui payera ?

Ne soyez en peine.

Il est déjà payé. Pourtant, Qui le vendit est fin marchand, Vilain, dur à lâcher ses pièces* Faire qu'il en eût dans les fesses Seroit pain béni.

GUILLEMBTTE.

Donc, combien Vous coûte-t-il?

Je n'en dois rien ; Payé 1 Que voulez-vous qu'il faille De plus ?

GUILLEMETTE

Payé ! Vous n^aviez maille.

Ni sou^ ni denier.

jQ ACTE nu

Et, par le sang bieu! si avoye.

Dame : favoye ang parisi.

Guillemette.

Cest bien allé! Le beau nisi Ou un^ brevet y ont ouvré :

Ainsi l'avez-vous recouvré.

Et, quand le terme passera^ On viendra, on nous gagera^ Quanque oàtons,, nous sera osté.

Patheiin»

Par le sang iitUy iln^a cousté Q^ung denieTy. quant qu'il en y a.

Guillemette.

Benedicite! Maria!

Qu'ung denier? Il ne se peut faire !

Pathelin.

Je vous donne cest œil à traire, S*il en, a plus £9^ iii^ /l'ouro^ Jà si bien chanter m sçïïxm»^

SQËNE U (I

Sangbieu si!

J'avois un denier parisi^ Madame.

GUILUMETTBL

Allons, l'affaire est belle 1 Vous aurez^ pour l'obtenir telle, Fait serments qui vous coûtent peu^ Ou, sans vergogne, mis en jeu Quelque billet. A l'échéance Chez nous, pour gage de créance, On prendra tout.

PATHEtm.

Il n'a coûté Qu'un denier*

GUILLEMETTE

Benedidte !

Ce ne peut être.

Qu'on m'anache L'œil , s'il eut plus ; ety quoiqu'il sache Bel et bien châfHeTj'sifannis. ^ ..

Il a de moi rientte pliu^ . . -^

Etqttiatpi.^

C'est lufg Guillaume, Qai a surnom de JÔceaume, Painfutil/olitUvoiatz t'iaroir.

Mais la maniée de l'avoir- PouTiu\dtni^ift^lfel^eiil,.. ,

Cefta pour un 4Mitr àDîeu :

Et encore, se j'eusse dict ;

<' La main sur le pot! » par ce dicl^.

Mon denier me fust demouré,

Ali fort, est-ce bien labouré ?

Dieu, et luy partiront ensemble

Ce denier-là, si bon leur semble ;

Car c'est tout ce qu' Hz en auront,

Jà si bien chanter ne sçaaront.

Ne pour crier, ne pour brester. ' '

GliiHemene.

Comment' ^B-iiHoalaprtttetj,'. ■-■ '■-■ Làjtf. qui eitAùniam m ttètlUi-: ;^ -

SCÈN?Er 1. 5.3

GUttLËiÏÊTtÈ.

Mais

Qui donc est-il ?

' PATHÊLIN.

, C'est: uaGuiUaiiaM;^..

Qui de son surnom est Joceaume.

GUIUçEMBTTÇ,, r .

Pour un dehkr, niaîs'à que! jeu ?

Comment?

Pour un denier à Dieu.

Et si j'avois dit : « Après boire, Main sur pot, » vous m'en pouvez croire.

Mon denier me fût demeuré.

Sauf ce denier, est-ce opéré A point? Que Dieu, si ton lui semble, Et lui le partagent ensemble :

C'est là tout ce qu'ils en auront.

Comment pMt>^il.4treâi .pRHnpt * - A vous prêter^ lui si jsebelte ?. : - ; a i; .

54 ACTfi II.

PatheKn.

Par saincte Marie la belle!

Je l'ay armé et blasonnéy Si qu'il me Va pusqui donné.

Je luy disoye que feu son père Fut si vailiant. <c Ha! fais^-je^ frtre, Qu'esteS'Vous de bon parentaige î Vous estes, fais^^je, du lignaige D^icy entour plus à louer! »

Mais je puisse Dieu avouer, S'il rfest attrait d*une peautraille La plus rebelle villenaille Qui soit, ce croy-je^ en ce royaume; a Ha! fais-je^ mon amy GuUlaume, Que vous ressemblez bien de chère Et du tout à vostre bon père ! » Dieu sçait comment j'eschaffauldoye, Et, à la fois, fentrelardoye.

En parlant de sa drapperie!

« Et puis, fàis-je, saincte Marie!

Comment prestoit-il doucement Ses denrées si fiumblement ^ C'estes'vous, fais-je, tout craché! »

Toutesfois, on eust arraché Les dents duvUiain marsoui»' Son Jeu père, et^ b^bouia

Je l'ai guirlande, vieiige baHei Et de pied en cap blasonné, Tant qu'il me l!a presque donné.

Je lui disois que feu son père Fut si vaillant 1 « Vous êtes, frère^ Fis-je, bien mieux apparenté Qu'aucun d'icL » La vérité.

C'est qu'il est né d'un rien qui vaille, Et la plus vilaine canaille Qui soit. « Guillaume, mon ami^ Vous ne ressemblez à demi, Mais en tout, à votre bon père :

Qui voua vit tous deux vit la paire. »

Et là-dessus j'écba£audoi& Et tout ensemble entrelardois Dans le propos sft draperie :

« Eh ! disois-je, Sainte Marie»

Que doucement vil nQus^ prètoit.

Sa marcbandjsti ^ Or il étoit Ladre de soRhi^, Apre au nôtre.

Toutes ses dents, l'une après l'autre.

Il se les fût fait.an!acb6r .

Plutôt que de vouloir aacfaer Rien, une guenilk, u»q obole^.

Ou même une faoïuie pacolâ.

Le fils, avanî qu'ilz en prestassent Cecy^ ne que ung beau mot parlassent. Maisj au fort y ay-je tant bresté Et parlé, qv^il m^en a preste Six aulnes ?

Guillemette.

Voire, à jamais rendre.

Patheiin«

Ainsi le devez-vous entendre.

Rendre^ On luy rendra le dyable!

Guillemette.

// m'est souvenu de la fable

Du corbeau, qui estoit assis

Sur une croiXf de cinq à six

Toyses de hault; lequel tenoit

Un formage au bec : là venoit

Un renard qui vit ce formaige.

Pensa à luy : « Comment Pauray-je ? »

Lors se mist dessoubz le corbeau :

ft Halfist-il, tant ds le corps beau,

Et ton chant plein de mélodie ! »

Le corbeau, par sa conardie^

Oyant son chant ainsi vanter,

Si ouvrit le bec pouf chanter,

Et son formaige chet à terre;

Et maistre renard vous le serre

Mais j'ai tant pressé, batatUé, Que six aunes il a baillé.

OUIULEMETTE.

Ane lui rendre...

Que le diable.

GUILLEMETTE

Ici me souvient^ de la fable :

Corbeau sur une eroix assis, Haute de cinq toises ou six, Dans son bec tenoit un fron^age.

« Comment le prendre sans partage? »

Se dit Renard, et sous Corbeau Vint se mettre. « As-tu le corps beau « Et le chant plein de mélodie 1 i> Voulant encor mieux applaudie Sa voiR, qu'on lui venoit vanter, L'autre ouvrit te bec pour chanter, Et le fromage choit à terre.

Et maître Renafd vous le serre, Et vous l'emporte à bonne dent»

De son drap, par mots y mordant , Vous fites^ et par beau langue,

f8 ACTîEJTnc

A bonnes detAt^itt' ùirtmfmuy^ ccr: : .

Ainsi esUil{itfrCenjai$forîey t.

Be ce drap : vous Pavez happé

Par blasonner, â attrapé,

En luy usant de beau lang^igej^

Comme fisf renard du formaige ^ ., r

Vous l'en av^z prins par la moe^

// doit venir manger de roc :

Mais voicy qu'il nous faudra faire^ Je suis certain,4iu'U viendra braire, , .

Pour avoir argjBot prompim^,. , faypeasirbon ajipoi/ictement<:^t Il convie^ que ^ mecQuch^,.

Comme ^n malade, sur mu couche ; Et, quâuid il viendra, vous direz :

« Ha! parlez bas! » et geniirez.

En faisant une chiere fade :

« Las ! fere^vous, il est malade - Passé dei^ moys, ou six semaines / » ^ Et^ s'il vous dit : « Ce sont trudaines !

Il vient d'avec moytoat venant. »

« Helas! ce n'est pas maint^i^'^ (^Fere^-vous] qu'il faut rigaWèrf %• Et le me laissez fia^oll^; Car il n'en anm i^utre chose. r ,

SCÈBTEïh i9

Ce que fit Raifrrd du ft^siagè) j Vous Pave^ bridé par lebec.

pàthjelik. ,

Il doit venir boFre, ici, sec, Et manger dé Pôie. Or, que faîfte?' Je suis certaiin qii^l voudra braire Pour avoir argent promptement :

J'ai tout prêt son' appûintement.

A fin qu'il's'en aille et ne touche Rien : en malade je me c6ache/ Et quand il Viendra vous direz :

« Ha! partes bà$! » etgéiAirez, Faisant la pius dolente Mme.

« Las ! diréz^rous,' te mal le taine '^ « Depuis six semaines, deux mois! >»

S'il dit :- « Trudaines !• je n'y crôSf,' « Il vient ^l'àvec moi tout à Phelfre; «—Peut»on railler queIquHin<}uîp1eure! »

Ferez-vous. PuiJ, pour profits tlMrs, Je le payerai de quelques airs De ma fstçcm, non d'autre cfidse/

0UILLEMETT6.

Je ferai ce que l\)h propose

De mon mienx> maïs ne craignez-vûus

D'avoir en ceci du dessous;

Que justice né -vous rejirènne,''

6o Ael^E irl

"'duillemettè.' ''

Par l'ame qui en moy repose!

Jeferay iris-bien la manière.

Mais, si vous rencheez arrière.

Que justice mus en reprengne, Je me double qu'il ne vousprengne Pis la moitié, qu*à Pautre fois ?

Pathelin.

Or, paix : je sçày bien que je fais.

Il faut faire ainsi que je dy.

GBiUemett&.

Souviengne vous du sâmedy.

Pour Dieu, qu^on vous pillork :

Vous sçavez que chascun cria Sur vous, pour vostre tromperie ?

Patheiin.

Orlàissezcestebaverie, Il viendra; nous ne gardons l'heare.

Il faut que ce drap nous demeure.

Je m'en voys coucher.

GuîUemette.

Allez doncques.

Patheiin.

Or ne riez point! . » '

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