GÈNE I
GUILLKMETTE.
Sainte dame !
Et par mon salut en péril Quelle aventure ! D'où vîent-îl ?
Et si ce n'est de quelque aubaine, Qui payera ?
Ne soyez en peine.
Il est déjà payé. Pourtant, Qui le vendit est fin marchand, Vilain, dur à lâcher ses pièces* Faire qu'il en eût dans les fesses Seroit pain béni.
GUILLEMBTTE.
Donc, combien Vous coûte-t-il?
Je n'en dois rien ; Payé 1 Que voulez-vous qu'il faille De plus ?
GUILLEMETTE
Payé ! Vous n^aviez maille.
Ni sou^ ni denier.
jQ ACTE nu
Et, par le sang bieu! si avoye.
Dame : favoye ang parisi.
Guillemette.
Cest bien allé! Le beau nisi Ou un^ brevet y ont ouvré :
Ainsi l'avez-vous recouvré.
Et, quand le terme passera^ On viendra, on nous gagera^ Quanque oàtons,, nous sera osté.
Patheiin»
Par le sang iitUy iln^a cousté Q^ung denieTy. quant qu'il en y a.
Guillemette.
Benedicite! Maria!
Qu'ung denier? Il ne se peut faire !
Pathelin.
Je vous donne cest œil à traire, S*il en, a plus £9^ iii^ /l'ouro^ Jà si bien chanter m sçïïxm»^
SQËNE U (I
Sangbieu si!
J'avois un denier parisi^ Madame.
GUILUMETTBL
Allons, l'affaire est belle 1 Vous aurez^ pour l'obtenir telle, Fait serments qui vous coûtent peu^ Ou, sans vergogne, mis en jeu Quelque billet. A l'échéance Chez nous, pour gage de créance, On prendra tout.
PATHEtm.
Il n'a coûté Qu'un denier*
GUILLEMETTE
Benedidte !
Ce ne peut être.
Qu'on m'anache L'œil , s'il eut plus ; ety quoiqu'il sache Bel et bien châfHeTj'sifannis. ^ ..
Il a de moi rientte pliu^ . . -^
Etqttiatpi.^
C'est lufg Guillaume, Qai a surnom de JÔceaume, Painfutil/olitUvoiatz t'iaroir.
Mais la maniée de l'avoir- PouTiu\dtni^ift^lfel^eiil,.. ,
Cefta pour un 4Mitr àDîeu :
Et encore, se j'eusse dict ;
<' La main sur le pot! » par ce dicl^.
Mon denier me fust demouré,
Ali fort, est-ce bien labouré ?
Dieu, et luy partiront ensemble
Ce denier-là, si bon leur semble ;
Car c'est tout ce qu' Hz en auront,
Jà si bien chanter ne sçaaront.
Ne pour crier, ne pour brester. ' '
GliiHemene.
Comment' ^B-iiHoalaprtttetj,'. ■-■ '■-■ Làjtf. qui eitAùniam m ttètlUi-: ;^ -
SCÈN?Er 1. 5.3
GUttLËiÏÊTtÈ.
Mais
Qui donc est-il ?
' PATHÊLIN.
, C'est: uaGuiUaiiaM;^..
Qui de son surnom est Joceaume.
GUIUçEMBTTÇ,, r .
Pour un dehkr, niaîs'à que! jeu ?
Comment?
Pour un denier à Dieu.
Et si j'avois dit : « Après boire, Main sur pot, » vous m'en pouvez croire.
Mon denier me fût demeuré.
Sauf ce denier, est-ce opéré A point? Que Dieu, si ton lui semble, Et lui le partagent ensemble :
C'est là tout ce qu'ils en auront.
Comment pMt>^il.4treâi .pRHnpt * - A vous prêter^ lui si jsebelte ?. : - ; a i; .
54 ACTfi II.
PatheKn.
Par saincte Marie la belle!
Je l'ay armé et blasonnéy Si qu'il me Va pusqui donné.
Je luy disoye que feu son père Fut si vailiant. <c Ha! fais^-je^ frtre, Qu'esteS'Vous de bon parentaige î Vous estes, fais^^je, du lignaige D^icy entour plus à louer! »
Mais je puisse Dieu avouer, S'il rfest attrait d*une peautraille La plus rebelle villenaille Qui soit, ce croy-je^ en ce royaume; a Ha! fais-je^ mon amy GuUlaume, Que vous ressemblez bien de chère Et du tout à vostre bon père ! » Dieu sçait comment j'eschaffauldoye, Et, à la fois, fentrelardoye.
En parlant de sa drapperie!
« Et puis, fàis-je, saincte Marie!
Comment prestoit-il doucement Ses denrées si fiumblement ^ C'estes'vous, fais-je, tout craché! »
Toutesfois, on eust arraché Les dents duvUiain marsoui»' Son Jeu père, et^ b^bouia
Je l'ai guirlande, vieiige baHei Et de pied en cap blasonné, Tant qu'il me l!a presque donné.
Je lui disois que feu son père Fut si vaillant 1 « Vous êtes, frère^ Fis-je, bien mieux apparenté Qu'aucun d'icL » La vérité.
C'est qu'il est né d'un rien qui vaille, Et la plus vilaine canaille Qui soit. « Guillaume, mon ami^ Vous ne ressemblez à demi, Mais en tout, à votre bon père :
Qui voua vit tous deux vit la paire. »
Et là-dessus j'écba£audoi& Et tout ensemble entrelardois Dans le propos sft draperie :
« Eh ! disois-je, Sainte Marie»
Que doucement vil nQus^ prètoit.
Sa marcbandjsti ^ Or il étoit Ladre de soRhi^, Apre au nôtre.
Toutes ses dents, l'une après l'autre.
Il se les fût fait.an!acb6r .
Plutôt que de vouloir aacfaer Rien, une guenilk, u»q obole^.
Ou même une faoïuie pacolâ.
Le fils, avanî qu'ilz en prestassent Cecy^ ne que ung beau mot parlassent. Maisj au fort y ay-je tant bresté Et parlé, qv^il m^en a preste Six aulnes ?
Guillemette.
Voire, à jamais rendre.
Patheiin«
Ainsi le devez-vous entendre.
Rendre^ On luy rendra le dyable!
Guillemette.
// m'est souvenu de la fable
Du corbeau, qui estoit assis
Sur une croiXf de cinq à six
Toyses de hault; lequel tenoit
Un formage au bec : là venoit
Un renard qui vit ce formaige.
Pensa à luy : « Comment Pauray-je ? »
Lors se mist dessoubz le corbeau :
ft Halfist-il, tant ds le corps beau,
Et ton chant plein de mélodie ! »
Le corbeau, par sa conardie^
Oyant son chant ainsi vanter,
Si ouvrit le bec pouf chanter,
Et son formaige chet à terre;
Et maistre renard vous le serre
Mais j'ai tant pressé, batatUé, Que six aunes il a baillé.
OUIULEMETTE.
Ane lui rendre...
Que le diable.
GUILLEMETTE
Ici me souvient^ de la fable :
Corbeau sur une eroix assis, Haute de cinq toises ou six, Dans son bec tenoit un fron^age.
« Comment le prendre sans partage? »
Se dit Renard, et sous Corbeau Vint se mettre. « As-tu le corps beau « Et le chant plein de mélodie 1 i> Voulant encor mieux applaudie Sa voiR, qu'on lui venoit vanter, L'autre ouvrit te bec pour chanter, Et le fromage choit à terre.
Et maître Renafd vous le serre, Et vous l'emporte à bonne dent»
De son drap, par mots y mordant , Vous fites^ et par beau langue,
f8 ACTîEJTnc
A bonnes detAt^itt' ùirtmfmuy^ ccr: : .
Ainsi esUil{itfrCenjai$forîey t.
Be ce drap : vous Pavez happé
Par blasonner, â attrapé,
En luy usant de beau lang^igej^
Comme fisf renard du formaige ^ ., r
Vous l'en av^z prins par la moe^
// doit venir manger de roc :
Mais voicy qu'il nous faudra faire^ Je suis certain,4iu'U viendra braire, , .
Pour avoir argjBot prompim^,. , faypeasirbon ajipoi/ictement<:^t Il convie^ que ^ mecQuch^,.
Comme ^n malade, sur mu couche ; Et, quâuid il viendra, vous direz :
« Ha! parlez bas! » et geniirez.
En faisant une chiere fade :
« Las ! fere^vous, il est malade - Passé dei^ moys, ou six semaines / » ^ Et^ s'il vous dit : « Ce sont trudaines !
Il vient d'avec moytoat venant. »
« Helas! ce n'est pas maint^i^'^ (^Fere^-vous] qu'il faut rigaWèrf %• Et le me laissez fia^oll^; Car il n'en anm i^utre chose. r ,
SCÈBTEïh i9
Ce que fit Raifrrd du ft^siagè) j Vous Pave^ bridé par lebec.
pàthjelik. ,
Il doit venir boFre, ici, sec, Et manger dé Pôie. Or, que faîfte?' Je suis certaiin qii^l voudra braire Pour avoir argent promptement :
J'ai tout prêt son' appûintement.
A fin qu'il's'en aille et ne touche Rien : en malade je me c6ache/ Et quand il Viendra vous direz :
« Ha! partes bà$! » etgéiAirez, Faisant la pius dolente Mme.
« Las ! diréz^rous,' te mal le taine '^ « Depuis six semaines, deux mois! >»
S'il dit :- « Trudaines !• je n'y crôSf,' « Il vient ^l'àvec moi tout à Phelfre; «—Peut»on railler queIquHin<}uîp1eure! »
Ferez-vous. PuiJ, pour profits tlMrs, Je le payerai de quelques airs De ma fstçcm, non d'autre cfidse/
0UILLEMETT6.
Je ferai ce que l\)h propose
De mon mienx> maïs ne craignez-vûus
D'avoir en ceci du dessous;
Que justice né -vous rejirènne,''
6o Ael^E irl
"'duillemettè.' ''
Par l'ame qui en moy repose!
Jeferay iris-bien la manière.
Mais, si vous rencheez arrière.
Que justice mus en reprengne, Je me double qu'il ne vousprengne Pis la moitié, qu*à Pautre fois ?
Pathelin.
Or, paix : je sçày bien que je fais.
Il faut faire ainsi que je dy.
GBiUemett&.
Souviengne vous du sâmedy.
Pour Dieu, qu^on vous pillork :
Vous sçavez que chascun cria Sur vous, pour vostre tromperie ?
Patheiin.
Orlàissezcestebaverie, Il viendra; nous ne gardons l'heare.
Il faut que ce drap nous demeure.
Je m'en voys coucher.
GuîUemette.
Allez doncques.
Patheiin.
Or ne riez point! . » '