‹ La farce de Patelin et ses imitationsChapitre 19 sur 81 · Petrugius : Vis dare, an non, te rogo f Dromo : Ble · texte numérisé non relu

Petrugius : Vis dare, an non, te rogo f Dromo : Ble

Petrucius : Non joco,

Sed serio : perpere est eundvm istuc mihi,

A. V, se. I.]

Pathelin : ...Il est temps que je m'en aille.

Paye iost !

Le Bergier : Bée!

Pathelin : Est-ce mocquerie ?

Est-ce quant, que tu en feras ?

Par mon serment, tu me payeras.

Entends-tu ? se tu ne Venvol[l\es I Çà, argent !

Le Bergier : Bée I

Pathelin : Tu te rigol[l]es.

La dernière remarque a chez Patelin sa raison <l'être, puisque le drapier, à son départ, Ta menacé de se rendre chez lui pour voir s'il est encore alité de la fièvre :

Le Drappier : Ha I je voys veoir en vostre hostel.

Par le sang dieu I se votes y estes.

Nous n'en débattrons plies nos testes Icy, se je vous treuve là.

Avec Petrucius, cette raison d'être s'évanouit : le poète lui fait prononcer ces paroles à tout hasard, en s'appuyant uniquement sur l'original. Les deux hommes de loi doivent maintenant céder à la nécessité. Ils le font, mais en menaçant de tout

mettre en œuvre pour se faire donner satisfaction.

Petrucius : Je n'aurai de cesse, que je n'aie trouvé moyen de me faire payer; sinon, tu sentiras à tes dépens l'effet de mes menaces K

Pathelin : Par sainct Jacques! se je trouvasse Ung sergent, je te feisse prendre.

Le Bergier : Bée I

Pathelin : Heu, Bée I L'eti me puisse pendre,. Se je ne voys faire venir Un bon sergent ! Mesavenir Luy puisse-il, s'il ne t'emprisonne!

Il est au plus haut point divertissant de voir comment Patelin est rappelé au souvenir de son propre tour de fripon aux dépens du drapier, et comment il est obligé de se faire à lui-même, ea rongeant son frein, l'humiliant aveu qu'il a trouvé son maître, et cela dans un paysan stupide !

Pathelin:. . . Me fais-tu manger de l'oë?

Maugrébieu! ay-je tant vescu, Qu'un[g] bergier, qu'unlg] mouton

[vestu„ Un villain paillard me rigolle?

1. Petrucius : Non quiescam, donec inveniam modum. Solvendo; sîn aliter, minas maie senseris,

[A. V., se. I, fin].

LeBergier : ^^^/

Pathelin : . . . Par sainct Jean, tu a^ bien

[raison :

Les oysons mènent les oës paistre.

Or cuydoy-je estre sur toics maistre Des trompeurs (Vicy et [d*]ailleurSy Des forts coureux et des bailleurs De parolles en payement A rendre au jour du Jugement :

Et u?i[g] bergier des champs ne passe!

Ce qui reste maintenant encore , en fait de point de contact entre les deux pièces dans le caractère de Patelin, se borne à la première scène, où l'avocat est présenté comme marié et chef de famille. Ici, dans Reuchlin, c'est Henno qui est substitué. Quoique les deux scènes correspondantes aient entre elles de profondes différences de fond, leur accord de forme nous fait cependant supposer que Reuchlin, en composant la sienne, eut comme une vision flottante de la pièce française. Les deux scènes exposent le motif de l'escroquerie ou de l'achat du drap et par conséquent de l'intrigue dramatique qui en résulte. Dans toutes les deux, le mari et la femme se répandent en plaintes sur leurs vêtements en lambeaux et usés jusqu'à la trame.

Elsa : [C'e^st au point] qu'il m£ reste à peine une couverture rapiécée,,, — Henno : Malgré tout notre travail, nous n'avons (que je sache) ni l'un ni l'autre

absolument rien de reste. C'est même à peine si, en retour du travail annuel qui m'accable, j'ai une méchante cotte pour tout bénéfice. Je marche en guenilles, avec des habits ravaudés *.

GuiLLEMETTE ; Noz robes sont plus qu'estamines

Reses.

Pathelin : Saincte Marie! Guillemette,

Pour quelque paine que je mette A cabasser, n'a ramasser, Nous ne povons rien amxisser,

Mais s'il devait exister aussi entre ces deux scènes une ressemblance de fond, il faudrait avant tout qu'il n'y eût pas entre les caractères d'Eisa et de Guillemette un écart si complet. La fidèle compagne de Patelin, qui partage ses souffrances et ses joies, la complice de l'aimable fripon ne se retrouve dans aucun trait du Henno; car Eisa, qui passe près de nous en glissant presque comme une ombre, n'est qu'une femme abaissée par la misère domestique et sans volonté : elle se répand en

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