INTRODUCTION
Si .le quinzième siècle forme, sous le rapport «de la langue, une transition entre Fancien français et le nouveau, il offre aussi, dans le domaine littéraire, des productions qui, d'une part, peuvent passer formellement pour les plus parfaites de la poésie du moyen âge, mais que, d'autre part, il faut également considérer comme un premier chaînon dans le développement de la littérature moderne.
En ce qui concerne la poésie dramatique et spécialement la comédie, il faut citer comme un exemple éclatant la Farce de l'avocat Patelin, Elle est par excellence, sous tous les rapports, un modèle, aussi bien dans la conduite du dialogue que dans le comique véritablement moderne des situations. C'est à ce propos que Génin, dans
V Introduction de son édition de cette farce, dit très justement : « En outre de la verve comique « et de Tesprit de mots, Tauteur possédait à un « degré peu commun, même aujourd'hui, Ten- « tente dramatique, Fart de faire rendre à une « situation tout ce qu elle renferme sans la sur- « charger et la noyer en détails *. » Et plus loin : « C'est de cette farce qu'est sortie la « gloire réelle et durable du théâtre français, la comédie^. »
Rien d'étonnant, si ce petit chef-d'œuvre a trouvé des imitations directes en dehors même de la France. A côté de ce pays, c'est surtout en Allemagne que le sujet de la farce française a subi les remaniements les plus variés. Génin cite comme tel le Henno de reuchlin ^. Cependant on sait que ce n'est pas le seul : il en existe encore un autre dans le Jeu du nouvel an de Lucerne.
En France, les imitations se reconnaissent aussitôt et par le titre et par le fond du sujet; en Allemagne, elles s'écartent en bien des points^ souvent essentiels, de la pièce française : c'est ce qui a fait souvent déjà révoquer en doute que la farce française ait servi de modèle pour les piècei^