‹ La farce de Patelin et ses imitationsChapitre 44 sur 81 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Récapitulons en peu de mots les résultats de notre étude.

La pensée fondamentale de la Farce de Patelin est exprimée dans le dictbn pratique « qu'un trompeur trompe l'autre » : on le trouve déjà dans l'anquité.

En fait de poème isolé, cette pensée est exactement développée pour la première fois dans notre Farce, et non dans une commedia delV arte qu'il faudrait admettre perdue.

La Farce française, création originale, est devenue aussi le modèle du Henno de Reuchlin, dont Hans Sachs a tiré une honne adaptation et Grégoire Wagner un jnauvais remaniement en allemand : ce dernier est vraisemblablement la base de V anecdote de Wickram.

Le Jeu de nouvel an de Luceme est une imitation libre du^IIenno sur la base du texte de Wagner. En outre et parallèlement, Tinfluence italienne est encore ici à constater.

De plus, si Ton admet avec raison que Wagner a eu connaissance de l'adaptation de Hans Sachs et que son œuvre en a ressenti l'influence, en ce cas, les pièces comprises entre la Farce de Patelin et le Jeu de nouvel an, forment une chaîne dont chaque a.nneau a servi de modèle au suivant.

Elles sont toutes, plus ou moins, inférieures à leur type primitif, et cela est vrai aussi des imitations françaises, à l'exception peut-être de la comédie de Erueys et Palaprat.

Nous ne saurions clore ce travail sans faire au moins mention de deux autres publications qui se rattachent à la Farce de Patelin.

Cette farce a été traduite en ïambes latins, au commencement du xvi® siècle, par le jurisconsulte

Alexandre Gonnibert*. Cette traduction présente un développement remarquable du texte primitif» ' Le traducteur a introduit un nouveau personnage,, le Bouffon [Comicus], qui ne quitte jamais la scène,, quoiqu'il ne prenne pas la moindre part à l'action. Invisible pour les autres acteurs, ce Bouffon n'a d'autre rôle que de gloser à haute voix sur le sujet et sur la représentation de la pièce. Il figure en quelque sorte l'appréciation du public. Sous quelque étrange aspect que ce fou se présente ici, on ne pourrait absolument rien redire à ses gloses, si elles étaient spirituelles et de quelque portée. Mais ce n'est pas le cas : elles sont souvent d'une telle trivialité, qu'elles seraient mieux placées dans toute autre bouche, mais sont absolument inconvenantes dans celles d'un Bouffon de comédie [Comicus],

1. Comœdia nova quse Veterator inscribitur, alias Pathelt" nus, ex peculiari lingua (Pétri Blanchet) in romanunt traductOt elogium cum prœfacione luonis Morelli. Parisiis. Guillelmus Eustace. 1512. Réimprimé par Colinseus, 1543. — On vient de lire une transcription fidèle du titre donné par l'auteur. Voici non moins exactement le titre indiqué parJ.-C. Bkvnkt {Manuel du Libraire et de V Amateur de livres, 5e édit., Paris, Didot,. 1863) : « Comœdia nova guœ veterator iscribitur, alias Pathe^ « linus, ex peculiari lingua in romanû traducta eloquium « (per Alex. Connibertum). Parisiis, Guil. Eusche [sic pour Eustache], 1512. » On remarquera surtout ici l'absence de la parenthèse Pétri Blanchet, qui ne se trouve pas davantage dans la réimpression de 1543. M. Schaumburg ne se rappelle pas s'il a lu cette parenthèse manuscrite ou imprimée. Des recherches récemment faites pour moi à la Bibliothèque Nationale n'ont rien élucidé. Si la parenthèse figurait réellement dans l'édition de 1512, sept ans avant la mort de P. Blanchet, il y aurait lieu d'argumenter ; dans le cas contraire, le champ reste ouvert aux conjectures, et l'auteur du Patelin reste à découvrir.

[Note du Traducteur.]

Enfin, en 1873, une adaptation de la Farce de Patelin, donnée en français de nos jours par Edouard FouRNiER, a été représentée à la Comédie Française* €e fut, autant qu'il est à notre connaissance, sans un bien grand succès *. L'explication n'est pas difficile. En effet, quoique le comique de Patelin doive exercer son influence provocatrice du rire, à toutes les époques, aussi longtemps que le caractère de la race humaine restera ce qu'il est, néanmoins il manquera toujours à l'adaptation en français contemporain quelque chose d'impossible à suppléer : cela, c'est le souffle poétique répandu sur la vie et les agissements du jovial avocat, comme aussi, peut-on dire sur nos troupes ambulantes [varnden

1. Voici à ce sujet des renseignements précis que je dois à l'obligeance de M. Monval, archiviste-bibliothécaire de la Comédie Française : « L'adaptation de M. Ed. Fournier a été repré- <t sentée pour la première fois à la Comédie Française le mardi « 26 novembre 1872, sous le titre de ha vraie Farce de <f. maître Pathelin, précédée d'un court prologue en vers. Cette <( pièce, qui n'a pas été reprise depuis 1882, mais qui rentrera « certainement au répertoire, a eu 16 représentations en 1872, <i 14 en 1873, 2 en 1874, 4 en 1875, 2 en 1876, 7 en 1881 et 1 en « 1882, soit 46 représentations en 10 ans, ce qui est peu, si l'on « regarde le succès obtenu, le grand talent du principal inter- « prête, M. Got, et l'admirable mise en scène de M. Emile Perrin. « — La pièce a été immédiatement éditée par la librairie des « bibliophiles (Jouaust, 1872) ». /

On peut signaler encore, pour mémoire : Maître Pathelin, opéra comique en un acte, imité de la pièce du XV» siècle par MM. A. DE Leuven et F. Langlé, dédié à M. Emile Perrin et représenté pour la première fois à T Opéra-Comique , le 12 décembre 1856 (musique de F. Bazin).

Enfin la librairie Gh. Delagrave vient de publier (1889) « La « Farce de Maître Pathelin , comédie moyen âge, arrangée en « vers modernes par Gassies des Brulies, avec 16 planches en -« taille-douce par Boutet de Monvel. » — [Notes du Traducteur.]

diet) d*AllemagQe ; c'est la poésie de la bohê^ne aventureuse, aujourd'hui complètement perdue pour nous ; et c'est bien moins dans un costume correspondant que dans le langage de l'époque, qu'on trouverait le charme capable de l'évoquer.

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