‹ La farce de Patelin et ses imitationsChapitre 48 sur 81 · IV. — Extrait de Gervinus · texte numérisé non relu

IV. — Extrait de Gervinus

{Histoire de la Poésie allemande, t. II, p. 343-344 *.)

Après l'entrée en scène de Luther, la question

des querelles confessionnelles et les Dialogues de Lucien 2 arrêtèrent pendant un certain temps la vogue inoffensive des précédents Jeux de Carnaval. C'est seulement après le solide établissement de la Réforme, que Hans Sachs revint à ce genre en reprenant le vieux langage de ses compatriotes, et mit la main à des pièces plus étendues, plus régulières et sérieuses. Il y fut amené par les Comerfies de Térenge et plus étroitement encore par les Scenica progymnasmata (le Henno) de Reughlin, qu'il traduisit en 1531 3. Ce n'est que depuis la traduction de Térence, que nous trouvons en Allemagne des pièces divisées régulièrement en actes et en scènes.

1. Geschichte der deutschen Dichtung von G. G. Gervinus. Leipzig (Engelmann), 1853. 5 vol. iii-8.

2. On sait que la première édition imprimée de Lucien parut à Florence en 1496:1e manuscrit n'avait été apporté de Constantinople en Italie qu'en 1125. [Note du Traducteur.]

3. Le Henno, comédie à représenter avec 10 personnages, composée en latin par le docteur Reuchlin [Ein Comedi mit 10 Pers. zu recidiren Doctor Reuchlins im. Latein gemachty der Henno],

L'introduction de la comédie antique fut poussée en Allemagne avec plus de vigueur que partout ailleurs. Les pièces de Hroswitha, qui furent publiées par Celtes (1501), devaient naturellement porter les humanistes non seulement à lire Térence, mais encore à l'imiter. Celtes, personnellement, échoua. Il n'en fut pas de môme de Reuchlin. Son Henno^, déjà représenté antérieurement, en 1497, à Heidelberg, dans la maison du fameux Jean Kâmmerer de Dalberg, est une pièce tout à fait excellente comme transition entre le vieux genre et le nouveau ; car elle traite dans la forme et avec la régularité classiques un sujet complètement allemand. Le jeu de carnaval est ici, dans l'ouvrage latin du savant , aussi élevé que la farce dans les Facéties de Bébel^. Car les cercles savants subissaient l'engouement du siècle pour le burlesque et cherchaient à exercer de toute manière leur verve humoristique. En différentes universités allemandes, il y eut, par exemple, une fois l'an, ce qu'on appelait des « Conférences sur un sujet quelconque » [Quolibetdisputationen]. On y mêlait de plaisantes et satiriques digressions, des épilogues où la verve la plus libre se donnait carrière. Cet usage devait avoir une grande influence sur la finesse des esprits, l'indépendance des vues et la connaissance des défauts du temps. Que dès lors Bébel et Reuchlin aient exactement connu la vie populaire et porté leurs sujets dans la sphère des conditions les plus basses, on' peut n'en être pas étonné. Dans l'entourage ami de Séb. Brant, qui fit imprimer le Henno avec ses poésies latines en 1498, Reuchlin passait, à cause de cette œuvre, pour le créateur du drame allemand. Plus tard

1. Imprimé dans le second volume de la « Provision nécessaire... M [NÔthiger Vorrath] de Gottsched.

2. Composées en latin et publiées en 1506, traduites en allemand en 1558, 42 ans après la mort de l'auteur. Cf. Gervinus, II^ p. 301. — [Note du Traducteur.]

aussi, LoGHER, HÉGENDORF et d'autres essayèrent, dans des pièces latines, de réunir Tallemand et Tantique ; mais ce fut avec Lien moins de bonheur. D'autre part, on avait déjà, avant Reuchlin, commencé à faire représenter, dans les écoles et les universités, des comédies latines, pour exercer les élèves au lalin de la conversation. En la même année 1497, on imprima à Augsbourg, expressément dans ce but , plusieurs de ces pièces , et elles furent représentées par la jeunesse*. Depuis lors, dans toutes les écoles, les humanistes, môme Mélanchthon, s'intéressèrent à cet usage, et bientôt, au xvi« siècle, on admit des pièces allemandes.

1. J. G. BoiOARii, Comœdise utilissime omnem latini sermonis eîegantiam continentes.

Page 1