CORRESPONDANCE N
Ma chère petite Eva,
Comment tromper désormais la surveillance de
ton odieux jaloux ? Il faudra inventer des signaux, un
télégraphe privé I Je viens de lire dans un journal que
e préfet peut fouiller la boîte aux lettres. Or, ce pré-
LA FARCE POLITIOUE 105
fet est l'odieux rival auquel tu m as préféré. Qui sait SI, pour se faire bien venir de ton mari, il n'usera pas contre nous de ses droits infernaux.
^ Quand je cueillais sur tes lèvres les baisers que l'amour y a semés, je ne prévoyais pas le coup fatal qui devait nous frapper.
Doucement bercés dans les bras l'un de l'autre, nous ne songions pas aux articles 8, 9, 23 et 699 î Eh bien ! le 699 était suspendu au-dessus de nos têtes !
Chrre bien-aimée, je t'envoie par un commissionnaire cette lettre, un bouquet de roses et les Godes français par Royer-Collard.
Us les articles rappelés par le gêneur Riant, ce destructeur de lapins, cet ennemi des jeux et des grâces.
Passe ensuite au paragraphe III : de Vauditmi des témoins; alors seulement tu pourras te rendre compte des dangers qui nous menacent.
En nous aimant, nous commettons un délit. Il y a même des moments où ce délit est flagrant. Les lettres sont des preuves ; le préfet peut mettre la main sur tes pattes de mouche et nous livrer au bras séculier...
Prudence et mystère, mon Eva. Désormais, quand tu pourras me recevoir, tu tiendras à la main la circulaire Fourtou ; ce sera le signal. Quant à l'heure, tu me l'indiqueras par le nombre de morceaux de sucre que tu mettras dans ta tasse de thé. Nous déjouerons ainsi la surveillance administrative.
Adieu, mon Éva ! les entraves ne font qu'augmenter mon amour...
Je t'aime 1 je faime !
Vicomte Ernest de Francheguitare.
D'autre part, l'industrie cherche à tirer parti de la situation.
Je reçois ce matin un imprimé assez intéressant..