LE VIEUX SERGENT
... Mais qu'entend-il? le tambour qui résonne?
Il voit au loin passer un bataillon.
Le sang remonte à son front qui grisonne :
Le vieux coursier a senti l'aiguillon.
Hélas! soudain, tristement il s'écrie :
« C'est un drapeau que je ne connais pas,
« Ahl si jamais vous vengez la patrie,
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »
« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,
'( Aux bords du Rhin, à Jemmapes, à Fleurus,
« Ces paysans, fils de la République,
(c Sur la frontière à sa voix accourus?
« De quel éclat brillaient dans la bataille,
a Ces habits bleus par la victoire usés!
« La liberté mêlait à la mitraille,
fc Des fers rompus et des sceptres brisés.
« Les nations, reines par nos conquêtes,
« Ceignaient de fleurs le front de nos soldats,
'( Heureux celui qui mourut dans ces fêtes!
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas! »
Si ]di petite bête n'est pas morte, les refrains du vieux Béranger, feront encore battre les cœurs au théâtre de Nantes — et ailleurs.
La Restauration se chante sur un autre air :
Bénis soient la Vierge et les saints : On rétablit les capucins !
La faim désole nos provinces ; Mais la piété l'en bannit.
Chaque fête, grâce à nos princes, On peut vivre de pain bénit. Bénis soient la Vierge et les saints : On rétablit les capucins !
Fais-toi dévote aussi, Fanchette; Vas, il n'est pas de sot métier.
Mais qu'avec nous deux, en cachette, Le diable crache au bénitier.
Bénis soient la Vierge et les saints : On rétablit les capucins !
Un choix des chansons de Béranger, chantée chaque soir sur un théâtre, ferait plus de bien au pays que tous les ordres du jour de la place de Nantes.
Il y a d'abord :