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LE PRÉSIDENT

Maître AYarra, vous avez la parole.

MAITRE WARRA [dii barreciu de Bruxelles)

Messieurs, la France a toujours eu la prétention de marcher à la tête des nations ; il faut croire qu'elle s'est arrêtée en chemin, car je vois maintenant les autres nations passer hardiment devant elle.

Vous condamnez chaque jour un mari qui a frappé sa femme, une femme qui a empoisonné son mari. Ily a peu de temps, sous les voûtes mêmes de ce palais où vous rendez la justice, un homme tirait plusieur-

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coups de revolver sur la femme «{ui allait plaider contre lui. Vous l'avezoondamné. Il ne se passe pas de semaine que vous n'ayez à sévir dans des cas semblables.

A qui la faute ? Vous demandez à Claude Ripper pourquoi il a tué sa femme ? Je vous réponds : parce qu'il ne pouvait pas faire autrement.

En Angleterre, en Belgique, en Allemagne, en Suisse, Claude Ripper n'aurait pas eu recours à ce moyen désespéré. Il eût simplement demandé et obtenu le divorce.

LaFrance, le pays par excellence des faux ménages et des fausses situations, en est encore à ce compromis atroce qu'on appelle la séparation de corps ; c'est-àdire que, restant le mari d'une femme, on ne sait plus oii elle est, ce qu'elle fait, ce qu'elle devient.

Je suppose que Claude Ripper ait plaidé en séparation. Les procès de ce genre durent généralement trois ans ; il y a, au bout de six mois, un j ugement qui ordonne une enquête; cette enquête a lieu cinq ou six mois plus tard. Après un délai au moins aussi long, le jugement est enfin rendu. Ce jugement est signifié dans les soixante jours ; deux mois pour faire appel, puis, les vacances du palais pour la seconde ou la troisième fois, et l'affaire venant à son tour, l'arrêt ne met point un terme à cette suite non interrompue de tracas, de préoccupations, d'insomnies et de douleur.

C'est une autre série de tourments qui commence.

Il est probable d'ailleurs que madame Ripper eût fait une demande reconventionnelle, et il n'y a pas de raison pour que, aussi bien, elle n'eût pas gagné son procès contre son mari.

Les avoués ont un répertoire tout fait à cet égard .

Ils disent à la femme : Tâchez d'irriter votre mari. S'il vous frappe, vous aurez gain de cause.

— Il ne me frappera pas, dit la femme.

— A-t-il une maîtresse ?

— J'en doute.

—-Eh bien ! faites faire un lit à côté du vôtre... Faites-y coucher votre femme de chambre...

Fermez bruyamment la porte de communication, mettez le verrou. Peut-être voudra-t-il entrer... Vous refuserez d'ouvrir; il s'emportera, et nous aurons la femme de chambre comme témoin d'une scène de violence.

Le reste est l'affaire de l'avocat ; on choisit un éreinteur patenté qui, depuis trente ans, plaide les même moyens, presque toujours avec succès.

Claude Ripper, cette âme sévère, cet homme de pensée et de travail eut trouvé chez son concierge une feuille de papier timbré, nue comme une cartepostale, et sur cette feuille :

u Attendu que (jlaude Ripper avait l'habitude d'accabler sa femme des injures les plus grossières; qu'elle avait à souffrir journellement de son avarice et de ses violences ; qu'il n'a pas craint de porter sur sa conduite des accusations calomnieuses; qu'il s'est

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oublié jusqu'à la frapper au visage avec un chandelier... n Et le reste à l'avenant.

U n'y a pas un mot de vrai dans ce grimoire, n'est-ce pas ? Mais avec quelques centaines de franc> dans la main d'un domestique, on a un témoin. Avec des promesses pour l'avenir, on eu a deux. Quant au chandelier, c'est une pièce de conviction facile à se

procurer.

L'issuedesaffaires de ce genre est toujours douteuse.

Cette procession de concierges et de domestiques qui viennent témoigner dans les enquêtes civiles, estelle bien décidée à éclairer la justice ?

Que de rancunes, que de passions personnelles viennent apporter tout ce petit monde !

Ces instructions sommaires peuvent se tourner facilement contre celui qui n'a pas tort. Et quand la justice a prononcé, que faire? Faut-il demander sa réhabilitation à la cour d'assises ?

Rappelez-vous l'histoire d'un paysan de TAriège, devenu garçon de magasin à Paris, et qui comparut devant la cour d'assises de la Seine dans les conjonctures les plus étranges.

En 1850, la cour d'assises de Toulouse avait condamné aux travaux forcés, pour crime d'assassinat, plusieurs habitants du village d'Orgibet, parmi lesquels un sieur Dubuc Son fils jura de consacrer -a vie entière à faire réhabiliter son père condamné malgré son innocence. Et pour cela, il fit semblant défaire un fraix. Ce fut, pour lui, le seul moyen d'obtenir des

juges. Il fat acquitté et, du même coup, on reconnut l'innocence de son père.

Eh bien ! Claude Ripper est venu droit à vous, sans doute parce que le procès civil, avec ses chances diverses, ne lui a pas semblé un moyen suffisant d'obtenir justice.

Le mari. Messieurs, recule devant certaines révélations. C est son nom que porîe la femme, et il est obligé à des réticences qui souvent le désarment.

Et quel supplice tant que dure l'instance !

Les maris complaisants, les tarés du mariage, sourient sympathiquement à celui qu'ils voient venir grossir leurs rangs. — A quoi reconnaît-on le demimonde ? demande un personnage de comédie. — î.'autre répond. A l'absence des maris... Bien. Mais le tiemi- monde des maris se reconnaît aussi à l'absence dos épouses.

Claude Ripper ne pouvait vivre dans les conditions que lui eût faites une loi incomplète.

Songez à la situation d'un homme à qui l'on dit : — Voire femme était hier à r(Jpéra-Comique avec deuxjeunes gens.

— A propos, j'ai rencontré hier madame Ripper... elle était seule, à pied, rue Saint-Jacques.

— J'arrive de Wiesbaden... J'ai vu votre femme à la roulette... elle paraissait très bien avec le croupier.

Et c'est toujours madame Ripper 1 Non, Messieurs, une pareille existence est impossible.

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Voire séparation ne sépare que les corps.

Vous ne pouvez enlever à l'homme la responsabilité, le point d'honneur. Il ne peut se désintéresser de son nom qui court les rues.

Par l'hypocrisie d'une religion mal entendue, vous créez l'immoralité en permanence.

Il faut que le mari puisse avoir des enfants légitimes puisque c'est pour cela qu'il s'est marié.

Vous lui devez le divorce. Il serait peut-être heureux avec une autre femme, et la femme se croirait peut-être obligée d'être une bonne épouse d'un autre mari.

La séparation est immorale. Vous laissez celte supériorité aux autres nations de l'Europe de protéger la famille jusque dans ses erreurs.

Est-il rien de plus illogique que le raisonnement suivant : voici une femme qui a des amants; son mari la gêne, séparons-les. il ne pourra plus la surveiller, elle sera plus libre.

C'est pourtant là le résultat d'une séparation judiciaire.

Si l'homme et la femme se sont trompés, si la vie commune est impossible, rendez à chacun ce qu'il a apporté, et avant tout que la femme cesse de porter le nom qu'elle a traîné dans la boue.

En un mot, la séparation protège la femme contre le mari; elle ne protège pas le mari contre la femme.

Ce n'est que par le rétablissement du divorce que le mariage redeviendra sérieux, car il ne l'est plus.

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Le prêtre dit : L'homme ne peut délier ce que Diea ^ lié dans le ciel.

Et qui est-ce qui l'a vu lier quelque chose?

Pourquoi nous gâter la Bible ? Pourquoi faire dire au Christ ce qu'il n'a jamais pu dire, ni penser, ni prévoir? Nous n'avons pas besoin des superfétations, des enjolivements, des mensonges dont les moines du moyen âge ont laissé l'absurde tradition.

11 a fallu, Messieurs, que Claude Ripper vînt chercher un défenseur dans l'un des pays où il aurait pu ne pas tuer sa femme. Je n'ai pas à plaider les circonstances atténuantes; il n'y a rien à atténuer. Du coup, il a repris son nom et son honneur.

Tant que sa femme fut en âge de mener une vie galante, l'existence de M. Ripper fut empoisonnée; il ■était l'objet des moqueries du monde, du rire des passants. Vous l'acquitterez sans aucun doute; mais, même condamné, il n'y a pas un de vous qui hésiterait à mettre la main dans la sienne.

Après une vive réplique du ministère public, la cour se retire pour délibérer.

Claude Ripper, acquitté sur toutes les questions, est aussitôt mis en liberté.

De nombreux amis viennent le féliciter.

Quelques mois après, il épouse une honnête fille <l"une famille de braves bourgeois. Il aime sa femme •<]ui le lui rend. Ils sont heureux, ils ont beaucoup -il'enfants et Claude ne songe pas du tout à la tuer.

1 AFFAIRE GELLIMER

On ne sait s'il faut rire ou .>"indigner de la façon par trop paradoxale dont les étourdis de la presse, habitués du turf et des soupers fins, ont traité l'affaire Oellinier. Voici un monstre de quatorze ans, fils dun bijoutier, c'est-à-dire appartenant à la bourgeoisie ; il a pour complices des jeunes gens qui ont reçu l'éducation de famille ; deux ou trois occupent des emplois du gouvernement. Ils volent et ils assassinent sans avoir même la circonstance atténuante du manque d'instruction et des assauts de la faim.

Il n'y a qu'une chose à faire, leur écraser la tête à coups de talons débottés. D'accord sur ce point. Mais cen'estpasàceux-làques'intéressentlesrêveurshumanitaires ; ces jeunes assassins sont les champignons des <• uches moyennes. La fleur de votre société s'adonne

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aux hautes opérations financières, et nous avons assisté dernièrement au premier coup de balai donné dans celte haute pègre. Le nettoyage continue. Après les voleurs au prospectus, voici les voleurs au couteau.

Et vous de rire, en disant à ceux qui cherchent le bien : Est-ce la faute de la Société!

Vous nous montrez vos propres plaies pour en conclure que nous sommes incurables !

Et vous parlez du rebut de rhumanilé : On ne naît pas (( rebut de l'humanité, » on le devient.

La bande de Gellinier appartient précisément aux classes inexcusables. Ce ne sont pas des voyousl C'est la pourriture de votre système. Je garde ma pitié pour les déshérités, pour les affamés, et je ne réclame qu'en faveur de ceux à qui on n'a même pas donné le sentiment de la responsabilité.

En accablant les gens de cœur avec des exemples tirés de vos rangs, vous ne trompez personne, pas même vous, négateurs du progrès, sceptiques intéressés, athées de la morale! XoWk ce que vous avez produit, et devançant l'accusation, vous tâchez de dissimuler votre rougeur dans les contorsions d'un rire forcé, vous parlez ironiquement de la question sociale que vous ne connaissez pas ; vous niez même la possibilité du bien. Nous ne nous laissons pas troubler par ces manœuvres o\\ la mauvaise foi est apparente ; et, nous frappant la poitrine, tandis que vous battez des mains, nous suivons notre route dans ce

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vaste désert d'hommes, votre création, certains qu'on ne confondra pas ceux qui sonnent le tocsin avec ceux qui allument les incendies.

Il y a, du reste, pleine déroute au camp des conservateurs à l'huile bouchage instantané.) Ils ont beau accrocher aux frontières de France et d'Espagne, des l'criteaux ainsi conçus :

ROYAUME A VENDRE ou

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