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LE MÉPRIS DU TRAVAIL

A propos de la grève des cochers, à la suite de laquelle les chevaux seront aussi mal nourris que devant, le journal officiel de M. Offenhach a fait la mauvaise plaisanterie d'annoncer que la Compagnie des Petites-Voitures avait l'intention de mettre des soldats sur le siège à la place des cochers.

Il est inutile de dire qu'il n'y avait rien de vrai dans cette prétendue information.

Elle a cependant amené une demande d'explica- lions assez singulière.

La meute du 2 Décembre en a fait grand tapage. Elle ne se plaignait point qu'on fit intervenir les soldats dans les débats qui ont pu se produire entre les entrepreneurs et leurs employés, entre les patrons

et les ouvriers, mais seulement à ce que les soldats pussent être utilisés à autre chose qu'à tirer des coups de fusil.

" Faites-les tuer, mais ne les déshonorez pas ! »

Donc, faire travailler des soldats équivaut à les déshonorer.

Il est bon que l'on sache de quelle considération jouit le travail auprès de ceux qui essaient de faire servir à leur politique la crédulité, les vœux, les besoins et même les misères des travailleurs.

Lors de la grève des boulangers, sous l'Empire, il avait été sérieusement question de mettre à la disposition des patrons les soldats habitués à la manutention. Les journaux officieux d'alors, devenus les Journaux decombat d'aujourd'hui, trouvaientlamesure légitime et naturelle.

D'ailleurs, on n'eût mis au service des boulanger^ que des soldats déjà « déshonorés », puisqu'ils travaillaient.

Certes, le gouvernement aurait eu le tort le plus grave d'intervenir dans le procès entre patrons et ouvriers, mais les soldats n'eussent point été déshonorés, puisqu'ils n'avaient cessé de travailler tout en . faisant l'exercice.

Ils travaillaient auparavant comme ils devaient travailler après.

Xe serait-il pas préférable, quoi qu'en disent les journaux de nuit, qu'ils puissent travailler toujours et continuer à faire la prospérité de la patrie, tout en

apprenant à la défendre. Ils n'en seraient que plus honorables et plus honorés par le peuple, qui n'a de sérieuse estime que pour ceux qui gagnent leur viepar le travail.

SUR su M CORDA

Un journaliste, ou plutôt un énergumène, qui semble avoir adopté pour méthode le défi et la provocation à outrance, déclarait dernièrement, sous bénéfice d'inventaire, que le parti républicain se compose absolumentdes gens que lasociété a jetés par-dessus bord.

Allou, Crémieux, Durier, Martel, Grévy, Marie, Sénard, jetés par-dessus bord î

Faidherbe, Billot, Carré de Bellemare, Langlois, jetés par-dessus bord!

Casimir Périer, Léon Renault, Chri&tophle, Menier, et la plupart des grands industriels de France, pardessus bord...

Que c'est commode et bientôt dit!

« Un homme est dans le commerce, il fait faillite ; ce n'est pas la faute de la société; il se fait républicain.

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» \Jn homme est dans la marine, un jour d'erreur, il manque à son devoir, est puni par ses chefs; il se fait républicain.

» Un homme a gagné une grande fortune ; cette fortune ne lui ouvre pas le grand monde, il se fait républicain. »

Cependant... M. Clément Duvernois, compromis dans une affaire financière, est sorti de prison et ne s'est pas fait républicain.

M. Lefebvre-Duruflé a eu des malheurs; il ne s'est pas fait républicain.

Le banquier Huguet, condamné pour escroquerie et abus de confiance;

Le vicomte de Baumont-Yassy, affligé de trois ans de prison et rayé de la Légion d'honneur;

Le maréchal Bazaine, fortem.ent jeté par-dessus bord, ne se sont pas faits républicains.

Il n'y aurait qu'à consulter les livres d'écrou des prisons départementales pour avoir une liste de six colonnes d'exemples à citer au public.

Quant à « l'homme qui a fait une grande fortune et qui se fait républicain parce que cette grande fortune ne lui a pas ouvert le grand inonde^ je le cherche.

Le grand monde est et restera ouvert à toutes les grandes fortunes tant qu'il aura des filles à marier, des blasons à redorer.

Beaucoup de gens se font réactionnaires pour se procurer des relations à titres sonores.

•2tj-2 L ESPRIT DU BOLLEVARD

D'autres qui, après s'être enrichis dans un commerce quelconque, ont ajouté à leur nom une particule ou un titre acheté au pape, se font légitimistes pour donner une apparence A^authenticité à leurs récents parchemins.

Tout faux gentilhomme se fait royaliste par calcul; tandis que de vrais gentilshommes sont devenus répuhlicainspar raison.

L'égoïsme, la cupidité, la faiblesse desprit, la dévotion mal comprise enflent tous les jours les rangs de la réaction.

l/inlérèt est le point culminant.

On a vu les royalistes se presser à la cour de Napoléon I" et accepter de lui des titres et des dignités.

En revanche, maréchaux et généraux de l'empire se ralliaient prestement à Louis XYIII, qui en faisait des sénateurs et des pairs de France.

Pourquoi ceux des Corses qui se proclament conservateurs sont-ils bonapartistes ?

C'est qu'ils pensent que, par droit de naissance, ils ont plus à gagner avec un Bonaparte qu'avec un Bourbon.

Se peut-il qu'il y ait des partisans convaincus de ce mélange d'arbitraire et de corruption qu'on appelle \' ancien régime ?

Le genre humain ne va-t-il pas améliorant toujours sa destinée?

Sans doute, il est des époques fatales où sa marche paraît tout à coup intervertie, oià il s'arrête et, bientôt

enlrainé, retombe loin des sommets qu'il venait d'atteindre.

Notre condition, incomplète et grossière, détermine ces lenteurs et ces haltes déplorables.

Quand le but sera-t-il atteint? Le dieu qui alluma râtre de Platon pourrait seul nous le dire. Mais ce qu'on sait, c'est que tout ce qui aime et respecte l'humanité doit tendre, pa un effort commun, à un but auquel sont attachés le bien-être domestique et la dignité morale.

Je comprendrais, jusqu'à un certain point, l'affreuse démence qui voudrait nous ramener à la vie sauvage. Mais prétendre nous retenir violemmentdans une zone mitoyenne, sans nous permettre de passer outre, c'est dire au voyageur qui marche vers l'Orient de dresser sa tente sur les revers des Alpes, au lieu de le laisser gravir jusqu'aux sommets d'où il pourrait descendre doucement vers les riches plaines de l'Italie. C'est oublier que rien ne peut être stationnaire dans le monde créé, depuis le sable des rivages jusqu'aux sphères qui roulent sur nos têtes, tout marche, tout change, parce que le mouvement est le premier attribut de la vie et la première loi de la nature.

(Jue la République ait des détracteurs, c'est tout simple. La hberté, la vertu, tout ce qu'il y a de bon et de grand sur la terre marchera toujours environné d'ennemis.

Les gens qui condamnent la liberté veulent réserver ses bienfaits pour eux seul-, r/impunité les encouras»^

et ils calomnient des adversaires qui sont toujours prêts à accueillir leur repentir.

Les gouvernements d'exception éluderont les difficultés sans les résoudre ; leurs décisions ne seront que des ajournements.

Il y a, au-dessus des pouvoirs temporels, un congrès des intelligences. Les nations sont unanimes dans leurs vœux; et, dans ce congrès insaisissable, trois puissances dominent : ce sont la raison, la justice et l'humanité. La polilique n'y est admise qu'autant qu'elle se concilie avec l'humanité, la raison et la juslice. Ce congrès suprême casse souvent les décisions des congrès temporaires, accidentels ou périodiques des cabinets.

Il est permanent, inamovible, indeslituable. Le même ministre qui le préside, est le seul chargé de l'exécution de ses arrêts : c'est le temps.

Non, la République n'est pas un lieu de refuge comme la première enceinte de Rome. Elle a pour clergé les penseurs et les savants, les orateurs pour clairons et la nation pour armée.

Ceux qui souffrent vont à elle...

Ceux qu'a frappés une douleur imméritée, ceux qu'une grande injustice a révoltés entrent dans les rangs comme engagés volontaires. Ils y vont pour combattre le monstre.

Le despotisme a plus de bras et plus de tentacules que la pieuvre ; et ceux qu'a frôlés une de ses mom-

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branes visqueuses ont tressailli d'horreur et sont passés à la République.

S'il en est qui aient des besoin^; d'adoration, ils peuvent aussi bien se servir des litanies :

« Sainte liberté, protégez nous !

Sainte Vierge des vierges, priez.

Mère très pure, priez.

Mère très chaste, priez.

Mère aimable, priez.

Mère du peuple, priez.

Vierge puissante, priez.

Vierge clémente, priez,

Vierge fidèle, priez.

Miroir de justice, priez.

Tour de David, priez.

Tour d'ivoire, priez.

Arche d'alliance, priez.

Porte du ciel, priez.

Santé des infirmes, priez.

Refuge des pécheurs, priez.

Consolatrice des affligés, priez.

Reine des martyrs, priez! »

La réaction, c'est le grand refuge! le refuge de tous les ambitieux, de tous les jouisseurs, de tous les gens avides : avides d'autorité, avides d'argent, avides de récompenses.

Il y a tant d'avantages à se mettre du cùté du manche !

266 l'esprit du boulevard

Tous les gens qui doivent leur fortune à des spécu- Jalions louches, à des filouteries en Turquie, en Egypte et ailleurs, se proclament conservateurs et réactionnaires pour se créer des titres aux égards du parquet, aux ménagements du pouvoir.

Et quand je parle des hommes, c'est surtout les femmes qu'il faudrait dire, car elles sont les plus terribles. Toutes les lorettes sont réactionnaires. Il leur faut les eaux troubles d'une cour somptueuse pour alimenter leur luxe et satisfaire à leurs caprices.

Les femmes dissolues craignent l'austérité que ne manquerait pas d'établir un régime républicain sérieusement installé.

Les femmes du monde qui peuvent avoir des amants sans perdre le nom de leurs maris tiennent beaucoup à ce genre de civilisation.

Les cocottes, qui n'ont de voitures qu'à la condition qu'il y a.ura des fonctionnaires grassement appointés et des ministres qui jouent à la Bourse, tiennent beaucoup à la forme de gouvernement qui leur assure ces avantages.

Le parti monarchique n'est pas un parti politique, puisque, si vous le ramenez à son expression authentique, c'est-à-dire si vous en faites trois parts, il n'en reste plus asse^ pour chacun des prétendants.

Les légitimistes disent : la République plutôt que Bonaparte.

Les bonapartistes disent la Répubhque plutôt qu'un Orléans.

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Ce sont de singuliers partis que ceux qu'on aurait la certitude de transformer d'un bout à l'autre, rien qu'en changeant les chances de restauration.

La démocratie doit être le refuge des pécheurs et la consolation des affligés.

Vous tous qu'une injustice a frappés, vous qu'un des puissants de hasard a humiliés, vous que l'égoisme révolte, que le vice indigne, que le mensonge soulève, secouez la poussière de vos souliers — et prenez place dans les rangs.

La hberlé n'a plus à craindre que des attaques nocturnes; et le jour est près de luire...

« Arche d'alliance, priez pour nous. Heine de? martyrs, priez ! »

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