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MORALE

Si l'on doutait du besoin de transformation sociale

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qui tourmente — peut-être en vain — l'époque où nous vivons, on n'aurait qu'à réfléchir sur la direction prise, depuis quelques années, par la plupart des écrivains. En est-il un, même des plus futiles, qui, dans l'intérêt même de sa réputation, ne se soit cru obligé d'élargir le terrain rebattu du roman ou de la comédie, et d'y introduire la critique de quelque abus, un plaidoyer en faveur de telle ou telle classe méconnue, un réquisitoire contre telle ou telle autre, oppressive et corruptrice ; enfin un travail de moraliste tendant à une réforme quelconque ?

Qu'ont fait en France Georges Sand et Eugène Sue, si ce n'est de rendre plus vives et plus saisissantes les doctrines philosophiques et socialistes ? Qu'a fait en Angleterre, Charles Dickens, lorsqu'il a entrepris tantôt de flétrir les spéculations dont l'enfance était victime, tantôt de dévoiler les ignobles abus du métier de garde-malade; tantôt enfin d'éclairer la question si ardue de l'emprisonnement solitaire, ou tout autre débat à l'ordre du jour ?

Mrs Troloppe a tracé le tableau efl'rayant des misères auxquelles l'enfant de fabrique est exposé dans les ateliers de Newcastleet de Birmingham. L'auteur de Hanthorpe a esquissé les douleurs de la vie littéraire; d'autres ont pris à cœur les souffrances du soldat, du matelot, du comédien ; M. Zola, dans sa belle étude de V Assommoir^ n'a reculé devant aucune réalité; et M. Edmond de Concourt, avec moins de bon-

heur, mais avec autant d'audace, a pris pour sujet de son dernier roman une fille publique.

A ces manifestations infinies de l'inquiétude et de l'aspiration générale?, le Sénat répond triomphalement en faisant de M. Carayon-Latour un inamovible.

Il fait bon d'aller à Frohsdorf, et il pourrait se faire que le prix des places fût augmenté en voiture de preniière classe. Chesnelong, Lucien Brun et Carayon ont gagné la timbale; et, si les récents invalides ont un peu de flair, au lieu de quémander à nouveau, et sans affiches blanches, les sufl'rages de leurs concitoyens, ils prendront le train de Frohsdorf.

« Député ne puis, sénateur suis! >,

Le bordeaux gagne une saveur et un bouquet délicieux dans un voyage aux Indes. Aucun phénomène de ce genre ne se produit chez le blackboulé retour de Frohsdorf; il en revient aussi épais que lorsqu'il est parti.

Mais le comte de Bondy, une forêt faite homme, aime le vin retour des Indes et le candidat, retour de Frohsdorf. Il déguste son homme, fait claquer sa langue sur le fond de son palais, et, sur un simple avis, le groupe constitutionnel deCarpeaux votecomme un seul sourd-muet pour l'émigré de quelques heures.

C'eêt un hommage rendu au prince qui descend de nos rois par la citadelle de Blaye.

Qu'on ne puisse faire rien de bon avec de tels bâtons

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finis les roues, cela se conçoit. Ces bâtons-là ne sont pas des bâtons ordinaires ; ce sont de gros bâtons sciés en trois et qui font rêver de la nuit de Noël.

Etant donnéeslescirconstances quenoustraversons, la constitution Rivet, la présence, dans les prétoires et dans les bureaux, de tous les hommes des anciens régimes, nous nous contenterions de peu de chose. La Piépublique est encore à l'état de larve ; les ailes ne lui pousseront qu'en 1880; mais d'ici là on pourrait ramper plus utilement.

Puisqu'on demande le rétablissement des tours, puisque la politique n'a rien à voir dans l'afTaire. pourquoi laisser subsister un régime qui condamne à mort des milliers d'enfants par an?

Puisqu'il est reconnu que cette siïnple ligne du Code : « La recherche de la paternité est interdite, » couvre des montagnes d'iniquités, pourquoi ne pas la faire disparaître ?

L'infanticide est toujours le même; on dit à la fillemère :

— Votre devoir était de nourrir votre enfant.

— Je n'ai pas de pain.

— Il fallait le garder avec vous.

— Je n'ai pas de domicile.

Et pendant ce temps, le père, le don Juan bourgeois, le petit séducteur attend la sortie des demoiselles de magasin, fait l'enflammé et promet de nou-

veau le mariage à celle qui aura l'imprudence de l'écouter.

Une femme de plus au pavé, un enfant de plus au charnier, peu lui importe. La loi le protège.

M. Legouvé a placé comme préface à la brochure de son drame « Une séparation » la conférence qu'il a faite sur ce sujet au théâtre même du Vaudeville.

« Xos études sur la famille, dit AJ. Legouvé, sur la société, sur les lois, nous ont fait peu à peu pénétrer dans la sombre réalité de la séparation de corps ; nous avons vu qu'elle établissait entre les époux non pas un éloignement, mais un abîme, et du fond de cet abîme est sorti à nos yeux un tel amas de désespoirs, d'iniquités, d'immoralités, que nous avons rejeté violemment ces doucereux et mensongers dénoûmenls. et le théâtre a produit toute cette série de drames poignants dont les unions brisées sont le sujet...

» Lne femme séparée vit comme elle veut, va où elle veut, fait ce qu'elle veut, dispose en maîtresse absolue de ses actions, de ses relations, de son honneur... Mais elle est à la fois majeure et mineure. Cet homme qui ne peut plus veiller sur les actions de sa femme peut encore les punir ; il n'est plus son gardien, il peut encore être son espion ; il ne peut plus pénétrer chez elle comme mari, il peut y pénétrer comme accusateur.

» Est -il plus heureux lui-même? Non! car la loi au-

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torise la femme à garder le nom de son mari, Teiitelle déjà flélri ce nom et dût-elle le flétrir encore ! Dans la séparation, les époux ne sont plus unis qu'à la façon des forçats : ils sont rivés au même boulet. y>

Où est la morale dans tout cela? Je cherche et jene trouve pas.

« Un père, condamné par le tribunal à laisser à la mère son fils âgé de deux ans, enleva l'enfant, l'emmena en pays étranger et, au bout de cinq ans, il revint avec deux autres petits garçons habillés comme son fils et dit à sa femme : « Un de ces trois enfants est le vôtre; moi seul je sais lequel, choisissez! » La mère n'osa pas choisir et elle les abandonna tous trois au père. »

Dernièrement, un jeune homme entrait dans un des établissements où l'on va patiner de cent manières différentes. Ce jeune homme a été parfaitement élevé par son père, homme du monde, séparé depuis plusieurs années d'une femme indigne de lui.

Le fils a grandi avec l'idée que sa mère était morte en lui donnant le jour.

Celle-ci, au contraire, s'était jetée à corps perdu dans la vie galante. Elle était, ce soir-là avec sa fille, née hors mariage, dans les salons du SUaling. Le jeune homme emmène souper sa mère et sa sœur!

Heureusement pour lui, car il eût été bien à plaindre I au moment où il allait se retirer — emmenant la m 16.

demoiselle — il demanda son nom à la dame. Celle-ci le lui dit...

11 y eut une horrible explication, et il partit seul — en pleurant.

Où est la morale?

Parent- Duchâtelet rapporte qu'un brave campagnard, étant venu à Paris pour affaires, fut entraîné un soir dans une des maisons qui avoisinaient le Palais-Royal.

Une heure après, causant avec une des Élisa, il nomma le village d'où il venait.

La malheureuse qui l'avait entraîné dans le bouge — était sa propre fille.

Et que cela doit arriver souvent, ce» rencontres do parents qui s'ignorent, de frères et de sœurs enfants de séparés ! Il y a des variétés innombrables dans l'adultère et dans l'inceste.

'< La recherche de la paternité est interdite...

» L'établissement des tours est une prime offerte à l'inconduite...

» Il faut repousser le divorce, parce que nul ne peut délier ce que Dieu a noué dans le ciel! »

Voilà ce qu'ils vous disent, ces hypocrites, voilà ce qu'ils osent vous répondre !

« Dieu a fait un nœud dans le ciel. » Ils l'ont vu. Si c'est un nœud marin, un nœud coulant ou une rosette, ils ne le disent pas précisément.

Dieu a fait un nœud... Ils ne parleraient pas autrement s'il s'agissait des lacets d'une bottine.

Quelle société ces gens-là nous ont faite î quel fromage de vices !

Messieurs les conservateurs, nous avons demandf^ les bols; il faudra bien qu'on se lave.

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