‹ La farce politiqueChapitre 5 sur 58 · PROPAGANDE ROYALISTE · texte numérisé non relu

PROPAGANDE ROYALISTE

C'est un bonheur de lire Jes journaux qui ont accepté la tâche de faire mousser la Droite. Il ne se sentent pas de joie. Ce sont, chaque matin, des dithyrambes à la lune et des Hosayinah au brouillard. Subitement, tout a changé de face. Nos ports sont encombrés, les manufacturiers n'ont pas le temps d'inscrire toutes les commandes qu'ils reçoivent, les boutiquiers refusent du monde et les ouvriers sont sur les dents...

Le lecteur est tenté de chanter, comme à TOpéra- Comique :

Mon Dieu ! si c'est un songe, Ne me réveillez pas !

Eh bien I sans effort, sans arrière-pensée, je veux

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faire, ceLie fois, le jeu des conservateurs les plus arriérés.

Peu m'importe l'opinion des gens qui poussent à la reprise des affaires.

Je m'attelle avec eux au gouvernement sans conditions suspensives.

Les affaires reprennent, disent-ils 1 Je veux le croire, je le crois.

Ce n'est qu'en le répétant sur tous les tons que nous arriverons à nous persuader.

Le devoir de tous les Français est de dépenser cet hiver le plus qu'ils pourront et surtout de faire l'aumône jusqu'à extinction de leur tirelire.

Les habits fanés, le vieux linge, les couvertures remisées, donnons toujours, donnons encore.

Du reste, pourquoi les affaires n'iraient-elles pas ?

Que faut-il au commerce ? Le calme dans la rue,, un avenir de tranquillité. Or, nous sommes à cet égard dans une situation inattaquable.

Le côté matériel est absolument assuré : reste le côté moral qui importe à la dignité de la nation. C'est l'afTaire de l'Assemblée. Si elle nous donne de bonnes lois, si elle n'abuse pas de sa force, nous ne serons point à plaindre et nous ne nous plaindrons pas.

M. du Sentier de la Planisphère, membre inconnu de la Droite, orateur muet, est absolument de mon avis. Aussi cet excellent citoyen a-t-il commencé, dès

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Je premier jour, à donner Texemple de la confiance. Il a commandé six gilets de flanelle et deux paires de bottines. Il s'est fendu d'un chapeau neuf, et. a:i lieu de prendre l'omnibus, il a fait la dépense d'un fiacre.

Fixant un regard humide sur la photographie de M. le duc de Broglie, du Sentier s'est écrié: Albert ! vous serez content de moi !

Il a convoqué tous ses amis, et, après une heure de la conversation la plus cordiale, chacun jurait de se dévouer, dans la mesure de ses moyens, à la prospérité publique...

Des domestiques portant sous chaque bras un sac de pièces de cinq francs se mirent à circuler dans Paris. De temps en temps, une secousse préméditée, un cahot étudié apprenaient aux passants que c'était vraiment de l'argent qui circulait ainsi. Quelques-uns n'en pouvaient croire leurs oreilles.

Le soir, chaque conservateur faisait éclairer sa salle à manger, et au moyen d'un petit canon de bois fermé par un bouchon, il imitait, devant la fenêtre ouverte, la détonation du Champagne.

— Les affaires reprennent, pensait-on dans les rues. Les demoiselles conservatrices jouaient du piano,

tandis que le père et la mère frottant les pieds sur le parquet, représentaient une foule de danseurs.

— Que de bals il y avait hier soir ! s'écriait aussitôt le Frou-frou, gazette du High-Ufe.

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Le vicomte de Créneau-Piteux, qui aspire à la place de préfet de police, ayant rencontré sur le boulevard une fille vêtue d'une toilette extravagante, mais un peu fanée, s'étonna de la pâleur de son visage.

— Pourquoi êtes-vous si pâle, mon enfant? lui demanda-t-il.

— Cest pas malin, répondit la demoiselle, on a tout juste de quoi manger et on y regarde avant d'acheter un pot de rouge de trois francs.

— Le rouge est bien mal porté, fit le vicomte.

— Pas sur la figure, dit la jeune fille. Le vicomte réfléchit un instant.

— Pensez-vous, reprit-il, que le maquillage attire les étrangers ?

— C'était ainsi sous l'Empire !

— Eh bien ! il ne sera pas dit que je n'ai pas fait tous mes efforts pour la prospérité publique.. Voici trois francs... allez acheter du rouge !

La demoiselle prit les trois francs, en disant : — Paies-tu un bock ?

Le vicomte se retira aussitôt, légèrement choqué de cette familiarité.

Deux députés de la Droite entrent dans un magasin.

— Je voudrais un foulard, dit l'un d'eux, pour mettre autour du col.

— Voilà, Monsieur, fait le marchand, foulard de

Chine, foulard écossais, foulard brodé... tout ce qui se fait de mieux.

— Combien celui-ci ?

— Sept francs'cinquante.

— C'est un peu cher.

L'autre député tirant son collègue par la manche :

— Marchander dans ce moment ! Y pensez-vous ?

— Mais, dit l'autre, si je puis l'avoir à meilleur marché ?

— Allons donc I ce serait une lésinerie indigne... Ce foulard vaut dix francs... Donnez dix francs 1

Le bonnetier stupéfait :

— Ce n'est que sept cinquante...

— Il y a quelques jours, c'était possible, reprit le droitier, mais, maintenant, la marchandise va manquer ! Voilà un foulard qui vaudra quarante francs dans huit jours, si les fabricants ne se dépêchent pas... Les affaires reprennent, Monsieur I...

Et les deux collègues sortirent, bras dessus, bras dessous.

Un autre prorogateur — mais je donne le fait sous toutes réserves — s'est déguisé en pauvre, et assis sous une porte cochère, il s'est mis à manger un faisan truffé.

— Vous n'avez pas de honte, lui dit un brave bourgeois, de demander la charité en faisant un pareil repas ?

— Que voulez-vous ? répondit le faux mendiant,

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tout va si bien maintenant que je veux me nourrir comme tout le monde !

M. Pointilleux -Lapucih're, membre du conseil général, et député de la Bièvre-Inférieure, s'est promené pendant trois jours avec des paquets à la main. Il sortait le matin chargé de deux ou trois paquets de vieux chiffons qu'il rapportait soigneusement le soir.

Après quoi il s'est empressé d'écrire à ses lecteurs:

« Paris a repris sa physionomie des anciens jours. Le mouvement est complètement revenu. On ne rencontre que des gens qui viennent de faire des achats,

« Le papier s'escompte à sept et huit mois sans difficulté. Il est probable que, dans six ans et demi, les impôts seront diminués de moitié.

« On cite un marchand de pommes de terre frites qui a fait deux mille francs de recette dans une seule journée. Il est vrai que sa poêle est au coi?! du quai, mais vous pouvez avoir par là une idée de livresse générale.

« Le camelot est dans la joie. La peau de lapin se vend quinze centimes ; l'os de gigot (bonne qualité) cinq sols le kilo. Confiance donc. Messieurs !

« C'est une grande victoire morale que nous avons remportée, les autres n'étant plus dans nos moyens.

« Salut et inégalité ! »

En attendant on nous annonce une loi sur la presse. C'est toujours avec un nouveau plaisir, comme

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disait Louis-Piiilippe, que je prend connaissance d'une loi sur la presse.

En a-l-on fait de ces lois sur la presse !. Et elles n'ont jamais gêné que ceux qui les votaient.

Quant à la loi sur le duel, elle est heureusement renvoyée sous remise.

Il y a eu cinq ou six rencontres ce mois-ci ; les maîtres d'armes ne chôment pas ; l'escrime est à la mode. Jacob, Robert et Yigeant se frottent les mains en murmurant avec satisfaction : Les affaires reprennent I..-.

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