BAVARDAGES D ÉTÉ
Quelqu'un qui se serait attaché à mes pas, dimanche, pendant que se courait le grand prix, aurait eu un moment d'hilarité.
Je me suis arrêté quelques minutes dans l'enceinte du pesage, devant la tribune du Maréchal-Président.
Madame la maréchale promenait ses jumelles, d'un air distrait, sur le champ de courses. Le Président apparaissait de temps en temps. Debout sur une marche, se tenait M. de Fourtou. Des inconnus, très connus sans doute, meublaient les alentours de la loge cidevant impériale. Khalil-Pacha, revêtu d'un petit complet entièrement gris, et les yeux abrités par d'énormes lunettes bleues (un cadeau de M. de Hirsch, probablement) ; Khalil montait et descendait, serrant
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avec effusion la main des belles clames qu'il avait connues dans le temps.
De l'autre cùU', et d'un air non moins familier, se tenait un gros Turc, que nous ne pouvons désigner que par un nom supposé ; mettons Mastock-Bey.
Causant avec un de mes amis, je lui désignais Mastock-Bey, en disant :
— Croyez-vous qu'il a l'air assez abruti ?
— C'est attristant, répondit mon compagnon ; un homme qui a été brillant autrefois, qui avait même de l'esprit, dit-on, changé à ce point! Ce rire épais, cette lèvre pendante attendent un goitre qui ne saurait tarder.
Un jeune homme, assez bien couvert, qui l'instant d'avant causait avec un sergent de ville, s'approche vivement et me dit :
— N'est-ce pas ?. . . je suis bien de votre avis î
— Mais de qui parlez-vous ? lui demandai-je. Et lui, répondant par une autre interrogation :
— Et vous, fit-il.
— Moi, je parle de Mastock-Bey.
— Ah! bien ! murmura le jeune homme d'un air dépité.
Après un tour de promenade, je me retrouvai au même endroit.
— Regardez-le donc, me dit mon ami, le voilà qui fait l'aimable avec Mme X...
— Pauvre femme !
— Elle le croit aussi prodigue qu'en 186G î
— Mais il est complètement rasé ^
— Oh ! avec ces gens-là, il y a toujours de l'espoir. Une bonne confiscation, et ils reviennent sur l'eau c'est-à-dire sur le million mensuel.
L'ami du sergent de ville reparut tout à coup.
— Ils exploitent le peuple ! s'écria-t-il.
— G'estrusagedeleurpa\'s, répondis-je simplement.
— Comment ! vous ne flétrissez pas ces extorsions?
— Ils ne sont pas mûrs pour un autre système.
— Qui cela ? demanda l'agent.
— Les Turcs !
— De qui parliez-vous donc ?
— De Mastock-Bey !
L'agent se replia en bon ordre.
Saint-Christophe venait de triompher.
La foule se précipitait sur la piste.
— Adieu, dis-je à mon ami, je vais remonter en voiture... Il fait trop chaud, j'en ai assez.
— A ce soir, répondit-il.
— Si tu le rencontres, repris-je, ne le salue pas !
— Sois tranquille.
L'agent reparut tout à coup.
— Vous avez bien raison denepasle saluer, me ditil avec son plus gracieux sourire. Youslehaïssezcomme moi, sans doute ?
— Oh ! je ne le hais point, ajoutai-je, je le plains, voilà tout.
— Vous le plaignez 1
— Oui.
— Qui donc ? lit-il avec le geste de me mettre la main au collet.
— Mais, répliquai-je avec impatience, voilà une demi-heure que je vous le dis... Mastock-Br.y !