L E S P R I T DU B 0 L' L E \' A R D
phie pour le salon d'exposition de ['Evénement, — Gautrelet continue en ces termes :
« Tous les jours, on sort d'un appartement chauiïé à vingt degrés pour aller à un froid de douze ou quinze degrés... »
(Jamais en chemise, Gautrelet, jamais !)
« Ce qui fait, poursuit le docteur, avec une logique qu'on n'était pas en droit d'attendre de lui, ce qui fait Irente-deux à trente-cinq degrés de différence, sans inconvénient. Voyez ce qui se passe quand on prend des douches, et les douches ne font pas mal. »
Non seulement les douches ne font pas mal, mais je crois fermement qu'elles feraient le plus grand bien •au susdit Gautrelet.
Je ne sais si j'habiterai jamais Dijon, dont j'estime la moutarde, mais ce que je sais bien, c'est que M. Gautrelet n'aura pas ma pratique.
La sœur Saint-Pierre, qui a répondu avec franchise aux questions du président, a été acquittée, et le fameux Bour, bénéficiant des circonstances atténuantes qui lui ont été accordées, n'a été condamné qu'à seize francs d'amende.
Voyons donc quelles peuvent être ces circonstances atténuantes — et quel est le personnage auquel des juges bien indulgents les ont accordées.
A l'appel de son nom, Bour se lève. Il fait une distinction entre ses prénoms» civils » et ses prénoms « religieux ». Face blafarde, exsangue, cheveux
LA FARCE l'OLlTIQUE t> 1
blanc filasse, gardaiU encore une teinte de ce blond terne des petits flamands élevés au biberon de bière.
M. le substitut Party s'est montré à la fois lerme et modéré. 11 a parlé comme doit parler la justice. Il réclame une condamnation et fait connaître les antécédents de cet économe religieux.
Voilà où commence l'épouvante, voilà où est l'horreur: cet homme qu'on a placé dans un établissement catholique, cet individu qu'on a entouré de petits enfants, a élé coniiainné à trois mois de prison, en 1857, par le tribunal de la Seine, pour outrage public à la pudeur !
Il me semble que c'est plus grave que de pisser au lit. Qu'en dites-vous?
Et, pour que le tribunal ait prononcé trois mois de prison, en 1857, contre un individu revêtu du caractère religieux (qu'il déboutonnait cependant quelquefois); pour que, sous l'âge de fer de l'empire, cinq ans après le coup d'État, les juges d'alors en aient usé avec cette sévérité relative, il fallait que le fait fût... typique.
Depuis cette époque, il est vrai, Bour n'a pas élé pincé. Est-il resté pur ? Je veux le croire. Mais, d'un certificat du commissaire de police de Poissy, lu àl'audience, il semble résulter que si, depuis sa condamnation, Bour n'a commis aucun délit du même genre, il a toujours été soupçonné d'un goût contre nature.
Tout s'exphque. « Laissez venir à moi les petits m 4
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enfants, » a dit le divin Sauveur. Et voilà comment le digne économe de l'orphelinat catholique de Dijon a interprété les textes sacrés. Il se mortifiait sur la chair des autres.
Il est possible que la condamnation qu'il avait subie ait suffi à conserver à M. Bour la réputation d'avoir ces goûts contre nature dont parle le commissaire de police de Poissy. En tout cas, il les a eus une fois, et ce n'est pas sur une telle recommandation qu'on eût dû placer cet amant malheureux dans un établissement destiné à recevoir des enfants.
Pourquoi n'en pas confier aussi la direction à M. de Germiny et la surveillance au doux Chouard? C'eût été complet. Mais, au fait, ils sont peut-être placés ailleurs. On ne met pas toutes ses figues dans le même panier.