‹ La Farouche aventureChapitre 10 sur 27 · M TT TE · texte numérisé non relu

M TT TE

De la chambre nuptiale ta Quel est celui qui sort ?

C’est Azraël, c’est l’ange de la mort!

Talaba. — SouTrHey.

Accablée par ses précédentes insomnies, Irène, revenue dans sa cabine, céda à un sommeil de plomb. Quand elle se réveilla dans la matinée, elle fut surprise du bruit singulier qui venait du pont. Des pas précipités, des commandements, puis le silence, puis une espèce de litanie répétée par une douzaine de voix dans cette langue qu’elle ne connaissait pas.

Elle se leva vivement, passa son manteau et arriva sur le gaillard d’arrière pour voir un corps, enveloppé dans un sac glisser sur une planche qu’inclinaient deux matelots et plonger dans la mer qui se referma sur lui.

L'équipage rangé autour de ces deux hommes répéta sa litanie, puis sur un commandement de Languéquétrou, qui avait sa casquette à la main, se dispersa en silence.

Irène cherchait Antonio, très impressionnée par cette lugubre cérémonie.

— Ne cherchez plus Antonio, lui dit d’un ton fort triste Languéquétrou, le pauvre jeune homme est mort ! Il lui est arrivé un malheureux accident cette nuit... Pourquoi me regardez-vous comme cela ?.. C’est affreux, évidemment, mais Languéquétrou n’y peut rien {..

— Ne m’approchez pas, vous me faites horreur !..

Et elle recula, s’agrippant derrière elle au bordage pour ne point tomber. Elle était d’une pâleur de cire

aient avec épouvante Je

et ses yeux agrandis considér

i des Patagons. es Ja | ue Qu’imaginez-vous donc ? lui dit celui-ci à voix

et sur le ton le plus lugubre... Le malheureux Les est tombé dans la cale par l’écoutille qui était ouverte et qui aurait dû être fermée !.. Il s’est brisé

la colonne vertébrale [.. je le déplore au moins autant.

que vous! Il m'était très utile et jusqu'au jour de votre arrivée ici très dévoué !.. j'avais eu l'occasion de lui rendre un gros service dans un moment critique et il faisait tout pour m'être agréable. Et puis brusquement il a changé... j'ai bien vu qu’il était devenu amoureux de vous !.. Qui ne le deviendrait pas ?... Alors il n’a plus su ce qu’il faisait ?... Son service en souffrait. Cette nuit encore il l’a négligé pour vous entretenir de je ne sais quoi pendant plus d’une heure... Ne le niez pas, je le sais!... Je sais tout ! L’on me dit tout! Il est sorti de cette... conversation tel un homme ivre. Pendant que vous étiez rentrée et que vous dormiez, il errait autour de votre cabine comme une ombre... Il s’est glissé ensuite sur le gaillard d’avant et a poussé lui-même le panneau de l’écoutille, sans faire le moindre bruit, ce qui n’était pas facile, du reste... Qu’allait-il chercher là-dedans ?... Quelque provision ?... Quelque caisse ?... Quelque objet qu’il y avait caché ?.… S'il avait besoin de quelque chose, il n'avait qu’à me le demander... je ne lui ai jamais rien refusé! Il a tâté du pied l'échelle de cale, il a dû la manquer. faire un faux mouvement... et il est allé se tuer, là en bas! Voilà 1... Languéquétrou vous a tout dit !

Elle ne lui répondit pas. Elle rassembla ses forces pour le quitter, ne plus le voir, ne plus l’entendre. É y avait de tout dans cet homme qu’elle avait devant * une infernale astuce, de l'hypocrisie, une apparente naïveté, une intelligence aiguë... ‘et du crime !… Il l’arrêta :

ass Pardon ! me Croyez-vous ?.… de à râla-t-elle… lâchez-moi ! s a, mais elle ne put s'enfuir si vite qu’elle

ce ces paroles prononcées sur un ton assez sé

— Je ne suis pas responsable de sa mort, moi !.…

Cette dernière phrase devait la poursuivre longtemps. C'était en effet par elle qu’Antonio était mort ! mais l'assassin ?.. L’assassin |... Et elle était au pouvoir de cet homme !.. Était-elle si coupable d’avoir essayé de lui échapper même au prix d’un baiser ?.…

Elle se jeta sur sa couchette et, la tête enfouie dans l’oreiller, elle pleura... elle pleura !.….

Car elle savait bien que si Antonio avait pu penser que pour risquer une pareille affaire, où il y allait de sa sécurité, et aussi d’une trahison envers un homme qui lui avait rendu un immense -service, il n’obtiendrait d’Irène rien d’autre qu’un baiser, si Antonio avait pu prévoir cela, il aurait certainement trouvé que c'était payer un peu trop cher sa dangereuse aventure !... mais quoi ? Qu’aurait fait une autre à sa place ? Elle aurait été moins vertueuse ? Elle aurait promis davantage! Elle se serait donnée toute ? Est-ce qu’Antonio aurait échappé par ce fait à la vengeance de Languéquétrou Aie Le malheureux n’en serait pas moins mort !..

Cette dernière réflexion sécha ses larmes

\ LE SERTAO

Deux heures plus tard, le joli petit navire, longeant au plus près de la côte, entra dans une crique profonde puis s’enfonça dans un labyrinthe d'îles ombragées par des lataniers et des palmes, puis pénétra dans une rivière d’une inappréciable fraîcheur sous un gigantesque berceau de mangliers qui formaient d’étranges enlacements avec leurs lianes et leurs racines. Le courant charriait des fleurs, d’admirables orchidées. Languéquétrou, étendu sur le pont dans un rocking-chair, semblait goûter cette minute suave.

Il ne tournait pas la tête vers Irène qui, à quelques pas de là, le guettait avec une angoisse farouche.

Alors « Cœur sombre » demanda une guitare qu’on lui apporta et il chanta d’une voix profonde et pleine

d’un charme douloureux la plus heureuse des Redondilhas de Camoëns :

Agnella captiva

Que me fee captivo Porque nella vivo...

Jel nao quer que viva Eu nunca virosa…

e tient dans les fers (puisque us que je vive ! Je n’ai jamais aperçu dans un bouquet, une rose qui me charmât davantage, je n'ai jamais aperçu de fleurs dans la campagne, ni d'étoiles dans les cieux, qui puissent rivaliser

ax Cette captive qui ‘m je vis en elle) ne veut pl

d'éclat avec l’objet de mes amours... Elle possède, avec un visage adorable, des yeux doux, sombres et languissants et cependant qui m'’assassinent ; je trouve en elle la fin de tous mes maux ; elle est la captive qui me tient captif elle ne veut plus que je vive, mais puisque je vis en elle, il faut bien que je vive ! »

Quand il eut términé il se leva et passa près d’Irène, sans la regarder mais en prononçant :

— Mon excuse est dans ces vers ! Que la senhora me pardonne |

Et il alla s’enfermer à son tour dans sa cabine.

Irène était de nouveau en proie à des sentiments contradictoires. Ce chant avait fait sur elle une impression assez troublante.… Elle haïssait déjà moins Languéquétrou... Comme elle était loin, avec lui, de la littérature de bibliothèque de M. le secrétaire perpétuel !.…. Un homme qui avait cette voix-là et qui sentait comme lui la poésie de l’auteur des Lusiades, était-il vraiment un méchant homme ? :

Ce qu’il avait dit de l’accident arrivé à Antonio était, en somme, fort plausible. :

Il ne lui avait même point caché à elle qu’il s'était aperçu de l’amour d’Antonio. Mais il n’en avait rien dit à Antonio. Il avait l’orgueil d’un prince qui ne saurait s'intéresser aux passions des petites gens et que ces passions ne sauraient atteindre. En ce qui la concernait, il lui avait sans doute fait l’honneur également de la placer si haut qu’elle ne pouvait entendre les soupirs d’un Antonio !... Tout cela ne manquait point d’une certaine allure.

Bref, Irène était étrangement perplexe. Si le seul crime de cet homme était de l'aimer et de lui faire visiter

sa fazenda pour la garder quelques instants de plus près de lui, il n’était pas à maudire, mais à plaindre. . Il l’aimait et elle allait partir !.… -

Tout de même, en dépit de tous ses beaux raisonnements, Irène eût voulu être déjà partie... à

Maintenant c’étaient les paroles d’Antonio qui lui revenaient à l'esprit : « Partez! partez... quittez cet homme le plus tôt possible! Vous savez ce que vous ne

devriez pas savoir ! »

fond, elle ne savait rien !.. Et lui non plus Ses r rien !.. Il le lui avait avoué : « C’est peut-être épouvantable.. ce n’est peut-être rien du tout!»

Quelques demoiselles avaient pris le chemin de la fazenda et Antonio ne les avait jamais revues |... mais puisqu'il ne quittait jamais son bord !.…

Bien d’autres chemins que celui-ci devaient conduire à la fazenda... Ces demoiselles n’étaient pas absolument obligées de revenir sur le bateau d’Antonio !... Il y avait des ports le long de la côte !.…. d’autre part le Paraguay n’était pas si loin ! si loin !... Et depuis quelques années, on ne cessait de construire des chemins de fer qui s’enfonçaient dans la forêt, et dans ce fameux serlao qui n’était peut-être pas si sinistre, après tout !

Ainsi allaient les pensées d’irène, propres à calmer l'angoisse qui lui pesait parce que, justement, la contrée qu’elle traversait était des plus plaisantes. On ne pouvait s’imaginer autrement le paradis terrestre, avec ces arbres géants, ces fleurs, cette lumière, cette atmosphère odorante et le chant des oiseaux... La gent ailée n’était point tenue en cage ici comme dans ies jardins de M. le secrétaire perpétuel !.…

Ah ! si Irène, au lieu de ces oiseaux lumineux, se fût trouvée en face d’un vol de vautours !.. si seulement il avait fait nuit au lieu de faire jour. elle n'aurait pensé qu’à Croquemitaine !... Nous aussi, du reste! En vérité, nous sommes tous des enfants !

Ma Casa stoppa soudain devant une petite plage où se trouvait réuni un peuple d’indigènes qui saluèrent son arrivée par des cris joyeux. Ces hommes étaient à peu près nus et tatoués des pieds à la tête. Ils n’avaient rien cependant de féroce. C’est tout juste si l’on remarquait dans leurs faces de bon accueil une mâchoire un peu proéminente, ce qui, du reste, ne signifie rien, car nous connaissons des messieurs qui sont depuis de longues nn au régime végétarien et qui ont la mâchoire plus déplaisante que celle de certains carnassiers. Enfin nous avons vu les bouches les plus civilisées ne rien laisser autour des os de côtelettes |

Le débarquement d :

avec une DES es malles et ballots divers se fit

Ptitude remarquable, grâce à une glis-

Te à

Page 1