‹ La Farouche aventureChapitre 11 sur 27 · EN UT NN NT · texte numérisé non relu

EN UT NN NT

soire qui établit la communication entre le yacht et le rivage. Les matelots de Ma Casa n’eurent même pas à descendre. Quand l'opération fut terminée, Languéquétrou vint à Irène et lui offrit le bras :

— La senhora ne refusera pas de faire un tour dans ma propriété ?

— Nous sommes donc arrivés ? demanda-t-elle.

— Pas tout à fait, mais cela ne tardera guère.

Elle eut un mouvement d’hésitation. Mais quoi! s’il avait de mauvais desseins, pourrait-elle être en pire danger qu’à bord de ce yacht où il la tenait à son gré

prisonnière ? Tandis qu’à terre, si elle le jugeait néces-

saire, il lui serait beaucoup plus facile de s’enfuir…. ee n’avait-il pas été de cet avis ? Pauvre Antonio !.….

Elle résolut de dissimuler son inquiétude et mit la main sur le bras de Languéquétrou..

Une litière l’attendait ; une admirable litière, tout à fait confortable, avec des coussins de soie brodés d’or au milieu desquels, en d’autres circonstances, elle se serait étendue avec volupté. Quatre porteurs magnifiques, aux torses de bronze, la soulevèrent dès qu’elle y fut assise et établirent solidement tout cet édifice sur leurs épaules. Elle découvrit alors un petit négrillon, haut comme une botte, qui portait un chasse-mouches fait de feuilles de palmier, avec une gravité des plus comiques. Cléopâtre n’eût pas été mieux servie.

Derrière elle, la caravane s’organisait, les porteurs chargeaient les bêtes. Languéquétrou était monté à cheval. Il venait le dernier et paraissait rêver...

On se mit en marche, suivant une piste qui pénétrait dans la forêt.

A hauteur de sa litière, elle eut bientôt remarqué un indigène. Il semblait commander aux autres et avoir reçu l’ordre de veiller sur elle, car il ne la quittait point.

C'était un noble vieillard très décolleté, selon la mode du serlao, mais les cercles et autres figures géométriques que l’on apercevait, distribués en abondance sur sa peau de parchemin, n'étaient pas plus désagréables à voir que les marques des ventouses sur le dos de ces

dames dans les nuits de dancing de notre chère vieille

Re dun avait de belles lignes. L'étrange de cette

physionomie résidait dans l'absence totale de cils et de sourcils. Ne nous étonnons point trop : l’épilation chez nous a déjà commencé son œuvre et nous ne savons où elle s’arrêtera. !

I1 portait haut la tête et, près d’Irène, se renfermait dans un dédaigneux silence. Cependant, jamais elle n'avait senti autant le besoin d’un confident.

Il savait peut-être le portugais. Elle lui adressa un fort joli compliment sur la façon dont il avait organisé la caravane et sur le plaisir qu’elle avait à pénétrer dans ce pays merveilleux.

Il lui répondit qu’il n’était point de ce pays, que son pays était beaucoup plus au nord mais que, chassés depuis des siècles par les blancs, ses ancêtres étaient venus se réfugier dans cette forêt pour vivre la libre vie, la seule qui fût vraiment digne de l’homme tel que Tarou l’a créé !

— Qui est ce Tarou ?

— C’est un Dieu juste mais terrible! Il punira les blancs!

— On ne vous a jamais parlé des bienfaits de la civilisation ? demanda Irène.

— Je connais encore ce mot-là, proféra-t-il amèrement... vos piayes.…..

— Qui sont les « piayes » ?

— Vos prêtres, vos sorciers me l’ont répété vingt fois Par Jour... mais les actions des « civilisés » démentent leurs beaux discours ! Faites-vous de beaux discours, Vous aussi, senhora ?

— Non ! déclara nettement Î Ï i un ep du nn. vieillard. pra

7 € Silence Vaut mieux que le mensonge ! lui dit-il EE ne de compliment. Je n’autais Me voulu vous RS si ee tous les visages pâles, nous dire que ee p : umanité que l’on nous arrache l'héritage de

anc tres. et nos territoires de chasse |...

Un sourd ricanement sortit de sa poitrine.

— La civilisation ! Je l'ai rencontrée plus d’une fois

sur mon chemin!... Les visages pâles la portent aux canons de leurs fusils !

— De quelle tribu êtes-vous ? demanda Irène qui regrettait maintenant cette conversation.

— De la plus illustre! Nous sommes peut-être ici tout ce qui reste encore au Brésil des « Botocudos »!

— Les « Botocudos »! s’écria Irène, mais j’en ai entendu parler comme d’une tribu anthropophage!

— Qu'est-ce, anthropophage ? demanda le noble vieillard.

— Ceux qui mangent leurs prisonniers, des hommes qui se nourrissent de chair humaine !

— Bien ! bien! fit l’autre... je ne connaissais pas ce mot-là, mais nous sommes Les derniers anthropophages !..

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