SYLVIE
— Vous dites ?
— Je ne le répéterai pas ! déclara Irène, le rouge de la honte au front.
— Que madame m'excuse ! mais je ne comprends pas! — Vous comprendrez peut-être, Sylvie, lorsque vous saurez que cet imbécile veut se suicider |... 4
— Se suicider 2... En vérité, il veut se suicider ?.… Veut-il réellement se suicider, madame ?..
Une animation singulière semblait s’être emparée dela soubrette.
— Eh! qu’il se suicide ! déclara rageusement Irène. et qu’on n’en parle plus !.…
— Oh! madame !... mais comment cette vieille dame | austère a-t-elle osé 72... ;
— Eh! qui connaîtra jamais l’âme des dévotes 2. Pour elles, une artiste, si grande soit-elle, ça ne compte pas !... Ça n’existe pas !... c’est toujours quelque cho& | à quoi l’on refuse la sépulture.
Doña Maria a besoin de ce quelque chose pour sauver son maril... Elle ne comprend point que cette chose puisse se refuser !... cela lui paraît impossible !.… Une comédienne, songez donc! ça lui coûte si peu! mai c'est son métier l... son infâme métier! . Cette pensée Pete que j’expose sans artifices et en lui donnañt. dire See 2 besoin pour apparaître dans toute müler use né ona Maria n’a pas eu besoin de la fo”.
ement pour me faire entendre qu’elle ne
me demandait là qu’un sacrifice fort ordinaire à une personne de mon état |
— Mais madame ne lui a donc pas dit qu’elle était mariée ?
— Si! je lui ai dit cela, qu’elle a accueilli avec un sourire effrayant !... Je lui ai même dit que j'étais mariée à l’église et que ce qu’elle me demandait là était contraire aux lois de l’Église et aux commandements de Dieu 1... Si vous croyez qu’elle s’est tenue pour battue! Ah!
Sylvie, vous ne connaissez point ces gens-là !
— Si, madame, je les connais !... fit Sylvie en rougissant à son tour ; j’ai connu, dans ma jeunesse, un séminariste, qui m’étonnait toujours par la subtilité de ses raisonnements…
- Eh bien, alors !... vous devez savoir qu’ils ont réponse à .out. Dofña Maria, en même temps qu’elle venait me faire son étrange proposition, m’apportait par écrit l’absolution de Monseigneur de Rio !
— C'est ce document que vous lui avez jeté à la tête {…
— Avant de la jeter à la porte, oui, Sylvie !
— Ce n’est donc pas une comédie que cette histoire de suicide ? demanda Sylvie.
— ]1 paraît que non, hélas !.. Voilà trois jours que ce fou refuse toute nourriture.
Alors Sylvie se redressa et, à la grande stupéfaction de sa maîtresse, prononça dans une exaltation incompréhensible pour ceux qui l’approchaient chaque jour :
— Enfin, voici une aventure [.. une véritable aventure |.
Et voici, peut-être, le moment de donner un contour un peu plus précis à ce personnage que la rapidité des événements ne nous a fait qu'apercevoir.
Mie Syivie Vernot était loin d’être laide, mais son visage d’une pâleur ivoirine et qui s’encadrait de cheveux d’un blond éteint, lissés sur les tempes à la vierge, avait quelque chose d’effacé comme un vieux pastel qui achève de se volatiliser. Ses lèvres étaient exsangues, ses yeux vert pâle n’animaient que rarement cette We qui, à première vue, paraissait insignifiante. Elle es un corps préraphaélique, qui glissait en silence LR e tapis de l’antichambre et qui frôlait les murs
une ombre de nonnain sous les galeries d’un cloître. Son service, d’une correction à toute épreuve, enchantait Irène qui disait d’elle : « Cette fille est parfaite et elle m'aime ».
Oui, Sylvie était dévouée naissait point Sylvie. Personne ne la connaissait. Sous cette diaphane enveloppe bouillait une imagination qui tout à coup, et sans que l’on sût pourquoi, la faisait rouge comme pivoine. Sous ses airs de modestie et d’indifférence, elle était extraordinairement curieuse: Ce n’était point un pur esprit. Elle avait eu deux aventures dont la dernière l’avait ramenée à la chasteté,
à Irène, mais Irène ne con:
à cause de l’excès même de sa passion. Son premier
amant, qui était d'église, l’avait quittée, déchirée par de pieux remords. Le second, qui tenait les premiers rôles
dans une troupe de province, avait rendu le dernier sOu-
pir dans ses bras parce qu’elle l’aimait trop. Il est juste de dire qu’il était phtisique. C’est à peu près à cette époque qu’elle eut l’occasion, qu’elle cherchait depuis quelque temps, de pénétrer chez Irène. Elle était dénuée
de tout, mais d’une tenue irréprochable. Elle plut à.
Irène qui la prit à son service et à qui elle avait raconté que son père l’avait chassée de chez elle parce qu’elle avait refusé de se marier avec un jeune homme qu’elle n'aimait pas.
ee avait reçu une excellente instruction dans le chef Fr Es ps où son père avait fait une petite fortune énisterie. M. Vernot, qui tenait magasin dans
la grand’rue, était un bourgeois estimé et craint. Il fai-
pa ps sers municipal. Il avait des opinions.
en tout. Il n’était pas moins intransigeant que
d L, 4 . ofa Maria dans son genre. Il l'était davantage. C'était
un libre-penseur redoutable, mais il ne détestait ps.
u à “el med “paid la haine de tout ce qui est «en les artistes a. » ; par là, il entendait les journalistes, Mme Vernot S comédiens et autres vagues humanités. n'y Détiétra jan: était mariée pour aller au théâtre imagination déb ais. C’est d’elle que Sylvie tenait son mari pour lire ordante. Mme Vernot se cachait de so! ment illustré ces journaux hebdomadaires grossière-
> Qui foisonnaient alors et qui reprodui
saient les chefs-d’œuvre de Paul Féval, d'Eugène Sué, d'Alexandre Dumas père et d’Ernest Capendu. Lagardère et Bamboula troublèrent ses nuits, comme ils devaient, dès l’âge de quinze ans, empêcher de dormir sa fille, laquelle, pour lire ses romans, se cachait de sa mère, comme la mère se cachait du père.
Le père Vernot, au fond, ne comprenait point qu'il y eût d'autre bonheur au monde que celui d’enfoncer des clous à tête de cuivre dans une étoffe bien tendue sur un mobilier tout neuf. C'était, comme on dit, un empêcheur de s’amuser en rond. Il devait être bien puni. Ennemi des prêtres et des artistes, il eut un jour la douleur d'apprendre que sa fille, la pure Sylvie, après s’être longtemps laissé conter fleurette par un élève du grand séminaire, avait fini par s’enfuir avec un cabotin de passage. Il la maudit et ne la revit plus. Sur quoi la mère Vernot rendit l’âme. Le père Vernot découvrit alors, sous la paillasse de la défunte, la collection du Voleur et les Mémoires de Casanova. C’était le dernier coup sous lequel sombra cette belle intelligence. Ce n’est plus maintenant qu’un doux vieillard que l’on surveille et qui achève sa triste vie en enfonçant des clous dans tous les panneaux de son appartement. Puisse cette histoire servir de leçon à tous les chefs de famille qui ne savent pas allier les devoirs domestiques aux agréments de la vie.
— Enfin, voici une aventure, une véritable aventure |. s'était écriée Sylvie.
Jusqu’à ce jour la docile soubrette avait si bien compati aux ennuis passagers de sa maîtresse que celle-ci ne pouvait comprendre comment une fille qui lui paraissait si dévouée — et qui l'était en effet — accueillait avec transport un événement qui avait fait couler ses larmes. Aussi la regardait-elle comme on regarde un objet nouveau dont on ignore tout : la provenance, l'usage et la destination. C’était une Sylvie inconnue qu’elle avait devant elle. Elle essuya une dernière larme, trouvant inutile de faire plus longtemps étalage d'une douleur qui n’était point partagée.
— Ma parole! fit-elle d’un ton un peu Sec et non
LA FAROUCHE AVENTUEE. 3
exempt d’amertume, on dirait, Sylvie, que vous êtes heureuse de ce qui m'arrive |!
— Oui, madame! car enfin, il vous arrive quelque chose !.. J'aime les aventures, moi, madarne ! En dehors de mon dévouement pour vous; vous ne connaissez rien de moi! Je suis venue à vous comme à une idole LT mais aussi avec l'espérance d'assister de près à une vie d'artiste qui doit être faite de traverses inimaginables où l'amour, la haine, l'intrigue, le désespoir et la mort ont une part qui n’est point celle du vulgaire. J'ai lu la vie des reines de la rampe. Il se passe dans la coulisse des choses qui laissent loin derrière elles celles de la scène | Je me disais : « Sois heureuse, Sylvie | ce n’est pas chez une reine que tu entres, c’est chez une impératricel Qu'est-ce qu’il t’attend 1. » Eh bien, madame, il ne m’attendait rien du tout !... Certes ! votre personnalité, votre beauté et pour tout dire votre gloire dépassaient mon espérance, mais pour le reste, j'ai été bien voléel.. es se passait en paroles, en bouquets, en vaines ga- PIRATES ao mariage est arrivé là-dessus, qui m'a
çue !.…. M. Octave, que vous avez épousé en quelaies sorte malgré lui, tant il redoutait les surprises d’un on : d re a été vite rassuré et il vous a laissée Le nt ee une tranquillité d'âme qui joués nar-duss mess Es Vos amants ? Vous les avez SéGI us la jambe et ils n’ont jamais franchi le
: e votre chambre !... Vous ignorez ce que c'est qu’un amant ! -
me Me le savez, vous, Sylvie ?
ES sr ae mais je prie madame de me laisser lui laisser ignorer pl d'agMiraton-pour BARS dans le fond de ie longtemps ce que pense d'elle, vantes !.. Vos amants f De, la plus humble de ses ST soupirer quand vous sous à at qe qui n’avaient même ont éclariez lasse d’hommages nous manquait plus, en t entamé votre vertu! Il ne flammer le cœur de ce ouchant ce sol embrasé, que d'en” le jugeai pas plus AT Reise homme à lunettes ! Je ne
idicule que les autres ! Il eut bien
l’audace de pénétrer que vous n’y étiez eue es couche mais encore
LA FAROUCHE AVENTURE s3 Tout cela ne valait pas la peine de s’y arrêter et je me disais : « Décidément l'Amérique ne nous réussira pas plus que l’Europe ! » Mais voilà quelque chose de nouveau ! Cet homme auquel vous avez touché la main veut mourir pour vous !... Il a commencé la grève de la faim !.. c’est admirable !... Il n’est plus ridicule !... Il est sublime !... Voilà, madame, ce que j'avais à vous dire. Et si jai osé vous le dire, c’est que je sais que vous êtes bonne autant que belle et que vous me pardonnerez | Toute tremblante encore de son audace, elle retomba aux pieds de sa maîtresse que cette « sortie » avait complètement « achevée ». Décidément la journée était comlète !
à — Et parce que je suis bonne autant que belle ! s’écria Irène dans un dernier sursaut de tout son être révolté, faudra-t-il, Sylvie, que je cède aux désirs de M. le secrétaire perpétuel ? } Sylvie cacha son front dans les genoux de Célimène et ne répondit point !.…
LE MoiNE
La journée du lendemain fut atroce pour Irène. Dès le matin, sans en avoir reçu l'ordre, Sylvie était allée aux nouvelles. Le bruit commençait à se répandre en ville du triste état dans lequel était soudain tombé don Manoël de Carangola. Il avait eu l’imprudence de confier à quelques intimes l’excès de son admiration pour la belle comédienne et l’on ne se gênait point pour accuser la coquetterie d’Irène d’avoir préparé une catastrophe qui allait mettre tout le Brésil en deuil.
Des amis étaient venus joindre leurs efforts à ceux de dofa Maria et de ses filles, mais, plus farouche que jamais dans sa résolution, M. le secrétaire perpétuel repoussait avec une force surprenante dans un Coïps déjà débile le bol de bouillon que sa famille lui avait préparé dans les pleurs.
Des prières étaient dites dans toutes les paroisses € ne cessaient point dans les communautés auxquelles in plus particulièrement la charité de dofa
aria.
Sylvie semblait se complaire à amplifier encore l'im- Rene de l’événement dans les récré cruels qu'elle
aisa nr de l’émoi de la cité.
Fe Les aussi folle que lui ! lui jetait la comédienne Dée Rare prête à la détester.… Je me suis bien trom-
LE MES Sylvie! vous ne m'avez jamais aimée!
pas ce que 2° pas aimer madame ?.. madame ne sait
Iue je suis capable de faire pour madame...
— Ne me parlez plus de cet homme !..
que je vous demande 1...
— Bien, madame! Je ne parlerai plus à madame de cet homme qui va mourir pour elle !.… — Vous voulez donc me tuer ?
— Non, madame ! C’est lui qui se tuera.…. mais que la volonté de madame soit faite !
— Sylvie ! Sylvie ! vous ne voyez donc pas que je suis à bout !
— Pas autant que lui, madame ! On raconte partout qu’il n’en a plus pour vingt-quatre heures !.….
— Eh ! mon Dieu !... qu’on le fasse manger de force !.…
— Il le faudra bien, madame !... Mais un homme qui a résolu de se tuer pour madame ne sera point à bout d’inventions pour si peu !... Il y a bien des façons de se tuer... D'abord, le poison. Et puis on peut toujours se jeter par la fenêtre !....
Irène s’enferma dans sa chambre dont elle fit claquer la porte et d’où elle ne sortit que pour la représentation du soir. On jouait l’Aventurière.
Dans sa loge, elle trouva son impresario, M. Hauptmann, un homme qui ne connaissait que son « business », un organisateur de tournées mondiales que précédait toujours une publicité à outrance. Il se frottait les mains.
— On a assiégé le contrôle toute la journée ! Maintenant * on se bat aux portes ! La recette dépasse toutes mes
espérances ! ;
La salle était comble en effet et l’une des plus brillantes que l’on pût imaginer. Seules, les loges du gouvernement étaient vides. Et la représentation fut de glace. Pas une manifestation. La haute société de Rio était trop bien policée pour exprimer autrement que par un silence méprisant son ressentiment à l'égard d’une artiste qu’elle acclamaïit la veille, mais qui, Par le En lège d’une trop facile coquetterie, avait-apporté le deu dans une illustre famille.
Elles étaient toutes là
Ces mères et ces sœurs, pour nous RErIEns ee, Dont nous ne savons rien !
. c’est tout ce
exprime Clorinde dans la pièce d'Émile Augier. Le plus
Ï de l’histoire était qu | dames pouvaient reprocher à ! « Aventurière », elles tenaient rigueur à Irène de sa trop grande vertu. Irène ne faisait pas le siège d'une famille, c'était cette famille een couronnée d’un tel accueil finit de
Une telle injustice Étenoerer Irène de Troie. Pour la première fois de sa
carrière, elle fut franchement mauvaise; et elle s’en rendit compte.
Personne ne vint la saluer dans sa loge. |
En quittant le théâtre, elle rencontra Hauptmann qui feignit de ne pas la voir et lui tourna le dos.
Elle rentra chez elle, accablée, les tempes battantes. Dans le trajet, elle ne dit pas un mot à Sylvie qui, de son côté, resta muette. Elle ne toucha point à son souper. Elle pensait qu’elle en avait encore pour huit jours de ce supplice. Elle eût voulu être depuis longtemps à Montevideo ! à Buenos-Ayres !... Elle pensait aussi que l’ « imbécile » serait peut-être mort avant ces huit jours-là. I1 en était bien capable ! Ça allait être gai de continuer la tournée avec ce cadavre dans le dos !.….
Sylvie entra sur ces entrefaites et la trouva arrachant ses dentelles. La femme de chambre ne parut point s’en émouvoir :
— Madame, lui dit-elle, il y a là un moine qui demande à voir madame. 4
— Un moine!... qu'est-ce qu’un moine peut bien me vouloir ! et pourquoi se présente-t-il à cette heure-ci ?
— J'imagine, madame, qu’il a choisi cette heure-ci pour que sa démarche restât secrète ?
— Mais de quelle démarche s’agit-il ?
— Il ne me l’a point dit, madame! mais ce saint homme a peut-être assisté aux derniers moments de don Manoël !….
— Carangola est mort ! s’écri :
ses dentelles. cria Irène plus pâle que
— Madame, on le dit à toute extrémité...
— Je vais recevoir ce moi i i | oine ! Sylvie ! faites-le entrer dans le salon ! ÿ à
Elle n’était point remise de i son ém présenta devant le moîne. otion quand elle se
à l'encontre de ce que ces
Si Carangola était mort de faim, le sai paraissait encore bien loin d’un si SE CU, da te de bure, qui retombaiït sur ses pieds nus dans dis sanules, la corde qui ceignait ses reins, emprisonnaient difficilement une ventripotence qui n’était point sans majesté Il y a bien des façons d’être gros. Il y a celle du tr latre qui répugne, mais un gros ventre surmonté d’un noble chef, siège d’une santé intellectuelle bien nourrie et qui à puisé dans un sang généreux les éléments divins de la bonté, de la tolérance et de l’amour du prochain ce gros ventre ne saurait être méprisable s’il est porté avec dignité et noblesse. Il y a des gros ventres qui font rite. Il y en a d’autres qui en imposent. Notre moine était imposant.
— Jlloustrissima senhora ! fit-il en inclinant son chef tonsuré et en faisant tourner les pouces de ses deux mains qu’il avait croisées sur son nombril, excusez-moi de ne déranger. Je suis le confesseur de Dofña Maria !..
= Mon Père ! s’écria Irène, fort désemparée, on vient de me dire que don Manoël est à toute extrémité...
— Senhora, rassurez-vous ; il n’est pas encore mort, mais il est bien faible, le pauvre signor... Depuis hier, il n’a pas dit un mot, même à son perroquet favori, et c'est mauvais signe, senhora...
== Croyez bien, mon Père, que je suis désespérée de ce qui arrive, mais en vérité pouvais-je prévoir une chose pareille ?..
Sur sa prière, le moine s’assit non loin d’elle et, la fixant d’un regard attendri et plein d’admiration :
— Quand on est belle comme vous, senhora, il faut tout craindre de la folie des hommes.
Et il ajouta avec un bon sourire :
= Je crains que la bellissima senhora ne se soit montrée un peu trop aimable avec Son Excellence !... L’illustre senhor, pour expliquer l’état dans lequel je l'ai trouvé, m’a raconté une certaine promenade au Paseo Publico…
= Encore cette promenade ! s’écria Irène... mais
je vous assure, mon Père... “E - Éh! eh ! senhora ! fit le moine en clignant de l'œil
| et en souriant de toute Sa face malicieuse et béate, je
connais certain
taines petites choses !
__ Ce buste n’a rien vu du tout, mon Père !.…..
__ Je ne vous demande rien, mon enfant !.…. Mon Dieu ! si vous avez été un peu coquette !.…
__ Et quand bien même j'aurais été coquette LL serait-ce une raison pour m’accabler sous cette affreuse histoire qui met toute une ville contre moi; qui ma fait accueillir au Théâtre Municipal comme une inconnue ou comme une débutante ; qui trouble ma mission d'Art et de Beauté dans PAmérique latine; qui me rendra ridicule en Europe et qui finira par me tuer, moi aussi! Car enfin que me reproche-t-on 9... D'être restée une honnête femmel... Voilà mon crime! Et quand je pense que c’est l'épouse même de ce malheureux fou qui est venue m'apporter l’absolution du péché que l’on exige de moil... Quand je pense que c’est son
buste de Gonsalvez Diaz qui a vu cer- .
confesseur qui lui a conseillé cette démarche, c’est-à-dire .
vous, mon Père! et que c’est Monseigneur de Rio qui a signé un pareil document !.….
-—- Permettez-moi de vous interrompre, mon enfant, fit le moine qui était resté aussi calme que sa belle interlocutrice paraissait agitée; ce document était apocryphe !.…
— Mais c’est encore pis ! râla Irène qui ne s'attendait
ose coup, mais c’est horrible, ce que vous EE ere chose de plus horrible encore, senhoral... tale “ "à one avec une solennité toute sacerdorest ee e se servir de ce corps divin dont le Seitelle, : NE magnificence, a revêtu votre âme immoret As Se un pauvre homme sans défense pour avoir A pour le plier à vos moindres caprices, sions; petits ui les complaisances, assiduités, soumisact HE soins et empressements dont les femmes Leur vertu re ï : un triomphe qui ne leur a rien coûté! elles, quelqu’ #4 acte. que leur importe si, derrière tout à Dhecet agonise !.. Vous parliez de dofa Maria, mander une chose La malheureuse est venue vous de-
chose dont elle serait morte ! Elle le savait !
Et elle est venue tout de même !... Non ! je ne lui ai pas conseillé cette démarche, mais quand elle m’a demandé si je la condamnais, je lui ai simplement répondu, ébloui par l’immensité du sacrifice : « Allez ! et que Dieu soit avec vous ! ».. Et vous, senhora, à qui le théâtre devrait avoir appris tous les héroïsmes, vous ne l’avez pas comprise ! Vous l’avez trouvée grotesque ! Elle est sublime !.…
— Mon Père, fit Irène, toute frémissante de l'effort qu’elle venait de faire pour échapper à l’emprise d’une éloquence mystique pleine de l’astuce la plus raffinée, mon Père, vous parlez comme ma femme de chambre !.…. Je veux dire que vous vous rencontrez pour m'’abattre ! seulement, elle, ce n’était pas dofa Maria qu’elle trouvait sublime, c'était son mari... Je vous poserai donc la même question que je lui ai adressée et à laquelle, du reste, elle n’a pas répondu... Pour sauver don Manoël, dois-je condescendre à ses désirs ?
Le moine secoua la tête fort tristement.
— La question ne se pose plus, gémit-il.. Le pauvre homme est si bas! Aussi n’ai-je vu aucun inconvénient à me déranger moi-même pour vous dire : Senhora ! Vous pouvez venir sans danger au chevet de M. le secrétaire perpétuel! Cette nourriture qu’il refuse de tous, il l'accueillera certainement de votre main! Serait-ce trop vous demander, en vérité, que de tendre à ce malheureux le bol de bouillon qui lui rendra la vie ?..
— Que ne le disiez-vous tout de suite, mon Père! fit Irène en se levant et en jetant un manteau sur ses épaules. Seulement vous ne me quitterez pas |...
Je vous le promets, senhora !...
Ah ! que si de vos mains je rattrape mon cœur, Je bénirai le ciel de ce rare bonheur !