‹ La fascination de GulfiChapitre 25 sur 103 · OUVRAGES DE SNORRI · texte numérisé non relu

OUVRAGES DE SNORRI

ment à un traité du Langage poétique (norr. Skaldskaparmâl)^ (ians lequel le dieu de la Poésie , Bragi, devait énumérer et expliquer les termes et locutions usités par les Skaldes. Snorri n'a pas achevé cet ouvrage; il n'a laissé, outre le Bragarœdur ou l'Encadrement formant y introduction au traité , qu'un certain nombre de paragraphes du Skaldskaparmâl, auxquels on a fait, aux quinzième et seizième siècles, d'assez nombreuses interpolations; 2" deux poëmes en l'honneur du roi Hakon et du duc Skuli, et dont chacune des strophes, en tout au nombre de iOi2,est composée dans un mode de versification différent , de sorte que ces deux poëmes forment , comme on les a intitulés plus tard, une Enumération des Modes (norr. Hâtta-tâl) ou une Clef des Modes (norr. Hâtta-lykill).

% 16. Snorri est l'auteur de La Fascination de Gulfi. — Avant d'examiner de plus près le traité de Snorri, la question préalable qui se présente tout d'abord, et qui devra être résolue péremptoirement , est celle de savoir si SnonH est réellement ï auteur de cet ouvrage, qui lui est attribué par la tradition. Dans l'Antiquité, en Orient, et au Moyen âge, les auteurs n'ont eu soin qu'exceptionnellement , d'ajouter leur nom à leurs écrits. Aussi , les manuscrits de La Fascination de Gulfi ne portent-ils pas le nom de Snorri. Mais ce nom s'y trouverait, que la Critique serait toujours appelée à examiner ce titre d'authenticité, basé sur la tradition vulgaire. C'est pourquoi nous avons à peser les témoignages positifs qui viennent confirmer cet énoncé de la tradition orale ou écrite. Ces témoignages sont de deux espèces : ce sont , 1° des témoignages extrinsèques fournis par des livres composés en Islande , dans le quatorzième et le quinzième siècle ; ce sont , 2° des témoignages intrinsèques ou des raisons de probabilité tirées du fond et de la forme du traité de La Fascination de Gulfi. Le plus ancien témoignage écrit que nous ayons sur l'auteur de ce traité, se trouve dans les quelques mots inscrits en tète du manuscrit d'Upsal, qui date du commencement du quatorzième siècle, et qui a été apporté d'Islande en Suède, et donné à l'université d'Upsal par le comte de La Gardie, chancelier de Suède. Voici ces mots: «Ce livre est appelé Edda; Snorri, fi,ls de « Sturla , l'a composé de la manière dont il est rédigé ici , traitant <kdes Ases et d'Ymir, ensuite de l'Elocution poétique et des noms (( des différents objets , enfin , de la série des modes que Snorri a (( composés sur le roi Hakon et le duc Skuli.>> Ces paroles énoncent

qifà l'époque de laquelle date le manuscrit d'Upsal, savoir au commencement du quatorzième siècle, il existait un livre intitulé Edda, renfermant trois espèces d'écrits , tous attribués à Snorrl : savoir , d'abord, un écrit mythologique ; ensuite , un traité d'élocution poétique, qui est l'ouvrage intitulé Langage poétique (norr. Skaldskaparmdl ) ou Entretiens de Bragi (norr. Braga-rœdur) ; enfin , un traité de versification, c'est-à-dire les Poëmes intitulés Clef des Modes (norr. Hâtta-lyTcill). La partie mythologique ^ qui seule nous intéresse ici, se composait,- déjà à cette époque, comme le prouve le manuscrit lui-même , d'une Préface (norr. Formâli), faussement attribuée à Snorri, et ensuite d'un traité, qui ne peut être autre que celui de La Fascination de Gulfi. L'auteur du manuscrit d'Upsal connaissait ce titre, puisque, dans ce manuscrit, ce traité porte en tête ces mots: «Ici commence La Fascination de Gulfi. y> En tête de son manuscrit, l'auteur a mis, pour désigner le traité, le titre plus général Des Ases et d'Ymir, parée qu'il voulait désigner, d'une manière générale, la partie mythologique de son manuscrit, et que la désignation employée convenait bien dans ce but. Il résulte donc de ce témoignage, qu'au commencement du quatorzième siècle, un clerc islandais a attribué positivement à Snorri le traité de La Fascination de Gulfi , qu'il a désigné sous le titre général de : Des Ases et d'Ymir.

A ce témoignage extrinsèque , le plus ancien que nous ayons et qui nous dispense d'en citer de postérieurs , viennent se joindre plusieurs témoignages intrinsèques.

1" Il est hors de doute que parmi les sagas dont se compose le Heims-Kringla , la première dans la série, savoir VYnglinga saga, est certainement de la composition de Snorri. Or, il y a certains détails particuliers qui sont rapportés, presque dans les mêmes termes, et dans VYnglinga saga et dans La Fascination de Gulfi, et qui font par conséquent supposer, avec une grande probabilité, que ces deux ouvrages ont eu le même auteur. Ainsi, par exemple, dans La Fascination de Gulfi, lorsqu'il est question de Freyia (voy. N° 24), il est dit: «D'après son nom, c'est un nom honorifique pour les «femmes de qualité d'être appelées dames (norr. freyior)^, et dans VYnglinga saga (chap. XII), il est dit: «Elle (Freyia) devint si «illustre que, d'après son nom, les femmes de qualité sont appelées « maintenant dames.'t>

â*» D'après une idée particulière à Snoni (voy. p. 44), les Ases du Nord proviennent d'ancêtres , qui ont habité ce qu'il appelle VAncien Enclos des Ases (norr. hinn forn Asgardr). Cette même idée et cette expression se retrouvent également dans La Fascination de Gulfi.

3" Dsins VYugliiiga saga , il est dit, à propos de Odr et de Freyia: ((Leurs filles sont nommées Joyau (norr. Hnoss) et Bijou (norr. « Gersemi)\ elles étaient très-belles; par leurs noms on désigne les ((joyaux les plus précieux», et dans La Fascination de Gulfi, il est dit: ((Leur fille s'appelle Joyau; elle est si belle, que par son nom « on désigne ce qui est brillant et précieux.»

4° La tradition mythologique sur l'origine de l'île de Se'eland se trouve racontée , d'une manière tout à fait semblable , dans La Fascination de Gulfi, et dans l' Ynglinga saga.

5" Dans V Ynglinga saga, Snorri a l'habitude de citer les poésies des Skaldes comme documents à l'appui des faits qu'il raconte, et même comme sources uniques où il a puisé la connaissance de ces faits. Le même système est suivi dans La Fascination de Gulfi,, où les anciens chants mythologiques sont également cités comme documents et comme sources des récits de la Mythologie.

6° Ajoutons que l'on trouve, dans l'un et dans l'autre ouvrage, le même art de se ménager des transitions d'un sujet à l'autre , et les mêmes qualités de style, qui distinguent Snorri comme narrateur.

7° Disons, en terminant, que, ne trouvant absolument aucune raison qui nous fasse croire que La Fascination de Gulfi ne soit pas de la composition de Snorri , et ayant de plus des raisons suffisantes de croire le contraire, nous conclurons, de l'ensemble des témoignages cités et rapportés , que Snorri est réellement , comme l'énonce la tradition , l'auteur de La Fascination de Gulfi.

§ 17. La Fascination de Gulfi composé avant le Heims- Kringla. — Dans l'Antiquité, en Orient, et au Moyen âge, les ouvrages se publiaient par les copies que l'auteur faisait ou laissait prendre de son manuscrit. Ces copies ne s'achevant ordinairement qu'après de longues années, il n'est guère possible de savoir l'époque de la publication d'un ouvrage , c'est-à-dire l'année où la première copie a été commencée et achevée. Tout ce qu'on peut établir au sujet de La Fascination de Gulfi, c'est que ce traité de Mythologie a été composé et achevé avant qlie Snorri ait commencé et achevé la composition du Heims-Kringla. En effet , plusieurs raisons confir-

ment l'opinion que le Traité de Mythologie a été un travail préparatoire pour l'ouvrage historique, et que Snorri a composé le premier ouvrage en Islande, dans son âge mûr, avant 1225, et le second , en grande partie en Norvège, et dans sa vieillesse, après 1234. Car, ce qui prouve que la composition du Traité de Mythologie a précédé celle de l'ouvrage historique, c'est 1° que la théorie evhémériste de Snorri est beaucoup plus développée dans le second travail que dans le premier, et cela , parce que l'auteur avait eu le temps de fortifier et de compléter son système par des études plus étendues. 2" Certains mythes, quoique les mêmes, dans les deux ouvrages , sont plus explicites^ plus développés dans le Heims-Kringla que dans le Oplfa-ginning. Ainsi, par exemple, dans l'ouvrage mythologique, il n'est question que d'une seule fille de Freyia, à savoir de Hnoss; dans l'ouvrage historique, au contraire , figurent deux filles de Freyia, savoir Hnoss et Gersemi. La tradition sur l'origine de l'île de Séeland est aussi racontée , d'une manière plus explicite , dans VYnglinga saga que dans Gylfa-ginning. Or, en fait de connaissances historiques , il est naturel d'admettre que le moins ait précédé le plus; et, par conséquent, nous en conclurons que l'ouvrage mythologique , moins explicite , est antérieur à l'ouvrage historique , qui renferme, sur le même sujet, des données plus nombreuses. 3° L'orthodoxie de Snorri ayant augmenté avec l'âge, cet auteur a, dans son ouvrage historique, une tendance plus marquée de représenter la religion d'Odinn d'une manière défavorable. Dans La Fascination de Gulfi, il est vrai, les Ases sont déjà considérés comme des magiciens et des aventuriers; mais, dans VYnglinga saga, Snorri manifeste le mépris qu'il a pour eux jusque dans les titres qu'il met en tète des chapitres. Ainsi , le chapitre VII porte le titre de : Des Artifices d'Odinn; le chapitre X, celui de: La mort d'Odinn; le chapitre XII, celui de : La Mort de Freyia, etc. Évidemment, Snorri, devenu vieux, n'aimait plus autant, comme dans sa jeunesse , la Poésie et les fictions du Paganisme; et, à mesure que son esprit s'occupait davantage de travaux historiques , il devint plus positif, et perdit, de plus en plus, le goût pour les traditions purement mythologiques, de sorte qu'il est vrai de dire que, s'il n'avait pas déjà composé La Fascination de Gulfi dans son âge mûr, il n'aurait plus senti en lui le besoin ou la volonté de le faire dans sa vieillesse. 4" Une autre preuve de l'antériorité de la composition du Traité

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