‹ La fascination de GulfiChapitre 26 sur 103 · INTÉGRITÉ DU TEXTE · texte numérisé non relu

INTÉGRITÉ DU TEXTE

de Mythologie , c'est que Sïiorri a corrigé^ dans son ouvrage liistorique postérieur, quelques inadvertances qu'il avait commises dans son ouvrage mythologique. Ainsi , 1° dans Gylfa-ginning , il avait dit, contrairement à la tradition mythologique , que Odinn chevaucha à la Fontaine de Mimir, pour consulter ce sage lotne. Dans VYnglinga saga, Snorriy mieux renseigné , dit, conformément à la tradition, que Odinn consulta la Tête de Mimir qu'il avait chez lui. 2° C'est par erreur que Snorri attribue, dans Gylfa-ginning, les vers sur les tuiles dorées de Valhöll, au skalde Thiodolf de Hven ; dans le Heims- Kringla, cette erreur est corrigée, et ces vers sont attribués à qui ils appartiennent effectivement, savoir au skalde Hornktofi (cf. Saga de Haralld harfagr, chap. 49). En fait de connaissances historiques, il est plus naturel d'admettre que l'erreur ait existé avant la vérité, que de supposer le contraire. Il est donc aussi plus que probable que le Gylfa-ginning, où il y a encore plusieurs erreurs , a été composé avant le Heims-Kringla, où plusieurs de ces erreurs se trouvent corrigées. Ajoutons que les inadvertances, qui subsistent dans La Fascination de Gulfi, mais qui ont disparu de l'ouvrage historique, prouvent que Snorri, ou bien n'a plus ptù corriger son Traité de Mythologie, puisque les copies en avaient déjà été prises et répandues, et que la connaissance de la vérité lui est venue trop tard, ou bien qu'il n'a pas voulu\e corriger, parce que, arrivé à un certain âge, il n'avait plus de goût pour les traditions mythologiques (voy. p. 34-). Quoi qu'il en soit , toujours est-il que Snorri n'a pas mis la dernière main à son traité de Mythologie norraine.

§ 18. L'Intégrité du texte du Gylfa-ginning. — Avant l'invention de l'imprimerie, le texte des ouvrages était sujet à de nombreuses altérations. D'abord , comme il n'y avait pas d'édition faite à époque fixe (voy. § 17), l'auteur lui-même changeait quelquefois, par des additions, par des retranchements ou par des corrections, le texte de son manuscrit, pendant qu'on en prenait des copies. Ensuite , comme , de la copie d'un texte, on pouvait faire un usage tout individuel, en y ajoutant des notes, des observations, des faits, ou en y effaçant ce ^ qui déplaisait ou paraissait inutile et inexact, ces changements faits au texte par le copiste ou le propriétaire d'une copie, furent maintenus, quelquefois, par un nouveau copiste, comme appartenant au texte original de l'auteur. Il importe donc toujours d'examiney Voriginalité du texte des ouvrages qui datent

des époques antérieures à l'Imprimerie. Par originalité du texte, nous entendons ici sa conformité avec Y original ou avec le Manuscrit primitif, tel que l'entendait publier l'auteur. \j' originalité implique à la fois l'intégrité et la pureté du texte. Le texte est intègre^ quand on n'y a fait aucun retranchement; et il estpf^r, quand on n'y a fait aucune addition ou interpolation. En examinant, sous ce rapport, XeieyiieàQ La Fascination de Gulfi^{Q\([u'\\ a été publié d'après les manuscrits, par Rask, dans la Snorra-Edda (Stockholm, 1818)', on reconnaît que Snorri a fait une première rédaction du Gylfa-ginning, qu'il a gardée longtemps par devers lui, sans la publier. Mais, dans la suite, il s'est aperçu qu'il avait oublié de parler de certains mythes importants. C'est ainsi, par exemple, qu'il n'avait pas parlé, dans sa première rédaction, ni de l'origine de la Nuit et du Jour, ni de Soi et de Mâni, ni des Loups qui poursuivent Soi eiMâ?ii, ni de lord et de Rindur, ni de Gerdur et de ses fiançailles avec Freyr, etc. Il rédigea donc ces mythes supplémentaires sur des feuilles séparées du Manuscrit original , et sans se soucier de les fondre dans le texte primitif, ce qu'il aurait pu faire sans peine, en ajoutant quelques mots servant de transition ou de liaison entre ce texte et les nouveaux paragraphes ajoutés. Ces paragraphes additionnels, rédigés sur des feuilles séparées, ont été insérés, dans la suite, purement et simplement, dans le texte, soit par ^Sw^m lui-même , agissant avec une certaine nonchalance (voy. p. 34), soit après sa mort, par le premier copiste et éditeur du texte. Ils ont été insérés à l'endroit qui paraissait le plus convenable. C'est ainsi , par exemple , que les paragraphes additionnels, qui portent aujourd'hui les Numéros 18 et 19, et qui traitent du Vent et des Saisons , ont été insérés après le paragraphe 17, traitant du Ciel. Les paragraphes additionnels. Numéros 36 et 37, qui traitent des Valkyries et de Gerdur, ont été insérés après le paragraphe 35, traitant des Asynies. Mais, comme la plupart des paragraphes ajoutés, n'ont été rattachés, à ce qui précède et à ce qui suit, par aucune transition, ni liaison, on est tenté de supposer, à première vue, que ce manque de transition et de liaison provient, soit de lacunes, soit d'interpolations existant dans le texte. C'est ainsi, par exemple, que dans la rédaction primitive, le paragraphe 9 , traitant de l'établissement des Ases dans Asgard , et se

1. Ceci a été écrit, il y a 18 ans; nous avions fait notre traduction sur l'édition de Rask; depuis, nous l'avons revue sur l'édition de CopenHague , 184-8.

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