‹ La fascination de GulfiChapitre 33 sur 103 · LES JOUTES DE SCIENCE · texte numérisé non relu

LES JOUTES DE SCIENCE

faire ce voyage, pour se mesurer, avec ce puissant lolne, dans la Science. Frigg voudrait retenir son mari; car elle connaît, sinon la supériorité intellectuelle, du moins la grande force corporelle de Vafthrûdnir. Mais Odinn persiste dans sa résolution; et, pour tranquilliser son épouse , il lui rappelle , qu'il est toujours resté vainqueur dans ces joutes périlleuses. Frigg ^ voyant qu'elle ne pourra pas détourner Odinn Aq son projet, consente ce qu'il parte ; mais, dans ses adieux, elle trahit son inquiétude , par les vœux qu'elle fait pour le succès et le retour heureux de son mari.

Odinn ^ déguisé en voyageur, et ayant pris le nom de Pourvoit-auvoyage (norr. Gâng-râdr) synonyme de Voyageur^ se présente dans la demeure de Vafthrûdnir ; il se tient debout dans l'allée (norr. golf), et dès qu'il se trouve en face de cet lotne, il lui déclare qu'il est venu exprès pour éprouver son savoir. Vafthrûdnir, étonné qu'un étranger doute de sa science, et vienne le provoquer brusquement dans sa propre demeure , accepte le défi , en déclarant , avec colère , que l'étranger ne sortira plus de chez lui , à moins qu'il n'ait prouvé sa supériorité en sagesse. Odinn, pour apaiser la colère de son hôte, le rappelle aux devoirs de l'hospitalité , en faisant connaître son nom de Pourvoit-au-voyage et sa qualité de voyageur. Vafthrûdnir, fidèle à ces devoirs sacrés , dit à l'étranger de monter sur l'estrade et d'y prendre place. Mais Pourvoit-au-voyage , avant de jouir des avantages de l'hospitalité , voudrait donner une preuve de son mérite et de son savoir, et gagner ainsi, tout d'abord, sinon la bienveillance, du moins l'estime et le respect de son hôte. Car, comme tous les étrangers, sans distinction, avaient droit à une réception hospitalière, les hommes supérieurs , pour ne pas être confondus avec la foule , tenaient à se faire connaître comme hommes de mérite , dès leur entrée dans une maison , et à mériter le respect de leur hôte par la sagesse de leurs discours. C'est pourquoi Pourvoit-au-voyage garde sa place dans l'allée, et, à l'invitation de son hôte, qui l'engage à monter sur l'estrade , il répond qu'un étranger doit avant tout se faire estimer, surtout s'il est pauvre et s'il se trouve chez un homme, qui n'est pas précisément prévenu en sa faveur. Vafthrûdnir, voyant que Pourvoit-au-voyage ne veut jouir des droits de l'hospitalité qu'après avoir prouvé qu'il n'est pas un homme ordinaire , et, se doutant qu'il s'agira d'une lutte de science , lui adresse successivement quatre questions, dont la dernière est la plus difficile, parce qu'elle se rap-

porte aux choses à venir. L'étranger sachant répondre à toutes ces questions, Vafthrûdnir lui témoigne de l'estime, le fait asseoir auprès de lui, et l'engage à commencer le grand assaut â! érudition, auquel il l'a provoqué , et où il y ira de la vie du jouteur vaincu. Comme Pourvoit- au-voy âge a pY'ovoqué cette joute , c'est à lui à interroger son hôte; il lui adresse trois séries de questions, chacune renfermant six demandes, soit en tout dix-huit questions , toutes plus difficiles les unes que les autres; les deux premières séries, ou les douze premières questions, se rapportent à l'origine de différents Êtres mythologiques , ou au passé du Monde; la troisième série, au contraire, soit les six dernières questions, se rapportent à l'avenir ou à la destinée future des Dieux et des hommes et à la fin du Monde. Vafthrûdnir ayant su répondre aux dix-sept premières questions. Pourvoit- au-voy âge lui adresse, enfin, la dix-huitième, à laquelle, comme il en est convaincu , l'Iotne ne saura pas répondre , parce qu'elle se rapporte à un mystère qui n'était connu que d'Odinn et de Baldur. En même temps qu'il propose cette question fatale, Pourvoit-au-voyage sort de son déguisement. L'Iotne intelligent reconnaît Odinn, non-seulement à sa figure , mais aussi à la question qu'il vient de lui adresser; car il n'y avait (\\xOdinn qui pût faire cette question, concernant un mystère dont lui-même était l'auleur et le seul initié vivant. Vafthrûdnir avoue donc qu'il est vaincu ; il déplore son imprudence d'avoir voulu rivaliser avec le plus sage des héros , et il se soumet , avec résignation , à son sort malheureux.

Comme dernier exemple de ces luttes à outrance, nous citerons encore la tradition moitié historique , moitié légendaire, sur la joute poétique qui doit avoir eu lieu, de l'année 1206 -à 1207, dans la résidence des Margraves de Thuringe, au château de Wartbourg, près de Eisenach. Cette joute est célébrée dans deux poèmes fragmentaires, soudés ensemble et connus sous le titre de Guerre des Poêles à la Wartbourg (Der Singerkriec uf Wartburc). La première partie du poème ressemble à un Tournoyetnent y c'est-à-dire à une composition poétique, où plusieurs poëtes-jouteurs prennent, chacun à son tour, la parole pour soutenir, en vers, leur opinion sur une question litigieuse.

Heinrich d' Ofterdingen commence par élever, au-dessus de tous les princes, son Maître, le généreux Léopold, septième duc d'Autriche. Après lui, Walther de la Vogelweide ^ loue, au contraire, le

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