LA FORME DIALOGUÉE
ment ésotérique , et , encore , le Maître ne communiquait-il , directement, ni sans retenue, sa Science, pas même à ses disciples ; il ne la révéla que d'une manière plus ou moins aphoristique , et seulement lorsqu'il était sollicité et provoqué à l'enseignement par les questions, que les disciples lui adressaient en lui indiquant les points qui , seuls , les intéressaient spécialement ou sur lesquels ils désiraient particulièrement avoir des éclaircissements. C'est ainsi que l'alternance des questions du Disciple et des réponses du Maître est devenue la forme didactique la plus ancienne , et celle qui fut employée, soit dans les discussions , soit dans les ouvrages philosophiques et scientifiques , longtemps avant la forme directe ou discursive.
Cette forme dialoguée de l'Enseignement se retrouve jusque dans la Poésie épique et dans l'exposé didactique des anciennes traditions. C'est ainsi que , dans le Mahâhhârata et le Ramâyana, le récit n'est pas supposé se faire directement et d'une manière continue par le poéïe tout seul, comme cela se voit dans l'Iliade et dans l'Odyssée, mais les histoires, dont se composent les épopées hindoues, sont racontées successivement par différents personnages, qui sont censés avoir été invités , par leurs interlocuteurs , à faire ces récits , de sorte que , malgré la longueur des discours ou des récits , ces poëmes ressemblent à un Entretien ou à un long et gigantesque Dialogue. Comme les traditions épiques sont antérieures aux traditions scientifiques, on doit même admettre que la forme dialoguée a existé dans les ouvrages épiques , avant d'avoir été employée dans les ouvrages philosophiques ou scientifiques.
La forme dialoguée se trouve dans la plupart des plus anciens livres philosophiques des Chinois , depuis les Lun-yu (Sentences) de Kkong-fou-tsö (Confucius), jusqu'aux Entretiens de Meng-tso (Mencius). Elle se fait remarquer dans les discours philosophiques, insérés, sous forme d'épisodes , dans le Mahâhhârata, tel que , par exemple, le dialogue, connu sous le nom de Chant du Bienheureux (sansc. Bhagavad-gîtâ), et qui est supposé avoir eu lieu entre Bhagavan et Ardjounas. La forme dialoguée se trouve généralement adoptée dans les Dialogues philosophiques de Platon , d'autant plus qu'elle était exigée à la fois par la méthode socratique et par la méthode dialectique , adoptée par ce philosophe'. Par imitation des dialogues de Platon, cette forme passa également dans les ouvrages philoso-