‹ La fascination de GulfiChapitre 39 sur 103 · DES TITRES D'OUVRAGES · texte numérisé non relu

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sorte , des citations faites par l'auteur, et c'est pourquoi nous avons cru devoir lesguillemeter, comme cela se fait toutes les fois qu'on rapporte les paroles d'autrui.

Le Chef des Ases sachant toujours répondre aux questions qui lui étaient adressées, et Gulfi, pouvant toujours adresser de nouvelles questions indéfiniment, la victoire ne pouvait se déclarer, non plus, ni pour l'un ni pour l'autre des deux jouteurs. La joute devait donc être considérée comme une partie remise, et c'était à celui qui répondait, à terminer brusquement l'examen, qui^ sans cela, se serait prolongé à l'infini. Les Ases finirent , comme ils avaient commencé, par un acte de magie , ou d'enchantement ; et c'est à cet acte de magie, opéré au commencement et à la fin de l'histoire qui forme l'Encadrement du Traité , que se rapporte le titre de Fascination de Gulfi, choisi par Snorri pour cet ouvrage scientifique.

§ 31. Titres d'ouvrages dans rAntiquité, en Orient et au Moyen âge. — Dans l'Antiquité , au Moyen âge et en Orient , les titres qu'on donnait aux ouvrages n'exprimaient que rarement le contenu ou la nature du livre : le plus souvent c'étaient des titres de fantaisie, empruntés à différentes circonstances fortuites et accessoires. Quelquefois, comme, par exemple, pour plusieurs écrits de l'Ancien Testament, le titre n'était autre que le premier mot par lequell'ouvrage commençait; ainsi Beréschit (Au commencement) désignait la Genèse ou le premier livre du Pentateuque ; Vayikrâ (Et il appela) devint le titre du Lévitique ou du troisième livre du Pentateuque, etc. Quelquefois les ouvrages étaient nommés d'après l'endroit où ils étaient censés avoir été composés : tels étaient les Contes Milésiens (gr. Milèsiaka ; lat. Milesii sermones), composés ipar Aristidès de Milet; les Nuits attiques {Noctes atticœ)^ Mélanges rédigés par Aulus Gellius, à Athènes^ durant les longues veillées d'hiver; les Discussions Tusculanes (Quœstiones Tusculanœ) , entretiens philosophiques , qui sont supposés avoir eu lieu à la maison de campagne de Cicéron, à Tusculum. Quelquefois aussi le titre était une allusion à une circonstance tout à fait fortuite, rapportée dans le livre. Ainsi, par exemple, un drame sanscrit, attribué à Soudrakas, roi d'Oudjaïni, vers 180 de notre ère, est intitulé : Chariot de glaise (sansc. Mritchakatika) , parce qu'il y est dit, par hasard , que là femme Vasantaséna a fait cadeau d'un joujou, d'un petit chariot de glaise, à l'enfant de sa rivale. Tantôt le titre de l'ouvrage fait allusion , en guise de charade , au nom propre de l'auteur ; c'est

ainsi, parexemple, qu'un poërneidylliquedialogué,danslequel, comme dans le Nuage Messager (sansc. Megha-douta), de Kàlidàsas, une jeune femme regrette l'absence de son mari volage, est intitulé Cruche brisée (Ghata karparam), par la raison que Ghala karparas était le nom de l'auteur , qui vivait à la cour du roi Vikramâdityas. A la fin de ce poëme, l'auteur énonce son nom, en disant qu'il s'engage, envers celui qui le surpasserait dans l'artifice du langage poétique, à porter de l'eau dans une cruche brisée^ ou, comme aurait dit un Grec, à remplir le tonneau des Danaïdes. Néanmoins Ghatakarparas, à ce que rapporte la tradition, fut vaincu, dans cette joute poétique (voy. p. 56), par son collègue, le poëte Kâliddsas, l'auteur du poëme épique intitulé La Splendeur de Nalas (sansc. Nalaudayas). Quelquefois le titre désigne, par une expression exagérée, l'étendue et la grandeur de l'ouvrage. Ainsi, par exemple, un Recueil de contes, composé par Saumadaivas^ porte le titre de Mer des fleuves du récit (sansc. Kdtha-sarit-sâgara). Un dictionnaire arabe, renfermant 60,000 mots et composé par Medjd-eddin-Mohammed^ né àFirouzabàd, en Perse, et mort en 14-14 de notre ère , porte le titre pompeux de Océan (arab. Al-Kâmous) ; et le dictionnaire persan, que le sultan d'Oude a fait imprimer en 1822 et qui comprend 7 tomes, porte le titre plus pompeux encore de l'Öcéan septuple (pers. Heft kolsoum). Un livre classique des Chinois , renfermant à peu près 10,000 mots, est Intitulé le Livre des 10,000 mots (chin. Wan-yen-yu). Quelquefois le titre est l'expression exagérée de Ve/fet que doit produire l'ouvrage sur le lecteur. Ainsi, par exemple, une comédie attribuée à Kdliddsas, et qui est un persiffïage des Princes et de leurs parasites les Brahmanes , est intitulée Mer du rire (sansc. Hâsyarnava). Ou bien le titre est l'expression indirecte de l'utilité et du mérite du livre; ainsi, par exemple, un Recueil bien connu de sentences morales et de fables, en sanscrit, est intitulé Enseignement salutaire (sansc. Hitaupadaiças). Un ouvrage de morale de Sankaras Atcharyas est intitulé Pilon de V Ignorance (sansc. Mauha-moudgaras ; cf. lat. Maliens hœreticorum). Une dissertation philosophique, en pehlevi, sur l'origine du mal et sur les devoirs moraux , est intitulée Destruction du doute (pehl. Chekcndgoumani). Un dictionnaire d'extraits des différents auteurs chinois, porte le litre de Précieux Miroir pour éclairer l'esprit (chin. Mingsing-pao-kien). Un ouvrage sanscrit sur la Mythologie hindoue , est '\n\\[\x\é Miroir des trois mondes (sansc. Traïlôkya-darpanas). L'en-

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cyclopédie composée, au treizième siècle, par le savant Dominicain Vincent de Beauvais, porte le titre de Grand miroir {Spéculum majus). Le Recueil de contes moraux et allégoriques, composé par Moïn- Eddîn- el'Djouvaïni y vers 1660, est intitulé Galerie des images (pers. Nigarislan). Enfin, pour citer un dernier exemple, l'édition complète des œuvres du poëte persan Cheikh Moslih Eddîn Saadi , a été publiée à Calcutta , en 1 791 , sous le titre de Salière poétique. § 32. Titres d'ouvrages norrains et du Traité mythologique de Snorri. — Les différentes manières d'intituler les livres se retrouvent également dans la littérature norraine. En langue norraine, \e moi bôk (v.h.all. bôh; anglos. hôk; ^oúi. boka), qui signifie livre^ dérive de hôka (v.h.all. hôha; anglos. hece; ^T.fègos;\sLi.fagus; cf. sansc. hhourdjas; pol. brzoza; russ. bereza)^ signifiant hêtre ou bouleau^ parce que, originairement, on traçait des caractères sur le bois, ou sur l'écorce ou le liber de cet arbre. Or ce mot bôk est du genre féminin. C'est pourquoi la plupart des livres norrains portent un nom ou un titre féminin. Ainsi le neveu de Snorri y Olaf, surnommé le Poëte blanc (norr. Hvita-skald) , a donné au Recueil des écrits de son oncle, qu'il avait composé, et dont le premier exposait d'anciennes histoires mythologiques , le titre de Grand'mère (norr. Edda ; voy. p. 39), parce que ce premier écrit, qui est le G?///(5f^m/imi7, renferme des récits comme en faisaient ordinairement les personnes âgées. Le plus ancien Code de lois des Islandais, recueilli d'abord en 1118 par l'homme de loi (norr. Lag-madr) Bergthôr, fils de Rafn, et ensuite revu et augmenté , de 1123 à 1135 , par le successeur de Bergthôr^ le savant Gudmund, fils de Thôrgeir, fut intitulé V Oie grise (norr. Grâ-gâs), parce que ce recueil renfermait, à ce qu'on prétendait , des lois et des coutumes très-anciennes, et que l'oie grise , à laquelle on attribuait, dans le Nord, une /ow^<^íí;//e plus grande encore qu'au corbeau , y passait naturellement pour le symbole de la vieillesse ou de l'ancienneté. La courte biographie des cinq premiers évêques résidant à Skalholt, en Islande, [wi'múixúéQ Excite-appétit (novr. Hungí'vaka), parce que cet ouvrage devait, en quelque sorte, donner envie de connaître la suite de cette histoire (voy. Biskupa-sogur 1, 57 - 86). Un recueil encyclopédique du douzième siècle, renfermant des curiosités physiques et géographiques , et des règles de conduite pour les hommes de cour, porte le titre de Miroir royal (norr. Koniuigs-skuggsid). L'ouvrage historique de Snorri, qui traite des rois

de Suède et des rois de Norvège, depuis les temps mythiques jusqu'à Magnus, fils d'Erling, vers 1176, et qui, dans les manuscrits, porte le titre de Vies des Rois de Norvège (Æfi Noregs konunga), ou Histoires des Rois de Norvège (Noregs konunga sögur)^ a reçu plus tard, peut-être du neveu de Snorri, le titre de Heimskringla {Cercle du Monde), soit parce que cet ouvrage, après la préface, commence par les mots : « // est dit que dans ce Cercle du Monde, etc., » soit qu'on voulût exprimer, parce titre, que cet ouvrage renfermait une grande partie de l'histoire du Monde.

Le titre de Fascination de Gulfi, que porte le Traité mythologique de Snorri , ne se rapporte pas au fond de l'ouvrage , mais seulement à une particularité de ï Encadrement. Les Ases étant , selon l'opinion de Snorri, des imposteurs et de grands magiciens (voy. p. 46), ils purent prévoir, par leur science surnaturelle, l'arrivée de Gulli et en connaître d'avance le motif véritable. Aussi se mirent-ils en mesure de lui en imposer et de se jouer de lui, en le recevant dans un château merveilleux, qu'ils créèrent exprès par enchantement. Gulfi, dès son entrée dans ce château , et jusqu'à la fin de son entretien avec Odinn (Sublime), était fasciné et dans une complète illusion sur la réalité des choses merveilleuses qu'il y voyait. Mais ce qui lui prouva, à la fin, qu'il avait eu à faire à la magie et à l'enchantement, et qu'il avait été dans l'illusion ou dans h fascination, c'est que, tout à coup, les objets et les personnes, dont il avait été entouré jusqu'alors, disparurent en un clin d'œil. C'est à celte fascination , à laquelle Gulfi avait été en butte , que se rapporte le titre de Fascination de Gulfi. Ce titre a été choisi probablement par Snorri lui-même ; cependant il n'a pas été transmis par tous les manuscrits , ni même connu généralement au quatorzième siècle , puisque le Manuscrit d'Upsal , qui date de ce siècle , désigne le Traité de Snorri vaguement par les mois Des Ases etd'Ýmir, bien que, du reste, il renferme aussi le titre de La Fascination de Gulfi (voy. p. 32). C'est sans doute déjà dans ce même siècle, qu'on a ajouté d'abord, comme second titre, etsubstitué ensuite exclusivement, au titre primitif de La Fascination de Gulfi, un autre titre, savoir celui de Mensonge de Sublime (norr. Hdrslygï). Ce dernier ne se rapportait pas, comme celuideZ/«FûScmfl//o/iaeGM//i, à l'Encadrement, mais au fond même du traité et aux mythes qui y étaient exposés. C'est que le dogmatisme théologique de cette époque s'expliqua l'ancien litre, choisi par Snorri, comme exprimant, non pas Villusion

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