‹ La fascination de GulfiChapitre 63 sur 103 · Alors Piétonneur dit · texte numérisé non relu

Alors Piétonneur dit

«A qui appartient l'étalon Sleipnir, et qu'y a-t-il à en dire?»

Sublime répond :

« Tu n'as donc pas de renseignements sur Sleipnir, et tu ne sais «pas à quel accident il doit sa naissance'?; cela va te paraître digne « d'être rapporté. — Tout de suite après le premier établissement « des Dieux , quand les Dieux eurent élevé Y Enclos-Mitoyen (Mid- «gardr) et construit h Halle-des-Occis (Valholl), il y vint un artisan « et offrit de leur construire, dans l'espace de trois semestres , une « forteresse si excellente qu'on y serait en sûreté, sans crainte devant «les Géants des Montagnes {Bergvisair) et les TJmrses-Givreux (Hrim- « thursar), même quand ils seraient déjà entrés dans V Enclos-Mitoyen; « et il demanda, pour prix , qu'il serait mis en possession de Freyia; « de plus, il voulait avoir le Soleil et la Lune. Là-dessus les Ases al- « lèrent délibérer et se concerter sur la résolution à prendre ; et « l'on conclut ce marché avec l'artisan, qu'il serait mis en possession «de ce qu'il demandait, s'il parvenait à construire la forteresse dans

(( l'espace d'un hiver. Mais si , le premier jour d'été , il restait encore « quelque chose à faire à la forteresse , il perdrait le prix. Il devait, « pour cet ouvrage , ne recevoir le secours de personne. Quand ils « lui annoncèrent ces conditions , il les pria de lui permettre d'avoir « l'aide de son cheval , nommé Svadilfari (Vole-sur-Glace) ; et Loki « (Clôtureur) fut cause que cela lui fut accordé. Il commença, dès «le premier jour d'hiver, à construire la forteresse; et, pendant les « nuits , il y transporta les pierres sur son cheval ; et cela parut « très-étonnant aux Ases , que ce cheval pût porter de si grands ro- « chers, et que le cheval fît deux fois plus de besogne que l'artisan. (( Mais le marché entre eux avait été confirmé par des témoignages « solides et par beaucoup de serments , parce que VIotne ne se serait c( pas cru en sûreté auprès des Ases, s'il eût été sans garantie lorsque « Thôr (Tonnerre) serait rentré. Celui-ci était alors allé dans la Réc( gion d'Orient (norr. Austurvegr) combattre les démons (norr. troll). (( Lorsque l'hiver tira à sa fin , la construction de la forteresse fut « vivement poussée ; et celle-ci était déjà si haute et si solide , qu'on c( ne pouvait pas l'attaquer. Et lorsqu'il n'y eut plus que trois jours «jusqu'à l'été, le travail aux portes de la forteresse était déjà très- « avancé. Alors les Dieux s'assirent sur leurs sièges de jugement et « cherchèrent conseil ; et chacun demanda à l'autre qui avait conseillé • «de marier Freyia dans \e Séjour-des-Iotnes , et d'endommager l'Air « et le Ciel, de manière à en enlever le Soleil et la Lune, pour les « donner aux lotnes ; et tous tombèrent d'accord que ce conseil a dû « être donné par celui qui cause la plupart des malheurs , par Loki, « le fils d' Ile-de-Feuillage (Laufey) ; et ils le déclarèrent digne d'une « mort misérable , s'il ne trouvait pas moyen de faire perdre la ré- « tribution à l'artisan , et ils menacèrent Loki de lui courir sus. « Lorsqu'il fut intimidé, il fit le serment que, quoi qu'il lui en coûtât, « il arrangerait la chose de manière que l'artisan perdrait la rétribu- «tion. Et, le même soir, lorsque l'artisan sortit chercher des pierres « avec son cheval Svadilfari, voici que, d'une forêt, accourt une jument « vers le cheval et hennit vers lui. Quand l'étalon reconnut que c'é- «tait une jument, il entra en rut, rompit le licou et courut vers la «jument. Celle-ci rentra dans la forêt, et l'artisan courut après pour «rattraper son cheval; et ces hennisseurs coururent toute la nuit, t et la construction chôma cette nuit; et le lendemain , il ne se fit pas «autant de travail comme cela s'était fait antérieurement. Et quand

sleipnir; skîdbladnir; naglfari. 115

« l'artisan vit que l'ouvrage ne serait pas achevé , il entra en rage « d'Iotne ; et lorsque les Dieux reconnurent, pour certain , que c'était a un Géant-des-Montagnes qui était venu chez eux , on n'eut aucun <L égard aux serments , et ils nommèrent Thôr et aussitôt celui-ci arriva, «et, de suite, le Marteau Meunier (Miôlnir) s'élança dans l'air. Ce- «lui-ci lui paya la rétribution de l'ouvrage, mais non avec le soleil « et la lune ; il lui refusa même d'habiter les Séjours-des-Ioines ; il « le frappa d'un seul coup, qui lui brisa le crâne en petits morceaux, et <.( l'envoya en bas , au-dessous de Hel-Brumeux (Niflhel). — Loki avait « eu avec Svadilfari un tel rapprochement, que , quelque temps après, «il mit bas un poulain; c'était un petit étalon, et il avait huit pieds; « et c'est le meilleur cheval chez les Dieux et chez les hommes. Voici « ce qui est dit dans la Vision de la Louve :

«« Alors les Grandeurs allèrent toutes sur les sièges originaires, ««Les Dieux très-saints encore sur ceci discutèrent: ««Qui avait porté la désolation dans l'air entier, ««Et, à la race de l'Iotne, fiancé la Vierge d'Odur.

«« Transgressés sont les serments , les promesses et les jurements, «« Toutes les fortes assurances qu'on avait fait intervenir; «« Thôr seul obtint cela , enflé de rage; ««Rarement il reste assis, quand il apprend pareille chose. »»

Page 1