Alors Piétonneur dit
(( SMdbladnir est un excellent navire , et une magie très-puissante <i a dû être employée pour parvenir à le faire ainsi. — Est-ce qu'il (( n'est arrivé nulle part à Thôr (Tonnerre) de rencontrer quelque « chose qui, de sa nature, fût tellement puissante et tellement forte c( qu'il y reconnût la supériorité sur lui, par la force ou par la magie?»
Alors Sublime dit :
a Peu d'hommes , je présume , savent raconter de cela ; cependant c( mainte chose lui a paru difficile à exécuter. Mais, bien qu'il sôit arrivé « que certaines choses ont été tellement fortes ou tellement solides « que Thôr n'en a pas pu remporter la victoire , il ne convient cepen- « dant pas d'en parler, parce qu'il y a d'autres exemples qui prouve vent, ce qui convient à tous de croire, que Thôr est le plus puissant. »
Alors Piétonneur dit :
« Il me semble que je vous ai interrogé sur une chose qu'il n'est « pas permis de raconter. »
Alors Equi-Sublime dit :
((Nous avons entendu parler d'événements qui nous semblent trop «incroyables pour pouvoir être vrais: mais ici, auprès, est assis (( Celui qui doit savoir en raconter l'histoire véritable ; et tu dois le (( croire , car il ne mentira pas, cette première fois , lui qui n'a jamais (( menti antérieurement. »
Alors Piétonneur dit :
(( Je vais me tenir ici et écouter si j'obtiens quelque renseigne- (( ments à ce sujet; mais, dans l'autre cas, je vous déclare vaincus « si vous ne savez pas me raconter ce dont je m'^nquiers. »
Alors Troisième dit : *
«11 est évident que celui-ci veut savoir cette histoire, bien qu'il « ne nous paraisse pas convenable de la raconter. — Cependant ' va « maintenant écouter. —
«Le commencement de ce récit, c'est que Thôr-au-Char était en « route avec ses Boucs et sa voiture ; et avec lui était VAse qui est « appelé Loki. Vers le soir ils viennent chez un Manant , et obtiennent «Ik le gîte de nuit. Puis, le soir, Thôr prit ses Boucs et les abattit « tous les deux ; après cela ils furent écorchés et mis dans la marmite. «Quand tout fut cuit, Thôr s'assit pour souper, ainsi que ses com- «pagnons. Thô,r invita le Manant et sa femme et leurs enfants à
1. S'adressant à SubUme et à Equi-Sublime. — 2. S'adressant à Piétonneur.
THÔR ACQUIERT THIÂLFI ET RÖSKVA. 117
« partager ce repas avec lui : le fils du Manant se nommait Thiâlfi <.( (Fouilleur) , et la fille Röskva (Alerte). Thôr alors mit les peaux des « boucs à quelque distance du feu et dit que le Manant et ceux de sa «maison devaient jeter les os sur ces peaux. Thidlfi, le fils du Marnant, tint l'os de la cuisse d'un des boucs et le perça avec le couce teau , et pénétra jusqu'à la moelle. Thôr passa là la nuit : et au «crépuscule, avant le jour, il se leva et s'habilla; prit le Marteau ((.Meunier, le souleva en l'air et consacra les peaux des boucs. Aus- (( sitôt les Boucs se levèrent ; mais l'un des deux se trouva être boi- « teux à une jambe de derrière. Thôr s'en aperçut et déclara que le « Manant ou quelqu'un de sa maison n'en aura pas usé avec précau- « tion avec les os de ce bouc ; qu'il reconnaissait que l'os de la cuisse «avait été brisé. Il n'est pas besoin de le dire longuement, tout le « monde peut se figurer que le Manant a dû être effrayé, lorsqu'il vit « Thôr baisser ses sourcils sur les yeux , et qu'il pensa , en voyant ses «yeux, qu'il allait être foudroyé, rien que par son regard. Celui-ci « serra si fortement, de ses mains, le manche du Marteau, que les nœuds « des doigts en blanchirent. Le Manant , comme on pouvait s'y atten- « dre, fit tant que tous ceux de sa maison se lamentèrent, demandèrent «d'être épargnés et offrirent, comme indemnité, tout ce qu'ils pos- « sédaient. Quand il vit leur frayeur, sa colère s'en alla, et il s'apaisa; «et il prit d'eux, pour accommodement, leurs deux enfants, Thidlfi, « et Röskva, qui devinrent dès lors les serviteurs-liges de Thôr; et, « depuis, tous deux le suivent continuellement. »
45. « Il laissa ensuite ses Boucs en cet endroit, et dirigea son voyage « vers l'Orient , vers les Séjours-des-lotnes et jusqu'à l'Océan. Il tra- « versa alors la haute Mer ; et quand il arriva au bord , il remonta «dans le Pays, et, avec lui, Loki et Thidlfi, et Röskva. Quand ils «eurent marché une petite traite, il se trouva, devant eux, une « grande forêt ; ils y marchèrent toute la journée , jusqu'à ce qu'il fit « sombre. Thidlfi était , de tous les hommes, le plus infatigable mar- « cheur ; il portait le sac de Thôr. Quant à trouver un logement , ce « n'était pas facile. Lorsqu'il fit sombre , ils cherchèrent un gîte pour « la nuit ; ils trouvèrent devant eux une baraque considérablement « grande ; l'entrée en était à l'extrémité , et aussi large que la baraque « elle-même : c'est là qu'ils cherchèrent à coucher , pour la nuit. «Mais, au milieu de la nuit, il se fit un grand tremblement de terre; « la terre fut ébranlée, sous eux, par des mouvements brusques, et
« la maison trembla. Thôr se leva alors et appela ses compagnons ; « ils s'avancèrent à tâtons et trouvèrent une arrière-pièce à droite , «vers le milieu de la baraque, et ils y entrèrent. Thôr s'assit à la «porte; les autres se tenaient, derrière lui, dans l'intérieur; ils « étaient effrayés , et Thôr tenait le manche du Marteau et songeait « à se défendre. Alors il entendirent un grand bruissement et fraie cas. Quand la pointe du jour arriva, Thôr sortit : et il vit un homme c( couché , tout près de lui , dans la forêt; et celui-ci n'était, certes, « pas petit ; il dormait et ronflait solidement. Alors Thôr crut pou- «voir s'expliquer le bruit qui s'était fait dans la nuit; il serra au- «tour de lui sa Ceinture-de-force et sa Force d'Ase s'en accrut. «En ce moment l'Homme se réveilla et se leva aussitôt: et on ra- « conte que, cette fois-ci, 7%dr, ne se sentit pas le courage de le « frapper avec le Marteau ; mais il lui demanda son nom , et celui- «ci déclara se nommer ASA;rym/r (Brailleur), et, ««je n'ai pas besoin, ««dit-il, de te demander ton nom; je sais que tu es Thôr-desaaAses — mais pourquoi m'as-tu éloigné ma mouffïe?»». Skrymir « étendit alors le bras et releva de terre sa mouffle ; Thôr vit alors K que celle-ci lui avait servi de chambre pour la nuit , et que l'arrière- « pièce était le pouce de la mouffïe. Skrymir demanda si Thôr vou- « lait accepter sa compagnie en route , et Thôr dit qu'oui. Skrymir « alors saisit et ouvrit son sac aux vivres et se disposa à prendre son «déjeuner; et Thôr, à une autre place, fit de même avec ses com- « pagnons. Skrymir proposa ensuite de mettre ensemble leurs provi- « sions , et Thôr dit qu'oui. Alors Skrymir lia toute leur provende «dans un sac et se le mit sur le dos. Il marcha ^ en avant, toute la «journée, en faisant des pas passablement grands. Ensuite, vers le « soir , Skrymir leur chercha un gîte , pour la nuit , sous un grand « chêne. Skrymir dit alors à Thôr qu'il voulait se coucher pour dor- «mir : ««vous! prenez le sac à provende et mettez-vous à souper.»» « Après quoi Skrymir s'endormit et ronfla fortement. Thôr ensuite «prit le sac à provende et voulut l'ouvrir; mais, il faut dire, quel- •«que incroyable que cela paraisse, il ne parvint pas à délier un seul « nœud , ni à desserrer seulement un bout du cordon , de manière «qu'il fût moins serré qu'auparavant. Quand il vit que ses efforts «étaient inutiles, il se fâcha; il saisit, des deux mains, le Marteau « Meunier , avança d'un pas vers l'endroit où gisait Skrymir , et lui « frappa sur la tète. Mais Skrymir se réveilla et demanda si quelque
skrymir; loki de l'enclos extérieur. 119
«feuille détachée lui serait tombée sur la tête, et s'ils avaient main- « tenant fait leur repas, et seraient prêts à se coucher. Tliôr dit qu'ils <i voulaient maintenant aller dormir. Ils allèrent alors sous un autre «chêne; et il faut le dire , en vérité , qu'on n'osait pas alors dormir <i sans crainte. Vers minuit , Thôr entendit Skrymir ronfler et dormir a si profondément , que la forêt en retentit. Il se leva alors et alla d vers lui, brandit le Marteau rapidement et fortement, et lui frappa c( sur le sommet de la tête. Il s'aperçoit que le museau du Marteau (.(s'était enfoncé profondément dans la tête. En ce moment, Skrymir <i se réveilla et dit : «« Qu'y a-t-il donc? un gland me serait-il tombé ««sur la tête? qu'y a-t-il avec toi, Thôr?y>-h Mais Thôr avait reculé «rapidement, et il répondit qu'il venait de se réveiller à l'instant; « il dit qu'il était minuit et qu'il y avait encore du temps pour dor- «mir. Thôr pensa alors que s'il trouvait, encore une fois , l'occasion «de porter un troisième coup, cet homme-ci ne lèverait plus jamais «ses yeux sur lui. Il se coucha donc, et attendit que Skymir fût « profondément endormi. Un peu avant le crépuscule , il juge que « Skrymir doit s'être endormi ; il se lève donc , court vers lui, bran- « dit alors le Marteau de toute sa force , et le frappe sur la mandi- «bule qui était tournée en haut. Le Marteau s'enfonce jusqu'au « manche. Mais Skrymir se mit sur son séant, et passa la main sur la • «joue et dit: «« Des oiseaux se seraient-ils perchés sur l'arbre, au- *j.« dessus de moi? il me semble que , quand je me suis réveillé, de «« la fiente m'était tombée des branches sur la tête. — Pourquoi es-tu ««éveillé, Thôr? — Il va être temps de se lever et de s'habiller! — ««Mais vous n'avez plus maintenant de long chemin d'ici au château ««qu'on appelle V Enclos-Extérieur . — Je vous ai entendu chuchot- ««ter, entre vous, que je n'étais pas un homme de petite taille; ««mais quand vous serez entrés à Y Enclos-Extérieur , vous y verrez ««des hommes plus grands encore. Je veux maintenant vous donner «« un conseil salutaire : ne manifestez pas une trop haute opinion de ««vous-mêmes; les hommes de la suite de Loki de V Enclos-Exté- «« rieur ne souffriraient pas des paroles audacieuses dans des varlets ««porte-queue comme vous. Si vous voulez faire autrement, re- «« tournez-vous-en; c'est, selon moi, le parti qui serait pour vous ««le meilleur à prendre. Si cependant vous voulez continuer votre ««voyage, dirigez-vous vers l'Orient; moi, j'ai maintenant à faire ««route au Nord, vers ces montagnes que vous pouvez maintenant
(««apercevoir. »)) Skrymir prend le sac à provende , se le jette sur le «dos, et il s'éloigne d'eux, à droite dans la forêt; et il n'est pas dit « que les Ases lui aient alors souhaité de le revoir sain et sauf. »
46. « Thôr alla son chemin avec ses compagnons , et il marcha «jusqu'à midi. Alors ils virent un château s'élevant dans une plaine, «et il leur fallut renverser la nuque sur le dos pour atteindre du « regard jusqu'en haut. Ils s'avancent vers le château. Devant la porte « du château il y»avait une grille en bois qui était fermée. 7%dr alla «à la grille et ne réussit pas à l'ouvrir; et comme ils voulaient de « toute force entrer au château , ils se glissèrent entre les palis et « entrèrent ainsi. Ils virent alors une grande halle et s'en approchè- «rent; les portes étaient ouvertes; ils entrèrent et ils virent, sur « deux bancs , beaucoup d'hommes , dont la plupart étaient passable- « ment grands. Après cela , ils se présentèrent devant le roi Loki de <iY Enclos-Exlérieur et le saluèrent. Mais celui-ci dirigea uégligem- «ment son regard sur eux, et, souriant du bouL des dents, il dit: «« C'est fastidieux de s'enquérir longuement de vos histoires. — En ««serait-il autrement que je ne pense, que ce petit valet serf est «« Thôr-aU'Char ? — Serais-tu par hasard plus fort que tu n'en a ««l'air? — Et quel est le talent avec lequel, toi et tes compagnons, ««vous pensez pouvoir vous produire? Nul ne peut rester avec nous, ««qui ne possède quelque art ou quelque connaissance d'une ma- ««nière supérieure à la plupart des hommes.»» Alors le nommé (.iLoki (Clôtureur), qui marchait le dernier, dit: ««Je possède un «« art , et je suis prêt à en donner des preuves : c'est qu'il n'y a per- «« sonne ici qui puisse manger sa portion plus vite que moi. »» Alors « Loki de V Enclos-Extérieur répondit : ««Cela est un art, si tu l'exerces «« effectivement ; et on va éprouver cet art. »» Il cria vers le banc que «le nommé Feu (Logi) devait s'avancer dans .l'allée et se mesurer «contre Loki. Alors une auge fut prise et portée dans l'allée de la « halle et remplie de grosse viande. Loki s'assit à un bout et Feu à « l'autre. Tous deux mangèrent le plus vite possible ; et ils se ren- « contrèrent au milieu de l'auge. Loki avait mangé toute la viande « sur les os ; mais Feu avait mangé toute la viande avec les os et de «plus l'auge; et il semblait dès lors à tous que Loki avait perdu la «partie.
«Alors Loki de V Enclos- Extérieur demande dans quel jeu excelle «ce jeune homme-là. Thidlfi déclare qu'il pense s'éprouver à courir
THÔR CHEZ LOKI DE l'ENCLOS EXTÉRIEUR. 121
«une carrière quelconque avec tout homme que Loki de VEnclosii extérieur choisirait pour cela. klovsLoki de Y Enclos-Extérieur dii y (( que c'est un excellent art , et il s'écrie que s'il ose se produire dans (( un tel art , il est à présumer qu'il soit personnellement bien exercé c( à la vitesse. ««Néanmoins , dit-il , nous allons tout de suite éprouver «« cela.»)) Alors Loki de ï Enclos-Extérieur se lève et sort; et il y avait « là une carrière propre à la course , sur un terrain uni. Alors Loki «de V Enclos-Extérieur appelle à lui un petit valet serf nommé Penser «(Hugi), et lui dit de lutter, à la course, avec Thiâlfi. Ils entrer « prennent donc la première course ; et Penser a une telle avance «qu'à l'extrémité de la carrière, il parvient à s'en retourner à la «rencontre de l'autre. Alors Loki de V Enclos-Extérieur dit: ««Il ««faudra que tu te mettes davantage en avant, Thiâlfi! si tu veux ««gagner la partie. Il est cependant vrai que personne encore n'est ««venu ici qui m'ait paru plus léger de jambe que toi.)))) Alors ils « entreprennent une seconde course ; et quand Penser est arrivé à «l'extrémité de la carrière, et qu'il s'en retourne, voilà qu'il y avait «encore une portée de flèche jusqu'à Thiâlfi. Mots Loki de VEnclosa. Extérieur dit : ««Tous deux vous me semblez parcourir, bien la ««carrière ; mais je ne m'attends plus , de celui-ci , à ce qu'il gagne ««la partie; et cela devra se décider maintenant que vous ferez la ««troisième course.))» Alors ils entreprennent encore une fois la «course; et quand Penser est arrivé à l'extrémitée de la carrière et «s'en retourne, et que Thiâlfi n'a pas seulement parcouru la moitié «de la carrière, alors tous disent que c'est décidé, quant à ce jeu. « Alors Loki de V Enclos-Extérieur demande à Thôr quel est, parmi «ses talents, celui qu'il voudra faire briller devant eux, conformé- « ment aux grands récits que les hommes ont déjà faits de ses ac- « lions d'éclat. Alors Thôr dit qu'il préfère se prendre à lutter avec ,«qui que ce soit, à qui boira le mieux. Loki de V Enclos-Extérieur «dit que c'est bien; et il rentre dans la halle et appelle son garçon « d'écuelle et lui commande d'aller prendre la Corne de Punition que «les hommes de la garde ont coutume de vider. Bientôt après le «garçon d'écuelle arriva avec la corne et la remit dans la main à « Thôr. Alors Loki de r Enclos-Extérieur dit : ««On passe pour savoir ««bien boire dans cette corne, si on la vide d'uîi seul coup; quel- «« ques-uns encore la vident seulement en deux traits ; mais nul n'est ««si mauvais buveur qu'il ne la vide en trois.»» Thôr regarde la
«corne; elle ne lui semble pas large, mais bien longue. Cependant, «lui, il a beaucoup soif; il se met à boire , à bien grands traits; et «il pense qu'il n'aura plus besoin, pour lors, d'incliner davantage «la corne. Lorsqu'il n'en peut plus, qu'il a redressé la corne, et «qu'il voit ce qui s'était en allé au trait , et qu'il lui semble qu'il n'y « a qu'un tout petit soupçon que la corne soit moins pleine qu'au- « paravant, alors Loki de V Enclos-Extérieur dit : ««Tu as bien bu ; ««mais cependant pas ce qu'on appelle fortement. Je ne l'aurais pas «« cru, si on me l'avait dit, que Thôr-des-Ases ne boirait pas un plus ««grand coup. Cependant je sais que tu voudras vider au second «« trait. ))» Thôr ne répond pas ; il porte la corne à la bouche et pense «maintenant boire un plus grand coup ; et il s'efforce à boire autant « qu'il lui est possible. Cependant il voit encore que la pointe de la « corne ne s'élève pas autant qu'il le désire ; et quand il a éloigné la « corne de la bouche , il lui semble qu'il y manque maintenant moins « que la première fois : maintenant c'est tout au plus qu'on peut « porter çà et là la corne sans répandre. Alors Loki de V Enclos-Exii térieur dit: ««Qu'ya-t-il, 7%dr? Tu ne voudras, certes, pasmain- «« tenant refuser de prendre encore un coup en plus de ce que tu ««aurais envie? S'il t'arrive de vider maintenant la corne , au troi- «« sième coup , il faudra bien , ce me semble , que celui-ci soit réel- «« lement grand. Cependant jamais tu ne pourrais passer , chez nous, ««pour un homme fort, comme les Ases t'appellent, si, personnel- «« lement, tu ne fais pas mieux dans d'autres jeux, que ce dont je ««te juge capable d'après celui-là.))» Alors Thôr entre en colère; il «porte la corne à la bouche et y boit aussi fortement qu'il peut, et « s'efforce à prendre un aussi long coup que possible. Cependant, lors- « qu'il regarda dans la corne, une différence quelque peu plus sen- «sible avait été obtenue cette fois-ci; et alors il rend la cqrne et ne «veut pas boire davantage. Alors Loki de V Enclos-Extérieur dit: ««Il , «« est maintenant évident que ta force n'est pas aussi grande que «« nous le pensions. — Veux-tu encore t'essayer dans d'autres jeux? «« On a pu voir tout à l'heure que tu ne vaux rien dans celui-là. ))» « 7%dr répondit : ««Je puis encore m'essayer dans d'autres jeux ; ««toutefois ça me paraîtrait étonnant si j'étais avec les Ases et que «« de semblables ct)ups passassent pour tellement petits ! — Mais ««quel jeu voulez-vous maintenant me proposer? »)) Alors Loki do « V Enclos-extérieur dit : «« Les jeunes varlels ici font ce qui paraîtra
THÔR CHEZ LOKI DE l'ENCLOS EXTÉRIEUR. 423
««peu de chose; ils soulèvent de terre mon chat. Aussi je ne pour- ««rais pas le gagner sur moi de proposer chose pareille à Thôr-des- (iii Âses, si je n'avais pas vu tout à l'heure que tu es, personnelle- ««ment, beaucoup plus faible que je ne pensais.»» Bientôt après ff accourut dans l'ailée de la halle un chat gris et fort grand. Thôr s'en «approcha et lui mit la main sous le milieu du ventre, et la souleva. « Mais le chat arrondit son dos à mesure que Thôr porta la main en « haut ; et lorsque Thôr étendit son bras aussi haut et aussi long qu'il «pouvait, le chat lâcha terre seulement d'une patte; et J^drnepar- « vint pas à pousser plus loin ce jeu. Alors Loki de V Enclos-Exté- « rieur dit : «« Ce jeu s'est passé comme je m'y attendais. L*e chat «« est trop grand , et Thôr est court et petit auprès des gens de haute ««taille qui sont ici, chez nous.»» Alors Thôr dit: ««Quelque petit ««que vous me nommiez, que quelqu'un, qui que ce soit, s'avance « « maintenant et se prenne à moi ! — maintenant je suis en colère !» » « Alors Loki de V^nclos- Extérieur , répondant et regardant autour « sur les bancs , dit : «« Je ne vois ici aucun homme qui ne jugeât un «badinage de se prendre à toi.»» Ensuite il dit encore: ««Voyons ««d'abord, appelez-moi ici Vieillesse (Elli), ma nourrice âgée; que «« Thôr lutte contre elle s'il veut; elle a renversé des hommes qui ««ne m'ont pas paru moins vigoureux que 7%dr.»» Bientôt après « entra dans la halle une vieille femme courbée. Alors Loki de VEn- <i clos-Exlérieur dit qu'elle devait se prendre à lutter avec Thôr-desiiAses. Inutile de faire un long récit; la lutte se passa de telle sorte «que plus Thôr l'assaillit en luttant, plus elle tint ferme. Alors la « vieille se prit à recourir à des supplantations , et aussitôt Thôr chan- « cela sur ses pieds. 11 y eut encore des secousses très-rudes , et « Thôr ne tarda pas à tomber à genou , d'une jambe. Alors Loki de « V Enclos-Extérieur s'approcha pour les engager à cesser la lutte , « et il dit que Thôr n'aura pas besoin de proposer la lutte encqre à « d'autres personnes dans sa halle. 11 commençait aussi alors à faire « nuit. Loki de Y Enclos-Exténeur assigna leurs places à Thôr et à ses « compagnons ; et ils passèrent la nuit , en ce lieu , en bonne hos- « pitalité. »
47. «Le lendemain, dès le point du jour, Thôr se lève, ainsi que «ses compagnons; ils s'habillent et sont prêts à s'en aller, quand « Loki de y Enclos-Extérieur vint à eux et fit dresser une table pour « eux. Il n'épargna rien au bon traitement , quant aux mets et à la
c( boisson. Lorsqu'ils ont pris le repas, ils se mettent en route. Loki c( de V Enclos-Extérieur sort avec eux et les accompagne jusqu'au de- <( hors du château ; et avant de se séparer d'eux , Loki de V Enclosc( Extérieur s'adresse à Thôr et lui demande comment il pense que « son voyage a tourné , et s'il a jamais rencontré quelque homme «plus puissant que lui. Thôr répond, qu'il ne saurait dire qu'il (( n'ait pas gagné un grand déshonneur dans ses relations avec lui. » ««Aussi je sais encore que vous allez m'appeler un homme person- ««nellement faible; ce qui ne me réjouit aucunement.»» Alors Loki «de V Enclos-Extérieur dit: ««Maintenant que tu as quitté le châ- «« teaH, il faut te dire la vérité que, tant que je vivrai et que cela dé- «« pendra de moi , tu n'y rentreras plus dorénavant. Et je sais, ma «« foi ! que tu n'y serais jamais entré , si j'avais su que tu possèdes ««personnellement une telle force et que tu nous exposerais si près ««à un grand danger. J'ai aussi usé de prestiges contre toi, la pre- ««mière fois, lorsqjue je t'ai trouvé dans la forêt, .quand je suis venu «« me rencontrer avec vous, et, ensuite, lorsque tu as voulu délier le «« sac à provende. C'est que je l'avais noué avec une aiguillette de ««fer, et tu n'as pas trouvé à quel endroit il fallait l'ouvrir. Bientôt ««après tu m'as frappé avec le Marteau, de trois coups : le premier ««était le moindre, et cependant assez fort qu'il eût pu me tuer, «« s'il m'avait atteint à la tête. Mais là où tu as vu , auprès de ma ««halle, la montagne de roches, et où tu as pu voir d'en haut dans ««trois vallées ou enfoncements carrés, dont un surtout Irès-pro- ««fond, c'étaient là des traces de ton Marteau. Avec cette montagne ««de roches j'ai paré à tes coups ; mais tu ne l'as pas remarqué. Il ««en a été de même pour les joutes dans lesquelles vous avez lutté ««contre les hommes de ma garde. Le commencement en fut fait «« par Loki. 11 était très-affamé et il a mangé très-vite. Mais le nommé «« Feu c'était le feu sauvage, et il a consumé en même temps l'auge ««et la grosse viande. Ensuite, lorsque Thidlfi a lutté à la course ««contre le nommé Penser, c'était mon penser, et Thià/fi n'était ««pas habitué à se mesurer avec lui en vitesse. Ensuite, lorsque tu ««as bu dans la corne et qu'il t'a semblé qu'elle se vidait lentement ««je sais , ma foi ! qu'il s'est fait un prodige que je n'aurais pas cru ««possible. Le fond de la corne était placé dans la haute mer, sans ««que tu l'aies remarqué. Mais maintenant que tu t'approches de ««l'Océan , tu pourras voir combien, en buvant, tu as enlevé à la
THÔR CHEZ LOKI DE l'ENCLOS EXTÉRIEUR, 125
«« mer: c'est ce qu'on appelle maintenant le reflux. ))» cdl dit ensuite «encore :;» ««Je ne fais pas moins de cas de ce que tu as soulevé «« le chat ; et pour te dire toute la vérité , tous se sont effrayés , lors- «« qu'ils ont vu que tu as fait perdre terre à une patte. C'est que ce ««chat n'était pas ce qu'il te semblait être; c'était le iSerjomi de ^i<iV Enclos-Mitoyen^ qui entoure toutes les terres fermes; et cepen- ««dant sa longueur ne lui suffisait presque pas pour lui faire tou- ««cher la terre de sa tête et de sa queue ; et tu l'as soulevé si haut ««qu'il fut tout près du ciel. Ce fut encore un grand prodige que, «« dans la lutte où tu t'es engagé avec' Vieillesse, tu aies pu tenir ferme ««aussi longtemps, et que tu ne sois tombé cfue sur un genou ; car ««nul |n'a existé et nul n'existera jamais, tellement fort que, s'ils ««arrivent à l'âge où la vieillesse les attend , la vieillesse ne les fasse ««tous succomber. Et maintenant il est encore vrai de dire qu'il ««importe de nous séparer, et qu'il sera préférable pour l'un et ««l'autre parti que vous ne reveniez plus me trouver. Je tâcherai ««même une autre fois de défendre mon château par des prestiges «« comme ceux-là, et par d'autres encore, de sorte que vous ne puis- ««siez prendre aucun pouvoir sur moi. »)) Lorsque 7%or eut entendu «ces paroles, il saisit son Marteau, et le brandit dans l'air. Mais « lorsqu'il veut le lancer , il ne voit plus nulle part Loki de V Enclos- « Extérieur ; et alors il s'en retourne vers le château et se propose «de le démolir. Voilà qu'il aperçoit, à l'endroit, une grande et belle «plaine, mais de château, point !. Alors il s'en retourne , et continue «sa route jusqu'à ce qu'il arriva à Thrûdvangar (Ghamps-d'Énergie). « Ceci est encore vrai de dire que dès lors il a résolu, en lui-même, « de rechercher l'occasion d'avoir une rencontre avec le Serpent de aV Enclos-Mitoyen^ comme cela est depuis effectivement arrivé.
« — Maintenant , personne , je pense , ne saura te raconter davan- « tage de cette expédition de Thôr. » (44)