‹ La fascination de GulfiChapitre 79 sur 103 · PÈRE-UNIVERSEL ET SES DIFFÉRENTS NOMS · texte numérisé non relu

PÈRE-UNIVERSEL ET SES DIFFÉRENTS NOMS

1 17. Les Bivinités suprêmes. — Les Religions primitives ont commencé par la conception et l'adoration Aq^ Dieux, qui étaient des objets divinisés de la nature, tels que le soleil, la lune, le ciel, la terre , le feu et l'eau , etc. Ces divinités , d'abord particulières à chaque famille ou tribu (v. p. 150), furent adorées, dans la suite, par la nation entière, et formèrent ensemble une famille de Dieux. C'est alors seulement qu'on put songer à mettre entre elles des rapports de parenté et de hiérarchie patriarchale, et dès lors il y eut un Dieu suprême. L'idée d'un Dieu suprême est donc postérieure à la conception de la plupart des Dieux subordonnés. Ce n'était pas ordinairement la divinité la plus anciennement adorée (|ui devint Divinité suprême. Ce premier rang fut assigné à tel ou tel Dltiu pour des raisons très-diverses. Le plus souvent ce fut la Divinité adorée

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par la tribu prédominante au point de vue social , qui ^tint ce premier rang. L'idée de Dieu siqwême impliqua ensuite celle de Père des Dieux et , par suite , encore celle de Père de la Nation. Chez les Scythes ou les ancêtres des Scandinaves, l'idée d'un Dieu suprême se fixa dans la période entre l'an 1000 et l'an 600 avant notre ère. Le dieu Tivus (Ciel) devint le Dieu suprême., et , en cette qualUé, il fut aussi considéré comme le Père des dieux et comme r.//iezi /des nations scy thés. Aussi Tivus eut-il le nom épithétique de Aïeul (scythe Pappaïus , nom adjectif formé de Pappa , père). Chez les tribus de la branche gète, entre le cinquième et le premier siècle avant notre ère, Tius, l'ancien Tivus des Scythes, fut remplacé, comme Dieu suprême, par Vâthans^ qui, comme Père des Dieux et des hommes et comme Protecteur de l'univers, eut le nom épithétique de All-Vatar (Père universel). Chez les Scandinaves , à commencer du premier sièHe de notre ère, ce nom, sous la forme de Allfödur, est resté, comme nom épithétique, au Dieu suprême Odinn.^ l'héritier de l'ancien Vâthans.

Dans l'exposition d'une Mythologie quelconque, le meilleur ordre à suivre c'est l'ordre naturel, c'est-à-dire Tordre qui a été suivi dans la formation et le développement même de la Mythologie (voy. p. 47). Mais pour pouvoir reproduire cet ordre naturel , il faut d'abord le connaître; il faut savoir quelles sont les lois d'après lesquelles se fait le développement inte?'ne ou logique de la Mythologie, et comment se succèdent chronologiquement les phénomènes externes ou les mythes, qui sont l'expression de ce développement interne. Snorri., ayant pour but de donner, dans La Fascination de Gulji, un exposé méthodique de la Mythologie norraine, aurait dû suivre, dans ce traité , l'ordre naturel des matières, le seul qui soit scientifique. Mais cet auteur ne savait et ne pouvait pas savoir quel était cet ordre naturel ou génétique , et c'est pourquoi il a suivi, dans la disposition des matières, une marche qui lui était indiquée par un prétendu point de vue historique, étranger au sujet. Déjà les anciens, consiáérííni les Divinités suprêmes comme les Créateurs du Monde, expliquèrent l'histoire de l'univers en remontant jusqu'à elles ou en commençantpar elles; a Jove principium. Snorri, portant dans la Mythologie norraine son idée chrétienne d'un Dieu absolu. Père de l'univers., et rencontrant, dans cette Mythologie, Odinn, qui était surnommé Père- f/'/i/versel (Allfodur) , crut devoir commencer son exposé mythologique par ce Dieu suprême. Ensuite , d'après le dogme chrétien, le Paganisme n'est que l'aberration des païens , ou leur déviation de l'Orthodoxie ou du Monothéisme primitif, de sorte que Shori-i fut, sans doute, porté à voir dans Allfodur une réminiscence obscurcie et défigurée de la Religion de Jéhova ; il ramena donc, par la pensée, cette divinité suprême des Norrains, à son type véritable, ou au Dieu des chrétiens. Ce qui a encore déterminé 5?iorr2 à commencer son traité par le Père-Universel^ c'est qu'il s'est laissé influencer, non par les exigences de la science mythologique, mais par celles des données fictives , choisies pour l'Encadrement de son Traité. En effet, le but que se propose Gulji en venant à Odinsey , c'est d'apprendre des Ases quelles sont les Divinités qu'ils adorent , et qui sont la cause présjimée de leur puissance extraordinaire (voy. p. 68). Aussi Gw//î est-il parfai-

tement dans son rôle en s'empressant de poser, comme toute première question, celle concernant le Dieu Suprême , le plus puissant de ces divinités. Mais si &iiorri a réellement cru devoir ainsi satisfaire aux exigences épiques de l'Encadrement, il ne se sera pas aperçu qu'en donnant, dès le commencement du Traité , une réponse à la question la plus importante que pût adresser Gulji, ce roi ne pouvait plus, dès lors, avoir un autre intérêt que celui de la simple curiosité , en adressant encore , dans la suite, d'autres questions ayant une moindre importance. Quoi qu'il en soit, au point de vue de la science, Snorri a eu tort de commencer son Traité par IÇiPèî'e-Universel, au lieu de le commencer par le fonds primitif de toute Mythologie , par la conception et l'adoration des Divinités , qui , seulement plus tard , ont été hiérarchisées ou considérées comme subordonnées à une divinité suiyréme. 11 a tort de croire que le dieu suprême est aussi le plus ancien. 11 est encore dans [l'erreur en croyant que Père- Universel signifiait , chez les Scandinaves , également Créateur des hommes et de l'univers, tandis que ce nom ne signifiait que Père des Dieux et des hommes , et Protecteur du monde. Enfin il a tort de croire ou de faire croire que Allfodur est le véritable nom iwo'pre du Dieu suprême, tandis que ce dieu était nommé Odinn, et que Père- Universel n'était qu'un de ses nombreux noms épithétiques et l'un des plus récents.

g 18. Origine des noms propres et des noms épithétiques des Divinités. — Dans l'origine , les dieux primitifs étant des objets de la nature apothéoses , chacune de ces divinités n'avait, comme ces objets eux-mêmes, qu'un seul nom , qui devint son nom p7'opre\ de sorte que le nom propre 'primitif de la divinité était le même que le nom qu'on donnait à l'objet dont cette divinité était l'apothéose. Aussi longtemps que la divinité n'avait qu'un seul nom , elle n'avait aussi qu'une seule attribution, savoir celle qui était exprimée par son nom ou par celui de l'objet qu'elle représentait. Ce nom propre unique et primitif, étant le plus ancien, avait aussi une forme grammaticale ancienne ; c'était un nom d'une forme simple et primitive., c'est-à-dire qu'il n'était ni un nom dérivé, ni un nom composé. Ainsi, par exemple, chez les Scythes, un des dieux primitifs avait le nom propre de Tivus (Ciel), nom simple de forme , et identique au nom primitif qui, dans la langue Scythe , désignait le ciel. Encore dans les temps postérieurs , on reconnaît, dans les Mythologies des peuples lafétiques , les noms propres primitifs des dieux, à leur forme simple. C'est ainsi, par exemple, que, chez les peuples de la branche gète, le dieu qui a été l'héritier du dieu Tivus , eut le nom de Vâthans (plus tard Odinn) , nom propre simple signifiant Impétueux , c'est-à-dire désignant la qualité principale oîi unique qu'on attribuait au Vent, dont Oc?mw était la personnification. Mais à mesure que les divinités primitives , outre leur attribution unique , exprimée par leur nom propre, eurent encore d'autres attributions ou des qualités physiques, morales ou intellectuelles, plus ou moins en rapport avec leur attribution primitive, elles prirent aussi, chacune, plusieurs noms, qui, à côté de leur i\om2)ropre primitif, étaient des noms épithétiques , exprimant les diiTérentes qualités attribuées à cette seule et même divinité. Ces noms épithétiques , s'étant formés postérieurement aux noms propres primitifs, ont aussi r/énéra/cmcntnm' forme grammaticale /jo.v-

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térieure, à laquelle ils sont reconnaissables , savoir la forme de noms dérivés et de noms comjwsés. r/est ainsi , par exemple , que le dieu Odinn, outre son nom propre simple, a eu plusieurs noms épithétiques, entre autres , le nom épithétique de All-födur , dont la forme composée indique sa formation relativement postérieure. Cependant, comme certaines attributions peuvent être exprimées par des adjectifs ayant une forme simple, il se trouve aussi, parmi les noms épithétiques , des noms qui ne sont pas composés. D'un autre côté , comme certaines divinités sont nées du dédoublement des divinités antérieures, c'est-à-dire qu'une divinité s'est spécialisée en autant de divinités qu'elle avait d'attributions, de sorte que les noms épithétiques et composés de cette divinité sont devenus les noms propres d'autant de divinités dédoublées ou distinctes, il est arrivé naturellement que, parmi les nomsjiirojores de ces divinités, dont quelques-unes sont assez anciennes , il s'en trouve aussi plusieurs qui sont des noms composés. Ainsi le dieu 'Soleil ayant chez les Scythes le nom épithétique de Targifavus (Brillant par la large), la plupart des tribus Scythes, en dédoublant le dieu Soleil (Svalius) , distinguèrent entre ce dieu et le dieu appelé Brillant par la Targe^ ou bien adorèrent le soleil à la fois comme dieu Svalius et comme dieu Targitavus.

Comme , en général , la formation des mythes ne s'est pas faite d'une manière systématique ou réfléchie, mais d'une manière spontanée ou involontaire , le nombre des attributions et, par suite, des noms épithétiques donnés à une divinité, dépendait d'une foule de circonstances fortuites, et n'était pas déterminé d'avance par un système religieux quelconque. C'est ainsi , par exemple , que les noms épithétiques du Dieu suprême Odinn étaient très-nombreux; mais leur nombre n'était ni invariablement rapporté dans les Poèmes eddiques , ou dans les Sagas traditionnelles , ni systématiquement limité et déterminé dans aucun document mythologique. Il est vrai que, dans certaines Religions jt)os2Ï2fe5 , l'autorité, soit du Fondateur, soit du Sacerdoce, a pu déterminer d'une manière fixe et arbitraire, le nombre des noms épithétiques à donner à la Divinité. C'est ainsi que la doctrine de l'Islam a établi , d'après le Koran , que Dieu avait cent noms , ni plus ni moins. Mais semblable chose n'a pu avoir lieu chez les peuples de la branche grèie , qui n'avaient ni prêtres formant caste, ni doctrine sacerdotale, ni religion positive.

Snorri savait que le Dieu suprême de la Mythologie norraine se nommait Odinn. Mais , d'après son système historico-mythologique , les Ases du Nord n'étaient que les imitateurs des anciens Ases , des Ases véritables , ou des Ases asiatiques. Ensuite , comme il avait une prédilection marquée pour le nombre rond douze , et comme , sans doute , il avait entendu parler des douze dieux de la Mythologie grecque et de la Mythologie romaine, il se figura que , dans l'ancien Enclos-des-Ases, il y avait eu aussi douze Divins (norr. Dîar) ou Devins, ayant, pour Chef , le Dieu ou Magicien suprême, Odinn. Ensuite, comme il y avait, selon lui, douze dieux , il s'imagina , dans son esprit systématique , que l'ancien dieu suprême Odinn avait porté également douz-e noms. C'est pourquoi il fait dire à Gulfi par l'imposteur Sublime (qui contrefaisait , dans le Nord , l'ancien Odinn). que le Dieu suprême, nommé, dans la langue norraine,

All-födur^ avait, anciennemoiit douze noms; ot pour pouvoir indiquer ces douze noms, il choisit, parmi les noms épithétiques d'Odimi^ ceux qu'il ne savait pas s'expliquer, et qui, pour cette raison, lui semblaient être les plus anciens ou appartenir à la langue parlée dans l'ancien Jsgard. Il connaissait bien encore un plus grand nombre des noms épithétiques ù'Odinn (voy. p. 96), mais il semble croire que ces autres noms ne sont pas aussi anciens que les douze qu'il énumère dans ce paragraphe.

1 19. Explication de douze noms épithétiques d'Odinn. — Il est surprenant que Snorri ne cite pas , parmi les douze noms du Dieu suprême, celui á'Odinn, qui était cependant le nom qu'il aurait dû énumérertout le premier, comme étant le seul nomjaropre primitif de ce dieu suprême; car tous les autres noms, même les douze qu'il cite, ne sont que des ^om^ épithétiques. ?om les raisons que nous avons indiquées (v. p. 155), Snorri a préféré substituer au nom d'Odinn celui de Père- Universel. Yoicî la signification et l'explication de ces \% noms épithétiques :

1° All-fodur. A l'époque très-antienne, lorsque, dans la race blanche, les rameaux iafétique et sémitique ne s'étaient pas encore séparés l'un de l'autre, on désignait le père par le monosyllabe labial ^íæ, dont le son n'exprimait encore aucune notion particulière , mais était une simple exclamation empruntée au langage enfantin, qui, pour la facilité d'émission , préfère tout d'abord les articulations labiales. Pa (père) était mis en antithèse avec ma (mère), autre son labial. Lorsque , dans la suite, les deux rameaux indiqués de la race blanche se furent spécialisés , les mots Pa et Ma se conservèrent dans les langues sémitiques, sous la forme transposée de ab (père) et de am, em, um (mère). Ils se conservèrent également dans les langues iafétiques^ sous la forme de api{cf. lat. avus, norr. a/i, qui, originairement, signifiaient père), et sous la forme réduplicative de papa (dorien appha; cf. Théok. Fisc. 26), et de marna. D^papa (père) s'est formé , dans la langue scythe^ l'adjectif pajöa-/w5 (appartenant au père, ou père du père) signifiant aïeul. Aussi , comme les Scythes se disaient les fils de Targitavus (Soleil), et comme Targitavus était le fils de Tivus (Ciel), Tivus , comme aïeul des Scythes , eut le nom épithétique de Papaïus. Par le changement postérieur de la labiale en une dentale , un peu plus difficile à prononcer , il se forma de bonne heure, à côté de l'ancien mot api (père), le mot similaire et synonyme de ati^ qui n'exprimait pas plus que a/j/une notion particulière , mais qui prit, comme lui, la signification de jðére et de aïeul ^ en grec (attique atta., père, tetta\ dor. dâ p. dada , aïeule ; ion. Dè-mèter^ Yieille-Mère , Terre) , en latin [at-avus., l'aïeul du père), et en scythe, où il a dû exister avant que la race scythe se fût divisée en deux branches , la branche sarmate (slave) et la branche gète (gote) ; car ce mot existe , sous différentes formes , dans les langues d'origine sarmate et d'origine gète. Dans les idiomes de la branche sarmate , la forme réduplicative a produit le lithuanien dêdas (le vieux) , l'illyrien dëda (la vieille), etc. ; l'ancienne forme diminutive otiek (petitpère , père) , a produit le russe otets , le bohème otez , le polonais oitchets, etc. Pour les idiomes de la branche gète , le mot se trouve dans le gothique {atta^ père), dans le vieux-frison {atta), dans le vieux allemand (affo), dans le norrain {edda . aïeule), etc. Les f.oths ont formé de a fia

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(père) le diminutif a^f//«s (petit-père, ours), qui devint, entre autres, le nom propre du roi des Huns'. Les Norrains formèrent également les diminutifs Atli (petit-père , petit vieux) et Jtla (petite-vieille) , qui furent fréquemment employés, comme noms caritatifs, pour désigner Y ours et V ourse, d'après les idées des peuples de la branche gète^ le roi et la reine des animaux. Aussi le nom á'Attilas , donné au roi des Huns , celui à'Jfli^ donné comme nom épithétique à Thôr, et ceM à' Jtla, donné à l'une des neuf mères de Heimdall, impliquèrent-ils, les deux premiers, la signiiication Amours, et le dernier , celle A' ourse.

Postérieurement à l'époque où se sont formés ces noms primitifs de papa et de atta, mais antérieurement à la dispersion des peuples de la race iafttique ,S\. s'est formé le m^lpatar, qui n'était pas simplement, comme papa et atta, une articulation du langage enfantin , mais un mot proprement dit , exprimant par son radical et par sa forme grammaticale , la notion Oie protecteur, ou du^jère considéré comme protecteur. En effet, le radical jm. désignait , par la nature même de ce son , d'abord le rapport locatif 52<r, etpar suite, l'idée de couvrir, Ae protéger; de sorte que la forme grammaticale patar énonçait naturellement l'agent de la protection, ou la notion de protecteur. Ce mot nouveau s'est maintenu , sous difTérentes formes, dans presque toutes les langues de la famille lafétique ; et comme, peu à peu , il s'est substitué aux anciens noms primitifs de papa et de atta , il est arrivé quelquefois que ces noms , quoique plus anciens, n'ont pu autrement se maintenir , dans la langue , à côté du moi patar, qu'en laissant à ce mot nouveau la signification propre de j^ère, et en prenant celle, plus dérivée, à' aïeul (cf. lat. avîis; norr. aji).

Le dieu suprême , Tivus , qui , comme ^?ère des dieux et comme aïeul de la nation , avait eu , chez les peuples scythes , le nom épithétique de Papaïus , prit , chez les tribus de la branche gète , celui de Al-fadvr , qui devint un des noms épithétiques de Vâtans (l'héritier de Tins, l'ancien Tivus) , et fut attribué , chez les tribus Scandinaves , à Odinn (l'ancien Fâtans) , sous la forme de All-födur , et avec la signification de Père-universel , pris dans le sens de Protecteur-universel.

2« Herran ou Herian. — Chez les tribus de la branche gfè^e , Vâtans (appelé plus tard Odinn) ^ le dieu de l'agitation des vents tempétueux , fut substitué à l'ancien Dieu du vent Vâtus (norr. Odr) , et se confondit

(1) Le nom du roi hun était £"/6/ (Libéral) que les Goths, ses sujets (voy. p. 24), ont rendu et ont expliqué par leur mot, à peu près homonyme, de atiilas (Petit-Père, Ours). Ils ont confondu, de la même manière, le nom tatare de Huns avec le mot goth hûn (ours, ourson). Chez les Scandinaves ou les descendants des Goths, le mot milith (miel) fut remplacé par l'expression de Hûn-angan ou Hiln-ang (délice d'ourson), qui fut adoptée aussi par les Allemands (Ex. Honing). Chez les peuples norrains le nom le plus usité pour désigner l'ours était celui de Biörn (norm. Biron, Bijron); et il était tellement honorifique et affectionné qu'on en a encore exprimé la signification par plusieurs noms épithétiques, tels que, par exemple, celui de Miöd-Vitnir (russe Merf-yî/ede , Présage de Miel ; la présence de l'ours présageant celle d'une ruche) et de Beo-Vulf (Loup -d'Abeilles; synonyme de Biörn, l'ours étant le Loup ou le Persécuteur des Abeilles) etc.

avec Tins (norr. Tyr)^ considéré comme Dieu du Combat. Car suivant une association d'idées assez commune dans l'Antiquité, et d'après laquelle l'agitation et la fureur d'une tempête étaient assimilées à l'agitation et à la fureur d'une lutte ou d'un combat, le Dieu des tempêtes prit naturellement aussi les attributions du Dieu des combats. Odinn^ comme Dieu du Combat^ était l'ami du troupier (norr. heiH) , et eut, par conséquent, le nom épithétique de Jime- Troupier (norr. lieria-ann, Heriân^ Herran).

3" Hnikarr ou Nikar. — Chez les tribus de la branche gète, Vâtus , le Dieu du vent rapide et bruyant, était représenté symboliquement par un cheval /fe/messa/ii (knagi; cf. slav. konie^ p. knoïe, cheval). Odinn, substitué à Odr ou Vdr (l'ancien Vâtus) , et considéré , chez les peuples Scandinaves , comme Dieu des vents tempétueux sur mer^ fut aussi conçu , <*,omme tel , sous la forme d'un cheval inarin hennissant , et eut le nom épithétique de Hennisseur (norr. Hnikar , Nikar) , nom emprunté au dialecte germanique ou anglo-saxon , et dont la signification n'était plus connue en Scandinavie longtemps avant Snorri. C'est de Nikar que dérive, sans doute, le nom de la rivière Neckar, qui se jette dans le Rhin. Les érudits anglo-saxons se sont servis du nom de Nikor (cheval marin) , pour désigner l'hippopotame ou le crocodile, ou même un monstre marin quelconque. LesNorrains ont ensuite emprunté à l'anglo-saxon le mot nykor ou nykr , avec la signification de monstre , surtout de monstre marin , changeant.de forme comme Protée. C'est pourquoi les Skaldes ont dérivé , de ce nom, le verbe nykra, signifiant changer déforme comme Protée, et ont ensuite formée de ce verbe, un participe passif neutre ?i//Æmí, pour désigner l'Incohérence (gr. kakemphaton) , c'est-à-dire l'emploi d'une métaphore ou comparaison incohérente, quand , par exemple , dans la même phrase ou dans la même strophe, la comparaison change une ou plusieurs fois (voy. Su. Edda, 1852, II, p. 122). Le Nikar ùe la Mythologie norraine s'étant , peu à peu , rapetissé dans la croyance et dans la légende populaires, il se confondit avec le Nyk (considéré comme un cheval marin, pouvant prendre plusieurs formes) et devint même , dans les pays du Nord , à commencer du quatorzième siècle , un simple Génie ondin nommé Neck, qui avait d'abord la forme d'un cheval marin, et ensuite celle d'un homme aquatique, qu'on reconnaissait à son hennissement, ou , comme on disait, à son rire de cheval (angl. horse-laugh).

4« Nikuz ou Hnikudr. — L'ancien Dieu du Vent {Vâtus, plus tard U.ds, Udr, Odr) et, dans la suite, Odinn, qui lui fut substitué , étant symbolisés, l'un et l'autre, par le cheval hennissant , eurent, chez les peuples de la branche gète, le nom épithétique de Vent- Hennisseur (gète Knagi-vatus; gote Knaggi-ûds ; norr. Kneggi-ôdr , Hnik-ûdr; cf. Svas-udr). L'ancienne forme gote se conserva, en partie, dans Htiikuds, qui, dans le Nord, se changea en iV/Æws , et, dans quelques dialectes germains, en Nichus. Le Nichus des Allemands, comme personnage mythologique, se confondit avec le Nikar des Scandinaves ; comme lui , ce mot prit la signification de hippopotame, de crocodile, de monstre , de Protée ; et de même que Nykar était devenu , sous le nom de Neck, un simple Génie ondin , de même Nichus , sous le nom de Nichs, Nix . ne

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fut plus , dans la légende populaire postérieure , qu'un Génie aquatique , d'après le nom duquel les Naïades et les Ondines prirent , plus tard , dans la langue allemande, le nom de Nixen ou Nisseii.

ô" Fiölnir. — D'après la tradition mythologique, le dieu suprême Odhw. se montre , dans beaucoup de circonstances , à ses ennemis et à ses amis ; mais il ne se montre pas sous sa forme véritable , il est toujours métamorphosé ou déguisé ou caché. C'est pourquoi les peuples de la branche gète lui ont donné le nom épithétique de Caché (gète Filhans, Filhins; norr. Filinn, ou Fîlnir, Fiölnir).

6° Oski. — Odinn, comme Dieu suprême, passait pour le dieu le plus puissant, qui pouvait remplir le mieux le désir, l'attente ou le souhait (norr. vân) des hommes. C'est pourquoi il eut le nom épithétique de Fân-ski (A-souhait) , nom formé comme Skalmo-skis (gr. Zalmoksis)^ et qui se changea, dans l'idiome norrain, en Onski, Oski. C'est ainsi, par exemple , que Oska-byr (brise d'Oski ou d'Odinn) signifie le ventà-souhait, ou le vent favorable.

7*» 0??ii. — Les peuples primitifs comparaient l'action du vent invisible à l'action de l'âme également invisible ; ils donnaient , par conséquent, à l'esprit (lat. spiritus; héb. rouach) et à l'âme (lat. animus)^ le même nom qu'au souflle du vent (gr. anemos). Chez les peuples de la branche gète, Odinn, le dieu de l'agitation des vents, devint également le dieu de l'agitation , du mouvement de l'Ame et de l'Esprit , le dieu du Courage et de l'Intelligence , le dieu de la Prudence et de la Science. Or, à cette époque , la science était un trésor qu'on tenait caché comme un mystère, et qu'on ne communiquait qu'à ses amis et favoris, sous le sceau du secret (voy. p. 58). Odinn , comme Dieu de la Science , est donc le Dieu des Mystères ; et il ne proclame pas ces mystères à haute voix , mais les transmet seulement, dans certains cas , à ses favoris, à voix basse, en chuchotant. C'est pourquoi il eut le nom épithétique de Chuchoteur (norr. Omi).

8° Bîf-lindi, Bîf-lidi. — Ce nom épithétique semble avoir signifié, dans l'origine. Léger (cf. ail. linde) de Frémissement (norr. bîf) et avoir désigné Odinn comme la Personnification de l'air légèrement agité. Plus tard , Bîf- lidi semble avoir été expliqué comme signifiant Tilleul (ou Arhre) fré?nissant , expression skaldique, employée pour dire Bouclier agité dans le combat (cf. riorr. Skiöldr, Bouclier, Fils d'Odinn).

9° Svîdur et 40° Svîdrir. — Lorsque les tribus gotes, appelées plus tard les Svèdes, eurent appris la magie , de leurs voisins les Vanes (Slaves) et les Finnes , elles considéraient aussi Odinn, leur Dieu suprême, comme le Dieu de la Magie., et c'est pourquoi elles lui donnèrent le nomépithéthique de Sviha (Fascination ; nom formé d'un thème primitif signifiant lier , fasciner , trompe?-) , et elles-mêmes prirent le nom de Svî-thiod (Peuple de Svî) , pour indiquer qu'elles se considéraient comme issues de Sviha ou à! Odinn. Plus tard , du verbe svîa (fasciner) s'est formé le participe présent sviands (fascinant , trompant ; norr. svinnr , svîdr) et le substantif svîandus (le trompeur , la fascination) , qui s'est changé en svîdr ou svîdur, et est devenu un des noms épithétiques à' Odinn. Du substantif ^íjícíwr (Fascination) , s'est formé l'adjectif dérivé Svîdrir (Fas-

cinateur , Magicien) , dont on a formé également un nom épithétique d'Odinn.

11° Vîdrir. — Comme la tempête ne diffère du vent que par sa vitesse (22 mètres par seconde), le mot qui signifie tempête, dans les langues germaniques (norr. vedur) , dérive du même thème dont dérive le nom signifiant vent (norr. vindr^. vahinds). Or, du substantif î;ei/wr (tempête) s'est formé l'adjectif dérivé Vidrir (Tempétueux) , dont on a fait un nom épithétique, attribué au dieu suprême Odinn, considéré comme Génie des Tempêtes.

12« lalg ou lalgr. — Les peuplades scythes^ qui ont formé la branche sarniate, ayant appris à connaître, dans leur nouveau pays, l'eYa/i, ont donné à cet animal le nom de a/Æ2í5(Strabon, Æo/o^ pour o/Æo5;lith. alkis; russe hlos, los) , qui signifie ardent, effervescent. Ce nom s'est transmis , plus tard , aux peuplades de la branche gète (germ. alks; vieux-ail. elaho\ anglos. elch; norr. elgr) et aux Romains (lat. alces). Comme alkus signifiait effervescent , ce nom servait aussi, chez les peuples sarmates et germains , à désigner le jeune homme à l'âge de puberté. De là, chez les Serbes (Svares, Spores , Svales , Slaves) , le nom de holec , signifiant gars. Chez les Nahar-Vales (Vales de la rivière Nahar) , en Germanie , on adorait, dans un bois sacré, deux jouvenceaux qui présidaient aux vents, et que , pour cette raison , les Romains ont comparés à Castor et à Pollux. Ces deux Génies portaient, l'un et l'autre , le nom de Alks {Tacit. Germ. 43) , qui signifiait à la fois élan ^i jouvenceau. De même que les anciens Scythes avaient comparé les vents tempétueux à des chevaux ardents, de même, leurs descendants, les peuples de la branche gète, comparèrent les tempêtes à des élans, et, les symbolisant par ces animaux , leur donnèrent également le même nom qu'à ceux-ci (norr. eli p. elhi, élan , tempête). Odinn, le Dieu des Tempêtes, eut, par conséquent, encore le nom épithétique de lalkr ou lalg (Élan, Tempête).

(6) ODINN DIEU ÉTERNEL ET CREATEUR DE L'uNIVERS.

§ 20. Odinn dieu éternel et dieu conservateur. — L'éternité de la divinité , c'est-à-dire l'idée qu'un Dieu a existé de tout temps , ne se trouve et n'a pu se trouver exprimée dans aucune Mythologie populaire ; car cette idée est, comme celle d'infinitude , un postulé de la Raison théorique et n'a pu être conçue que dans des religions devenues philosophiques , ou dans les religions strictement monothéistes, qui seules considèrent Dieu comme l'Être absolu et, partant, éternel. La Mythologie norraine représente Odinn, le Dieu suprême, comme étant né, ainsi que les autres divinités, à une certaine époque, et comme devant périr, ainsi que les autres Dieux, à l'expiration du temps, ou au Crépuscule des Grandeurs. Si donc Snorri, à la question de Piétonneur : Où est Père-Universel? idM répondre par Sublime , qu'il vit dans tous les âges, il confond l'idée d'existence éternelle de Dieu, telle qu'elle existe dans le Christianisme, avec l'idée d'une vie très- longue , que la Mythologie norraine attribuait à Odinn , et il est en contradiction manifeste avec cette Mythologie, qui, en parlant de l'origine d'Odinn , dit positivement qu'il y a eu des âges où ce Dieu n'existait pas. Si ensuite^ pour répondre à la question : «Que peut Père- Universel? Stiorri fait dire à Subli^ne que ce

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(lieu prend soin de toutes choses grandes et petites , cet auteur prête à la religion norraine une idée qu'elle n'avait pas non plus , à savoir l'idée chrétienne d'une providence nnivei^selle. Les Scandinaves , quelque développée que fût dans la suite l'idée qu'ils se faisaient de leur Dieu suprême, ne voyaient cependant en lui que ce qu'était nécessairement tout dieu du Polythéisme, savoir un dieu qui a sa spécialité^ et qui, selon son rang plus ou moins élevé, préside à un plus ou moins grand nombre de choses , mais qui n'était jamais conçu comme présidant à toutes choses.

g 21. Odinn dieu créateur. — L'idée que Dieu est le créateur de toutes choses , dérive de celle de l'existence absolue et éternelle que les religions philosophiques lui attribuent. Les Mythologies anciennes , ne pouvant concevoir les divinités comme ayant une existence absolue, ne purent pas non plus les considérer comme les créateurs de toutes choses. Tout au contraire , elles considéraient la matière comme ayant existé antérieurement à toutes les divinités, et comme leur ayant donné naissance. C'est pourquoi, si les Divinités polythéistes sont représentées comme créatrices, elles le sont uniquement en ce sens qu'elles ont seulement façonné, comme le font les hommes, telles ou telles choses, ou qu'elles ont transformé ou métamorphosé la matière qui existait avant elles. Ainsi , Odinn, suivant la Cosmogonie norraine, 2i façonné le Monde , c'est-à-dire que , dans le Monde primitif qui existait avant lui , ce dieu a confectionné les trois Séjours qui renferment tout ce qui intéresse les hommes, savoir: 1» le ciel, contenant tous les astres visibles, qu'on croyait y être fixés comme sur une voûte mobile ; 2° la terre , qui comprend la mer et tout ce qui vit sur la terre et dans la mer , et 3° l'air , qui est entre le ciel et la terre , et comprend tout ce que nous désignons sous le nom général dQ phénomènes météorologiques. Si donc Snorri , à la question de Piétonneur: « quelles œuvres de distinction Père-Universel a-t-il achevées ? » fait répondre par Equi-Suhlime, que ce dieu a confectionné le ciel et la terre et l'air, et tout ce qui leur appartient, cette réponse, si elle est conforme à la Mythologie norraine , n'énonce pas que Odinn est le Créateur de la matière, aussi bien que de la forme du ciel , de la terre et de l'air ; elle énonce seulement que ce dieu a fabriqué, avec la matière ^t\2i existante, le ciel , la terre et l'air , ainsi que nombre de choses qu'ils renferment.

g 22. L'homme , l'œuvre principale du Créateur. — On juge de la grandeur d'une divinité \ d'après ses œuvres ; et c'est pourquoi Piétonneur adresse la question : « quelles œuvres de distinction Père- Universel « a-t-il accomplies?.») Les peuples primitifs et leurs ascendants, par cela même qu'ils voyaient dans les grands objets de la ISature , tels que le ciel, la terre, l'air, le feu, etc. , des Puissances surhumaines, qu'ils adoraient comme des divinités , plaçaient naturellement ces objets bien au-dessus de l'espèce humaine. Ce n'est que bien tard que l'idée philosophique, pénétrant dans les religions anciennes , a assigné la première place , parmi les objets de la création, à V homme, en tant qu'il possède une âme immortelle. Par conséquent, si Snorri, à la question de Piétonneur , fait répondre par Troisième, que \^ principale œuvre de Père-Universel , c'est qu'il a fait V homme , cet auteur parle , non pas dans le sens de la Mythologie norraine , mais dans celui du dogme chrétien. D'après le mythe

i64 COMMENTAIRE CRITIQUE PERPÉTUEL.

norrain (voy. Poèmes Islandais, p. 188), Thomme n'a pas été créé par Odinn seul ; mais le premier Homme (Jskr) et la première Femme [Emblà) ont été originairement deux troncs d'arbre , qui ont été transformés en êtres humains par les trois Ases Odinn , Hœnir et Elodurr. Ce mythe ajoute que Odinn a donné, aux premiers hommes, l'awe; mais il ne dit pas que. cette âme ^XsiVrimmortelle et libre. Les peuples de la branche gkte, comme leurs ancêtres et comme presque tous les peuples de l'Antiquité , croyaient , il est vrai , à une vie future , à une existence après la mort; car cette croyance est tellement dans l'intérêt personnel de l'homme, qu'elle est partagée par tous les peuples , même les plus barbares. Mais en admettant une y\& future , plus ou moins semblable à l'existence terrestre , ces peuples confondaient volontiers le corps avec l'âme , ou plutôt , leurs idées sur la différence entre l'une et l'autre n'étant pas développées , ils n'établissaient pas , comme le fait le Christianisme , une distinction très-marquée entre le corps périssable et l'âme immortelle, et ne considéraient pas, non plus, l'immortalité de l'âme comme une prérogative de l'espèce humaine, ni comme une preuve de la dignité, de l'excellence et de la supériorité de sa nature. Le Christianisme , au contraire , établit la dignité et la supériorité de l'espèce humaine sur l'immortalité et la liberté de l'âme , qui font que les hommes sont les enfants de Dieu , que Dieu s'intéresse au salut de leur âme , et qu'il aime l'humanité au point que , pour la sauver, il a établi l'œuvre de la Rédemption. Snorri, guidé par les dogmes chrétiens, fait dire à Troisième, contrairement aux données de la Mythologie norraine, que Père- Universel 21 fait de l'homme son œu\re principale , en lui donnant une âme immortelle. Allant ensuite au devant des objections qu'on pourrait lui faire au sujet de la mort et de la disparition des hommes , Snorri se laisse entraîner à une digression qui le fait sortir du cercle des idées où il aurait dû renfermer la réponse à faire par Troisième. Il démontre que les hommes sont immortels , bien que leurs corps soient réduits en pourriture dans la tombe , ou en cendres sur le bûcher, puisque leurs âmes, continuant à vivre, vont, les unes au Ciel , les autres aux Enfers.

g 23. Séjour de l'homme après sa mort. — D'après la Mythologie norraine, V Allée- Agréable (Vin-Gôlf) était la demeure de Frigg , l'épouse d'Odinn , où elle recevait , après leur mort sanglante, les guerriers qui , ainsi que les héros reçus par Odinn dans la Halle-des-Occis , devinrent les Fils-Adoptifs (Osk-megir) ou les Troupiers-Uniques (Einheriar) du Dieu des tempêtes et des combats. h'Etincelant (Gimli) est un Endroit , dans les régions supérieures, au sud-est du Ciel. C'est là que s'élèvera, lors du Renouvellement du Monde, une Salle où séjourneront les peuples fidèles et jouiront d'une félicité éternelle. VÉtincelant n'est donc pas , comme le ait Snorri, identique avec V Allée-Agréable; il n'est pas , non plus , le séjour ordinaire des Justes, comme l'est le Paradis chrétien. On pourrait plutôt le comparer à la Nouvelle Jérusalem , qui , selon la doctrine chrétienne , se formera lors de la Consommation des Temps, et renfermera les Justes après le Jugement dernier. D'ailleurs , il y a une différence essentielle entre lesJJeux de félicité de la Théologie chrétienne et ceux de la Mythologie norraine ; c'est que dans ceux-ci le bonheur n'est

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pas départi d'après les mêmes principes et aux mêmes conditions que dans ceux-là. En effet , les Scandinaves obtenaient la félicité dans la vie future , non , comme les chrétiens , par des qualités morales , par la charité , la justice , la mansuétude , mais par des qualités tout opposées , par la force physique, la valeur, la violence, la mort sanglante, et, tout au plus par \^ fidélité à observer les engagements contractés.

D'après le mythe norrain , il se trouve , au Nord de la Terre et plus bas qu'elle, le Séjour-de-Hel ^ lieu qu'on peut comparer à \ Or eus ou aux Enfers des Anciens. Le Hel-Bmmeux est situé plus au Nord et plus bas encore ; c'est une dépendance du Séjour-de-Hel ou du huitième Séjour , à peu près comme , dans la Mythologie hindoue , le lieu de supplice , Nâraka {voy. Chants de Sol , p. 102), est une dépendance des PaM/a* (Enfers). Dans Hel-Brmneux , il y a un Endroit nommé Rives-aux- Cadavres (Nâ-strendr), qui s'étend jusqu'au neuvième Séjour, appelé Séjour- Bru?neux {NiÛ-he'im), et qui est le lieu de supplice pour les parjures, pour les hommes de mauvaise foi , et pour les lâches assassins. En eifet , c'est là qu'habite le Bec-Jaune (iNef-fölr)ou le Dragon volant Nidhögg (Frappede-Colère) , qui ronge l'une des racines de l'Arbre-du-Monde. C'est là qu'il suce les cadavres des décédés qui arrivent du Séjour-de-Hel, et qu'il déchire les trépassés , sans doute , afin de fournir les ongles qui doivent servir, dans le Hel-Brumeux , à la construction dii Navire-d' Ongles (Nagl-far). C'est à tort que Snorri identifie , ou , du moins, compare le Hel-Brumeux à \ Enfer chrétien. Car ce n'étaient pas seulement les méchants qui descendaient dans le Séjour-de-Hel et dans le Hel-Brumeux, mais aussi les faibles, les enfants, les femmes, les vieillards, et les esclaves , tandis que \ Enfer chrétien , à l'exception des Limbes , ne recevait que ceux qui, pour leurs péchés, méritaient d'y descendre.

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