NÖRVI ET SES DESCENDANTS
g 52. Nörvi et sa fille Nôtt. — Ce paragraphe (qui ne se trouvait pas dans la rédaction première du Traité de Snorri, mais qui y a été inséré posté-
rieuremeiit par cet auteur ; voy. p. 37) renferme quelques mythes dont il importe de déterminer la nature et d'expliquer la formation. A l'époque relativement postérieure , où la plupart des personnages de la Théogonie et de la Cosmogonie avaient déjà été imaginés , on conçut , en imitation de ces personnages, et en personnifiant seulement certains phénomènes de la Nature , une série d'Êtres mythologiques qui tenaient le milieu entre les Divinités et les Démons , et se rapprochaient davantage , par leur caractère , soit des uns , soit des autres. Les mythes , qui se rapportent à ces Êtres mythologiques, ne sont pas symboliques , et ne reposent pas sur Y intuition ; ce sont des mythes allégoriques , conçus par le moyen du raisonnement, de l'induction, et surtout de l'analogie. Tels sont, entre autres , les mythes sur la Nuit et le Jour.
Nôtt (Nuit) n'est autre chose que la personnification , en quelque sorte poétique, de la nuit (norr. nôtt, p. naht, inclinée, assoupie). Comme la nuit sort du crépuscule du soir , Nôtt fut aussi considérée comme Issue ou comme Fille de Norvi, la Personnification du crépuscule. Le nom de Nörvi se présente sous plusieurs formes dans les documents mythologiques. Les formes primitives paraissent avoir été Nahari ou Nahvari. De la première de ces formes dérivent les noms tle Nâri et Nôri; de la seconde les noms de Narvi (p. Nahvri) , Narji, Norvi et Niörvi. Tous ces noms proviennent d'un thème idéal Nika (être incliné , pencher), qui est la racine commune du mot sanscrit 7iiç (nuit), du mot gothique naus (p. nahu-s , incliné , mort) , du mot grec nekus (mort) , du mot allemand nacht (nuit) , et du mot norrain ndr (mort). La forme active nâri ou norvi (qui fait pencher) exprime ce qui donne la défaillance , le sommeil , la mort. Ainsi aldur-nâri (Tuant-le-Siècle) est une expression épique et skaldique pour désigner le feu {cf. Mud-spel ^ Gâte-Monde), puisque c'est par le feu que périra le Monde. Le nom de Niörva-sund (Détroit de Niörvi) , qui , dans la langue norraine , désigne le Détroit de Gibraltar, signifie proprement Détroit du i'o/r^ ou de rOí;c20?ení, ou Détroit d'^e.spérie. Norvi est donc la personnification du Déclin , du Sommeil et de la Mort ; il est particulièrement la personnification du crépuscule du soir; et, comme telle , Narvi ou NarJi est fils de Loki (Clôtureur) , qui est la personnification de la Fin des choses , comme son antagoniste , Heimdall o\iRigr{\oy. p. 194) est la personnification d\i Commencement des choses. Niörvi^ la négation et l'ennemi de la lumière, est un démon ; il est, par conséquent, de la race des lotnes , comme tous les êtres mythologiques appartenant à l'hiver et à la nuit. On se figurait l'iotne Norvi ou NarJi comme un Loup-garou; le loup, comme son homonyme , le renard (norr. narvi, renard; cf. goth. vulfs, loup; lat. vulpes , louve, renarde) étant l'animal crépusculaire par excellence , qui cherche sa proie entre chien et loup ; et les Neures (p. Narvies) , cette tribu scytho-sarmate , qu'Hérodote représente comme des loups-garoux, passaient, sans doute, dans la tradition , pour être en rapport de parenté avec NarJi, le fils de Loki. iVorîJ2(Hesperus,leSoir), a pour fille iVdi/(Nuit); elle n'est pas, ici, comme dans la Mythologie grecque, un symbole zoomorphe, conçu par intuition . de la nuit, avec laquelle elle serait identique , mais elleest une Déité anthropomorphe, présidant à la nuit, dont elle est personnellement distincte.