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§ 53. Nôtt , épouse de Naglfari et de Onarr. — La nuit pouvant être considérée par rapport aux trois tiers dans lesquels les Anciens avaient coutume de la partager, on assigna aussi , dans la Mythologie, à Nôtt, successivement trois époux , qui représentaient, sans doute , les trois parties successives de la nuit. Snor7H,']e ne sais d'après quelle autorité, donne 2iNôtt , pour 'premier époux, le nommé Naglfari (Au Navire d'Ongles); c'est un Démon , Thurse ou lotne , qui est le représentant des profondes* ténèbres de la nuit, et le Précurseur de la destruction du Monde. Son véritable nom est Loki de l'Enclos-Extérieur (Utgarda-Loki) , frère de Bileyst (Pousse-Grain) ; «t il porte le nom épithétique de Au Navireci' Ongles, parce que , à la Fin du monde , il s'embarquera , avec les Démons destructeurs, sur le Navire- d'Ongles (Naglfar), qui aura été construit avec les ongles des Trépassés descendus dans Hel. Audur (Inculte) , le fils de Nôtt et de Naglfari, représente , probablement , l'aspect triste , inculte et morne, que prend la terre dans la nuit et les ténèbres (cf. Judhumla, p. 181). D'après i'yiorrz^ ou d'après un mythe cosmogoniquedont Snorri pouvait encore avoir connaissance , le second époux de Nôtt est Onar\ et lord (Terre) est la fille de Onar et de Nôtt. En eiFet, dans le langage skaldique , la terre est appelée poétiquement la Fille d'Onar ; d'un autre côté , dans les chants épiques de l'Edda , lord est appelée Fille de Nôtt (cf. Brynhildar Kvida., I, str. 3). Snorri est donc en droit de dire que Onar était Y époux de Nôtt. Mais qu'il ait été le second époux , aucun document mythologique , du moins de ceux qui nous restent, ne l'énonce. Cependant Snorri, ayant déjà nommé un 'premier époux, Naglfari., considère naturellement Onar comme le second; peut-être, au lieu de Onar, lisait-il Annar (l'Autre), et il s'est expliqué ce nom comme signifiant \ Autre, c'est-à-dire le second époux. Onar est un nom épithétique de Œgir, le Génie de l'Océan terrible. Les Scythes donnaient à l'Océan ou au Génie qui le représentait^ le nom de Effrayant (Tami), ou de Effrayant Beaucoup-Sachant (Tami-Mâza-dàs). Les peuples de la branche gète^ au lieu de Tami., disaient i'am/ et Tomi{y. Les Gètes, p. 250). Lorsque la Cosmogonie se forma , le nom de Sami (norr. Samr) et de Tomi (norr. to7iir, désert) eut le nom plus expressif de ^er^ewí (Agis; norr. Œgir; sansc. Ahis; gr. Echis) ; et l'Océan étant considéré comme entourant la terre , il eut le nom de Gumis (norr. Gymir , Entourant, Protégeant). L'iotne Œgir ou Gymir, le représentant de l'Océan redoutable, passait pour un Démon auguste (sansc. svaryas , céleste; germ. hêri; norr. hâri; ail. hehr)., par l'agitation de ses vagues (sansc. aughas ; norr. vâgr) , ou par l'agitation , l'épouvante (norr. ôgn ; cf. gr. ôgen , ôkeanos) , ou la frayeur qu'il inspirait. C'est pourquoi il eut le nom épithétique de Ogn-hârr (Auguste d'Agitation), qu'on a changé en Onarr (cf. Ragnarr , p. Ragin-harr ; Sigarr p. Sig-harr; Fialarr p. Fial-harr, etc.). Comme l'a long se rapprochait, dans la prononciation norraine , de Vô, le nom à' Onarr devint presque homophone avec Anarr (p. Agnharr, Agnarr, Chasseur, Pêcheur), qui est le nom d'un Dverg de la nuit. Mais, en aucun cas, l'iotne Oiiar ne saurait être identique avec le Dvergue Anar ; car les Dvergs sont des Êtres météorologiques (voy. p. 218) et non des Êtres cosmogoniques ; et jamais la Mythologie
n'a pu songer à faire d'un Dverg , fils chétif de la Terre , l'époux de Nôtt et le père de lord. Les noms de Onar et de Anar diffèrent essentiellement du mot anar-r (p. andar-r), l'autre. Cependant il semble que , déjà du temps de Snorri, on a confondu ces trois noms, et l'on a expliqué le nom de Owar (confondu avec ^/^ar), comme signifiant simplementl'^î^ire, c'est à-dire le second époux. Les Scythes considéraient les pays ou terres comme sortis des eaux; c'est pourquoi ils donnaient au paya ou à la terre le nom de aquatique {^cyiheJpia) , et adoraient la Terre sous le nom de Apia (voy. Les Gètes , p. 170). Plus tard , chez les peuples de la branche gète, lorsque, avec la Cosmogonie , se forma l'idée de Terre, comme Ensemble de tous les pays, la Terre, nommée lörd^ fut encore considérée comme .sori/e de l'Océan (norr. Gymir) et, par conséquent, comme la fille de Gymir ou de Onar. lord, la fille à' Onar, a pour mère Núíf^ cela signifie que , d'abord, au point de vue cosmique ou par rapport au Monde, la Terre , d'après le système mytho-cosmogonique , est considérée comme provenant ou comme sortie de la Nuit du Monde , c'est-à-dire du Chaos ou du Néant, ainsi que, dans la Mythologie grecque, Gaïa (Terre) est appelée la F27/e de Chaos; ensuite^ cela signifie que, au point de vue des saisons, ou considérée par rapport à l'an^iee^ la Terre, qui, au printemps, commence sa période de production , sort, provient ou descend de l'Hiver, qui est la Nuit de l'année ; cela signifie , enfin , que , au point de vue de la journée, ou par rapport à son apparition diurne, la Terre naît de la Nuit, puisqu'elle sort ou naît, en quelque sorte, chaque matin, des ténèbres qui l'avaient couverte ou enveloppée dans la nuit. Ce. mythe co smo g oblique , sur l'origine dit lord, bien qu'il ne remonte guère au delà du deuxième siècle avant notre ère, est cependant antérieur à l'autre mythe déjà cosmogonique et plus épique , d'après lequel la Terre a été façonnée.par les Ases, avec la matière tirée du corps d'Ymir (voy. p. 188). l 54. Delling, troisième Époux de Nôtt. — Le troisième Époux de Nôtt. selon Snorri, est Delling (Issu de Dali). On ne sait d'après quelle donnée il parle de ce troisième mariage mythique , qui , du reste , paraît être authentique dans la tradition ; car , d'après la strophe 25 des Dits de Vafthrûdnir, Dagr (Jour, p. Dav-ingr, Issu de Brillant) est fils de Delling (Issu de Dali); et, d'un autre côté, le Jour (Dagr), qui procède de la Nuit (Nôtt) , est appelé Fils de Nôtt (et de Dav). Snorri a dû conclure de là que Nôtt a été l'Épouse ou du moins l'Amante de Delling; et ayant déjà cité Audur et Onar comme ayant été ses deux premiers époux , il appelle Delling le troisième époux de Nôtt. Il considère , avec raison , ce mariage comme le dernier, puisque Delling représente la dernière partie de la nuit. En eff'et, Delling , dont le nom signifie Jssic de Dali, est probablement fils de Heim-dall (Arbre du Séjour) , qui est la personnification symbolique de l'aube du Monde ou du commencement et de la naissance de toutes choses. Delling représente le Crépuscule du matin ou le Point-du-jour; il est l'opposé de Nörvi (Crépuscule du soir); le premier appartient déjà au jour et à la lumière; il est de la race lumineuse des Ases ; le second appartient déjà à la nuit ; il est de la race ténébreuse úeslotnes. Jour (Dagr) est le fils de Point-du-Jour (Delling) et de Nuit-^ tous les trois , Jour., Point-du-Jour et Nuit., ne sont pas des concepts de
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l'intuition ; ces sont des personnifications allégoriques du point du jour, de la nuit, et du jour. Aussi ces personnages ne se confondent-ils pas avec les objets qu'ils représentent; ce sont des Génies qui président à ces objets ou phénomènes, dont ils diffèrent comme personnes anthropomorphes. Le mythe suppose que le jour est chaque fois amené au ciel par l' arrivée du cheval Crin- Lui sant ^ traînant le char où se trouve le Génie qui préside an jour, et qui, sans être le jour lui-même, porte, comme lui, le nom de Jour. De même , la nuit est amenée au ciel par l'arrivée du cheval Crin- Givreux , traînant le char où se trouve le Génie qui préside à la nuit, et qui , sans être la nuit elle-même , porte , comme elle , le nom de Nuit Ce que Snorri ajoute sur les chars de Nuiû et de Jour, sur les chevaux qui les traînent, et sur l'origine de la rosée du matin , est emprunté aux Dits de Vafthrûdnir , strophes 12« et 14«. (Voy. Poèmes islandais , p. 264.)
(18) MYTHES COSMOGONO-ÉPIQUES SUR SÔL ET MÂNI.
l 55. Mundilfari , père de Soi et de Mâni. — Dans l'origine , chez les Scythes, {^Soleil (Svalius) et la Lime (Svalia), étaient des divinités zoomorphes; plus tard ils devinrent des divinités anthropoinorpltes , et furent considérés alors comme fils et fille de Tivus (Ciel) et á'Jpia (Terre). Ils furent adorés , le premier, sous les noms épithétiques de Targitavus (Brillant par laTarge), de Vaitu-Skurus{?vom^i à la chasse), de Skotaris (Archer) , de Pakus (Vénérable) , de Tavit-varus (Garde du peuple) , de Pravus (Seigneur) , et la seconde , sous les noms épithétiques de Vaitu- ^Æwra (Prompte à lâchasse), de ^rím-jPasa (Dame Productive), de Á'z;a/e/ (Effrayante), etc. Dans la religion des peuples de la branche gtte , le dieu du Soleil , se dédoublant de plus en plus , eut les noms épithétiques de Ballhus (norr. Baldur, Force), de 5Æa/mo.cÆz6' (A-la-Peau) , deFravius (norr. Fretjr, Seigneur) , etc. La Déesse de la Lune , se dédoublant également, eut pour héritières les déesses nommées Skalmoskis , Fravia (norr. Freyia, Dame), etc. Les attributions du Dieu du soleil et de la Déesse de la lune, augmentèrent avec le temps; et, en augmentant, elles firent oublier, de plus en plus, la spécialité jöHm27M-e de ces divinités comme Dieu du soleil et comme Déesse de la hme. Dès lors, le rapport primitif entre ces astres et les divinités qui y présidaient, étant rompu , les astres eurent une mythologie différente de celle de ces divinités. Or , comme à ces astres , jadis adorés et maintenant devenus de simples objets de la Nature , se rattachait traditionnellement un culte , le soleil et la lune passaient pour des astres sacrés, et l'on imagina des divinités pour présider à ces objets sacrés. A cette époque (à peu près au troisième siècle avant notre ère) , les nouvelles divinités qui furent imaginées, étaient toutes anthropomorphes, et elles prirent les noms des objets auxquels elles présidaient. A cette même époque (où la branche gète était déjà séparée de la branche sarmate) , le mot usité dans les idiomes de l'une et de l'autre branche, pour désigner le soleil comme astre, était , un moi féminin (lith. saule; goth. sunno; norr. sunna., sol, etc.), et le mot, pour désigner la lune, comme astre, était un mot masculin. Aussi la nouvelle divinité imaginée , pour présider au soleil , prit-elle le même
nom féminin que cet astre, et fut, par conséquent , considérée elle-même comme une ámmié-fe??i?ne. Au contraire , la divinité imaginée pour présider à la lune , dut, par les mêmes raisons, être considérée comme une divinité mâle. C'est ainsi que furent conçus Sôl^ la Déité du soleil, et Mâni, le Génie de la lune. La Cosmogonie , pour expliquer ensuite l'origine du soleil et de la lune , comme astres , imagina qu'ils étaient, ainsi que les autres étoiles, des étincelles gigantesques qui , lancées dans l'espace , au Séjour de Muspill {\oy. p 175) , erraient longtemps sans règle , jusqu'à ce que les Jses leur eussent donné pour guides deux Génies , Soi et Mâni. Ce mythe cosmologique , tout en représentant le soleil et la lune comme des étincelles lancées dans l'espace , ne put cependant pas encore faire abstraction de \sl personnification mythologique dont ces astres avaient été anciennement revêtus. Aussi , malgré la contradiction qui résultait de cette double manière de concevoir ces astres , ces personnifications se sont encore maintenues quelquefois dans la tradition. Ces personnifications se trouvent, par exemple, dans la strophe suivante de la Vision de la Louve :
« Soi répand, du sud, ses faveurs sur Mâni,
« A la droite de la Porte du Coursier-Céleste ;
« Sol ne le savait pas, où elle avait ses demeures ;
« Les Étoiles ne le savaient pas , où elles avaient leurs places;
« Mâni ne le savait pas quel était son pouvoir. Dans le mythe rapporté par Snorri^ Sol et Mâni ne désignent pas les astres eux-mêmes, mais les Génies qui président à leur mouvement. Cependant, dans la tradition mythologique, ces Génies empruntent, outre leur nom , encore certains caractères , aux astres auxquels ils président. C'est ainsi que la tradition populaire , rapportée par Snorri , au lieu de représenter ces génies comme des Jlfes (voy. g 84) , leur donne une oririne iotnique , parce que , d'après la Cosmogonie , le soleil et la lune sont sortis , comme étincelles , du Séjour de MuspilL et que Muspill ou Surtur., comme représentant des forces gigantesques du Monde igné primitif, compte parmi les lotnes. Et voilà pourquoi le père de Mâni et de Soi est un lotne nommé Mundil-fari , nom qui signifie Voy ageant-en-Cir cuit (norr. mund^ cercle, tour, temps; möndull, tour, axe; sansc. manda las^ cercle) , et désignait, dans l'origine , le Ciel qui se meut en sphère, et puis le Temps ^ qu'on se figurait comme une période circulaire (cf. gr. chronos^ kronos., cercle, temps; lat. coróna^ la circulaire, le cercle). Dans la suite, le mythe cosmogonique tournant de plus en plus au mythe épique et même au conte populaire , Mundilfari fut assimilé entièrement aux lotnes. Son nom déjà ressemblait aux noms iotniques de Nagl-fari (voy. p. 199) et de Svadil-fari (voy. § 141). La tradition populaire des temps postérieurs lui attribuait , conformément au caractère des lotnes , un orgueil démesuré, et donnait pour cause de cet orgueil^ la trop grande idée qu'il avait de la beauté de ses deux enfants , Sol et Mâni. Aussi les Âses , pour punir son outrecuidance , enlevèrent-ils ces deux enfants ; ils les transportèrent de la terre au ciel , comme ils ont transporté, sur la voûte céleste , sous forme de constellations , les yeux de l'iotne Thiassi et le doigt de pied de l'iotne Örvandil. Soi et Mâni sont con-
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damnés par les Jses à conduire les chariots du soleil et de la lune. D'après la tradition populaire , ils sont- les serviteurs ou les Serfs des Dieux, semblables presque aux serves iotniques Me?iia et Fenia, ou, du moins, aux enfants Thialji et Röskva , que Thôr enleva à leur père , le Géantdes-Montagnes.
§ 56. Sôl , la fiancée de Glèn; ses deux chevaux. — Sôl et Mâni ayant été conçus à une époque postérieure , et conçus d'abord comme personnages cosmogoniques , et , plus tard , comme appartenant à la race iotnique, ils n'ont , pour ces raisons , jamais été adorés. Seulement, comme quelques traditions, concernant l'ancien dieu Soleil^ se sont conservées, et que Sôl, confondue avec le soleil, se rapprochait, par sa nature bienfaisante et lumineuse, des Alfes et des Ases, cette fille de l'iotne Mundilfari figure, dans quelques mythes , parmi les Asynies (Amies des Ases), de la même manière et pour la même raison que Skadi., la fille de l'iotne Thiassi , Qi Gerdur ^ la fille de l'iotne Gymir. Selon 5norW , 5d/ est fiancée à Glèn; et eifectivement , le Skalde Skûli^ Fils de Thorstein, appelle Sôl la Concubine de Glèn (voy. Snorra Edda , p. 330). Ce nom de G/èn, ou bien signifie Joli , Brillant (cf. gr. kleinos; Hésych. glê- 7106-, lumière; anglos. clæne; ail. klein , joli, gentil, petit), et désigne, sans doute , dans ce cas , un Alfe , l'Étoile du soir et du matin , ou bien , il est synonyme áeHlæ ou Glæ , et désigne l'Océan , où le Soleil [Sôl) se couche; ou enfin, il est synonyme de Glyrnir , qui désigne l'Océan céleste, c'est-à-dire l'atmosphère attiédie par les rayons du soleil.
Ce que Snorri rapporte des chevaux de Sôl et du Fer-Réfrigérant, est confirmé par la strophe 37 des Dits de Grimnir. Comme on se figurait Matinal et Tout-Alerte^ les deux chevaux de Sôl, attelés au chariot sur lequel étaient placés à la fois l'astre du soleil et Sôl dirigeant l'attelage, le récit épico-mythique se croyait obligé d'expliquer comment ces chevaux, se trouvant si près du soleil , ont pu supporter une chaleur aussi excessive. Il a donc imaginé que, sous les épaules, à l'endroit où les chevaux souffrent le plus de la chaleur, il se trouvait, pour les rafraîchir, un fer qui, par la nature de ce métal , toujours frais (norr. kalt-isarn.^ fer froid), communiquait sa fraîcheur aux chevaux.
§ 57. Les phases et les taches de la lune. — La manière dont les Scandinaves et les peuples germaniques désignaient les phases successives de la lune , différait entièrement de la nôtre. Comme depuis la première apparition , après ce que nous appelons la nouvelle lune , jusqu'à la pleine lune, il y a accroissement du disque lunaire, les différents degrés de cet accroissement portaient , dans la langue norraine , le nom de renouvellements (norr. mj). Le renouvellement par excellence était le premier.^ c'està-dire la première apparition après la nouvelle lune. Ensuite , comme depuis la pleine lune jusqu'à la nouvelle lune, il y a décroissance du disque lunaire , les différents degrés de cette décroissance ou de ce décours , portaient le nom de abaissements (norr. nid). L'abaissement par excellence était ce que nous appelons la nouvelle lune.
Les taches de la pleine lune , vues à l'œil nu , ne ressemblent à rien (voy. Arago , Astron. pop. , 3 , 385) ; c'est pourquoi l'imagination des hommes y a pu trouver différentes ressemblances arbitraires (voy. Grimm-,
Myth. p. 679). Les Hindous croyaient voir, dans la lune, un lièvre , et donnaient, par conséquent, à cet astre le nom épithétique de çaçln (Ayant un lièvre, lune). Les Scandinaves croyaient voir, dans les taches de la lune , deux individus portant , sur leurs épaules , une perche à laquelle était suspendu un seau. Partant de cette donnée d'intuition imaginative et l'expliquant à sa manière , la tradition mythico-épique, qui tourna plus tard au conte populaire , rapporta que Mâni (que les dieux avaient enlevé de la terre avec sa sœur ^o7j en enleva, à son tour, deux enfants, un frère et sa sœur, dont il iît ses serviteurs, comme Thôr l'a fait de Thialji et de Röskva , et qu'on les voit encore , sur le disque de la lune , tels qu'ils étaient au moment de leur enlèvement. Le père de ces enfants est nommé Vid-Jlnn (Finne de la Forêt) ; c'était sans doute , dans la tradition primitive, un Géant des Montagnes ; et ce nom prouve même que cette tradition s'est formée seulement lorsque les tribus gothes se furent établies dans le Nord et qu'elles eurent repoussé dans les forets marécageuses de la Marche-Finne l'ancienne race iinne qui, antérieurement, était répandue dans toute la Scandinavie (voy. p. 139). Peut-être la tradition elle-même était-elle originairement finne. La fille de Vidfmn se nomme Dyl ou BU (Nuée; féminin de J??//r^ nuage), et son frère est nommé //íw/íí (Neigeux; cf. norr. Jiuk, neige) , deux noms qui désignent les figures nuageuses de ces enfants sur le disque neigeux de la lune. Ces enfants portent , sur leurs épaules, la Perche qui est nommée Siinul (p. Sumul, Conjonction, joug), parce qu'elle joint ensemble, comme un joug, les deux porteurs du seau. A cette perche est attaché le seau qui est nommé Baquet-aulait (norr. Sægr; cf. sansc. Sagara) , parce que le même vase qui servait de baquet à traire, servait aussi pour y porter de l'eau. C'est ce seau que les deux enfants de Vidjlnn^ au moment de leur enlèvement, avaient rempli de l'eau puisée à la fontaine qui appartenait kByrgir (Renfermant). Byr-gií', dont le nom exprime qu'il avait entouré son puits d'un mur solide, comme d'une enceinte (norr. borg)^ était, sans doute, unlotne possesseur, comme l'iotne Mimlr, d'un puits, situé dans le óV/owr-í/í'Alotnes. Ce mythe des enfants de Vidjinn ne se trouve consigné dans aucun des documents mythologiques qui nous restent; Snorri l'a puisé , probablement , dans la tradition populaire. Aussi la forme de ce mythe porte-t-elle les caractères du conte populaire postérieur; car les personnages qui y figurent, et qui étaient de race iotnique dans le mythe primitif, y sont déjà changés, comme dans les contes populaires, en personnages de race humaine.
\ 58. Soleil et Lune, dans l'origine divinités zoomorphes. — Dans l'origine, le soleil et la lune furent conçus, par l'intuition, comme des divinités bienfaisantes qu'on adorait. La forme de ces astres n'ayant rien qui put être rapporté, par l'imagination , à la figure humaine., ils furent conçus primitivement, par l'intuition , comme des êtres vivants (gr. zoa)., divins ou comme divinités zoomorphes. A cause de la chaleur fécondante et de la course rapide qu'on remarquait dans le soleil , l'imagination des Scythes, peuple pasteur, chasseur et guerrier, se figurait le dieu Soleil comme un animal mâle en chaleur, tel qu'un étalon , un taureau, un bélier, un verrat, un renne, un élan ou un cerf. Aussi ces animaux furent-
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ils consacrés au dieu Soleil zoomorphe. Les Scythes guerriers aimaient surtout à voir, dans le Soleil , un "cheval ardent parcourant rapidement les espaces célestes , et répandant ses rayons de lumière et de chaleur par ses yeux, ses naseaux, sa crinière luisante, et sa queue flamboyante. La Lune fut conçue, par l'intuition, à la fois comme divinité analogue au Soleil , en tant que bienfaisante et luisante comme lui , et comme divinité opposée ííw Soleil , en tant que nocturne , tandis que le Soleil était diurne. On considérait principalement la Lune au point de vue de l'influence fécondante qu'on lui attribuait: c'est pourquoi elle passait pour la déesse de la génération et de la naissance (cf. lat. Luna, Lucina)^ d'autant plus qu'elle se confondait avec la Nuit qui , elle aussi , était considérée comme une Mère, du sein de laquelle la Terre, avec tout ce qu'elle renferme, était sortie (voy. p. 200). Aussi l'imagination se figurait-elle la Lune, cette déesse zoomorphe, de préférence sous la forme de la vache, de la biche et de la truie, qui étaient les types de la maternité (voy. g 98), et qui, dès lors, devinrent les animaux consacrés à la Lune zoomorphe.
Lorsque plus tard, chez les Scythes, comme chez les autres peuples iafétiques, les divinités zoomorphes furent remplacées successivement par des divinités anthropomorphes , le soleil et la lune ne furent plus considérés comme des divinités sous forme animale, mais comme des êtres impersonnels, comme des astres, auxquels présidaient des divinités à la forme humaine, lesquelles, comme personnes, étaient distinctes des astres auxquels elles présidaient. Cependant, malgré ce changement^ qui, à la place d'un seul être divin, savoir le dieu Soleil zoomorphe, en fit concevoir deux, distincts l'un de l'autre, savoir le divin Soleil, comme astre , et le dieu anthropomorphe du Soleil , qui y présidait , les animaux qui , selon l'usage traditionnel religieux , étaient consacrés à l'ancien Soleil zoomorphe, continuèrent à être consacrés au dieu anthropomorphe du Soleil , et les anciennes traditions et les mythes se conservèrent également avec quelques changements. C'est ainsi que les Massagètes, à une époque où le Soleil était déjà adoré comme dieu anthropomorphe , donnaient cependant encore à ce dieu l'ancienne épithète de Le plus rapide des dieux (voy. Hérodot. i , 216), épithète qui se rapportait originairement au cheval rapide , sous la figure duquel le soleil était anciennement conçu. Dans la Mythologie indienne, le dieu du ciel, Indras, divinité anthropomorphe , qui fut substitué à l'ancien dieu zoomorphe Sourias (Soleil), portait également, encore plus tard, comme reste et en souvenir de l'ancienne hypostase du soleil , les surnoms de Vadjan (Cheval) et de Arvan (Coursier ; voy. Les Gètes , p. 1 79). Toutes les tribus Scythes, ainsi que les Hindous, les Perses, les Rhodiens, les Lacédémoniens, (Pausan. Lakon. , 20, 5), sacrifiaient au dieu du Soleil, le cheval , le plus rapide des quadrupèdes, et qui lui resta toujours consacré. C'était au dieu du Soleil qu'étaient consacrés les chevaux blancs qui paissaient sur les bords du lac Hypanis en Scythie [Hérodot. 4, 52) ; et cet usage religieux se transmit également aux descendants des Scythes, aux Sarmates et aux Gètes , et aux descendants de ceux-ci , aux Slaves , aux Scandinaves et aux Germains. Dans la Mythologie Scandinave, les deux chevaux^ qui traînent le char de la déesse Sôl (voy. § 56), rappellent encore le Cheval ce-
leste (norr. himin-iôr; v. p. 202) , qui était rancienne hypostase du soleil. Les Scythes de la branche sarmate habitant des pays où abondait Vélan, que , dans leur langue , ils nommaient alkiis (Strabon , kolos p. olkos ; grec alké\ lat. alces, achlis ; vieux-slavon loçs ; vieux Scandinave ialkr; norr. elgur; pol. loç, etc.) , ont substitué au cheval , comme animal consacré au soleil, Vélan, d'autant plus que \e nom al kiis , qui signifiait proprement lancé, s'appliquait également au cheval et à l'élan (cf. polon. loszak , petit cheval tatare). A ['élan , les Scythes septentrionaux ou les Sar-mâtes (Hommes du Nord), ont substitué le re?ine qui, dans leur langue , était nommé farandus {Plin. , 8 , 34 , 52 ; Hésychius tarandos ; norr. thrandr; cf. pelasge Brendos ; norr. brâdr p. brandr) , mot qui , dérivé du thème vrinda (p. bhrinda)^ est synonyme de renne (lat. rheno\ vhall. rheino\ norr. Arem) , et qui signifiait proprement Frémissant, Chaleureux , Impétueux. Enfin , au renne et à l'élan , les Scandinaves ont substitué le cerf, d'autant plus facilement que , dans les langues slaves , le même mot ielen (lith. elnis , impétueux; cf. norr. eli, tempête), désignait l'élan (de elen; ail. elend) et le cerf. Encore au douzième siècle , les Chants-de-Sôl {Sôlar-liod LV), de l'Edda, représentent symboliquement le soleil par un cerf (norr. Sôlar-hiort).
De même que, dans la Mythologie hindoue, l'incarnation de Fichnous ou le Verrat qui , avec ses défenses , symboles des rayons ardents , fait sortir des eaux primitives la Terre (cf. apia aquatique , sortie de l'eau) , était ordinairement l'hypostase zoomorphe du soleil , de même aussi , dans la religion des Scythes sarmates , le verrat qui , du reste , dans les langues scythiques, portait le même nom que le renne (scythe farandus, renne; norr. thrandr, verrat), et qui, dans l'origine , était le symbole zoomorphe du soleil , devint plus tard , chez les descendants des Sarmates, savoir chez les Slaves et les Vendes ou Venètes , l'animal consacré à Pravys (Seigneur) ou au dieu du Soleil. Les Scandinaves, en adoptant , des Fanes ou Slaves , le dieu Pravys , qu'ils nommèrent Frerjr (Seigneur) , adoptèrent également , comme consacré à ce dieu du soleil anthropomorphe , le verrat Gullinborsti (Soies d'Or) , lequel était ainsi la dernière métamorphose mythologique du Verrat céleste, qui était considéré primitivement comme l'hypostase zoomorphe du Dieu Soleil luimême.
Quant à la Lune , les traces de son hypostase zoomorphe primitive , après qu'elle se fut changée en personnification anthropomorphe , se conservèrent encore dans la Mythologie des peuples de race scythique , mais moins nombreuses et moins évidentes que dans les mythes du Soleil. Cependant le nom, que la Déesse de la lune portait chez-les Thrako- Gètes , et que les Grecs ont rendu sous la forme de Bendis (Biche p. Brendis, voy. Hésych.^ s. v.), on Bendeïa (p.Brendeia), semble prouver que , chez les descendants des Scythes de la branche géte , la Déesse de la Lune avait encore , jusque-là, conservé, comme animal , à elle consacré, la biche ^ qui, dans l'origine, avait été son hypostase zoomorphe. Plus tard encore , dans la Mythologie des Scandinaves , la Vache et la Truie , qui , originairement, étaient les symboles zoomorphes de la Lune, furent considérées comme des animaux consacrés à Freyia^ qui avait hé-