‹ La fascination de GulfiChapitre 88 sur 103 · LA FUITE DE SÔL ET DE MÂNI · texte numérisé non relu

LA FUITE DE SÔL ET DE MÂNI

§ 59. Un mythe de la période primitive. — Les traces et les preuves de la nature primitive zoomorphe de SôUi de Mâjii , se trouvent non-seulement dans les animaux, qui, plus tard encore , leur sont restés consacrés, mais aussi dans quelques mythes de la période primitive. A l'époque où la race scythe ne s'était pas encore complètement séparée des autres races iafétiques, il s'était formé un mythe (dont on trouve l'équivalent dans toutes les mythologies iafétiques) sur la lutte du soleil zoomorphe contre le Démon ou le Loup qui veut le dévorer. Lorsque le dieu Soleil zoomorphe fut devenu le dieu anthropomorphe du Soleil , ce mythe primitif, originairement symbolique, est devenu de plus en i^lus épique, et s'est reproduit et dans le mythe de Indras luttant contre Vritras^ et dans le mythe d'>/po//o?i luttant contre r?//î^o?i,etdanslemythedei'2^/rfc?luttantcontre le Dragon, etc., etc. A côté de ces formes épiques, l'ancienne forme du mythe s'est conservée jusque dans la Mythologie norraine. Bien que la déesse anthropomorphe Soi ait été séparée de l'astre du soleil auquel elle présidait , le mythe norrain , s'appuyant sur la tradition primitive , d'après laquelle l'astre lui-même était une divinité zoomorphe, énonce quei'óV, et non pas le soleil seulement, est menacée d'être dévorée. Ce mythe est donc un des plus anciens de la Mythologie norraine. Soi et Mâni n'y figurent pas comme des Génies anthropomorphes , présidant au mouvement du soleil et de la lune , mais encore comme des divinités zoomorphes , ainsi que ces astres avaient été conçus dans l'origine par l'intuition. Pour exprimer la pensée que le Soleil et la Lune sont condamnés à périr (voy. § 20). et que leur existence diurne et annuelle est, à tout instant, menacée, le Mythe dit que Sol et Mâni, qu'on se représentait originairement sous la forme d'un coursier et d'une vache , sont poursuivis par des Loups iotniques, qui les dévoreront à la fin des siècles; que les accidents qui arrivent au Soleil et à la Lune , tels que l'affaiblissement de leur chaleur et de leur lumière, les éclipses, les halos, etc., proviennent de ce que ces Loups monstrueux les atteignent quelquefois , les étreignent et les tiennent déjà à moitié dans la gueule , mais que cependant le Cheval-Soleil et la Vache-Lune , en faisant des efforts , parviennent encore à leur échapper. D'après ce mythe, le cours du Soleil et de la Lune n'est pas, comme selon une autre tradition primitive , la marche joyeuse de ces Divinités zoomorphes sur le vaste pâturage du ciel , ni comme .^elon d'autres traditions postérieures, une marche ou une course réglée par les Dieux (voy. p. 202) ; mais c'est une fuite incessante pour échapper à la destruction dont les menacent les Loups iotniques. Soi est poursuivie par le loup Skoll; et, pour s'en éloigner, elle courrait encore bien plus vite qu'elle ne le fait , si elle ne craignait pas de trop se rapprocher du Loup Haii , cet ennemi de Mâni. Mâni , lui aussi , ne veut pas trop hâter sa course, de peur de se rapprocher de Skoll ^ qui court au devant de lui , à la poursuite de Soi. La course de Sol et de Mâni est donc circulaire. La rapidité de cette course de Soi est devenue proverbiale dans

zOö COMMENTAIRE CRITIQUE PERPETUEL.

le IVord , comme l'a été , dans la poésie hindoue (voy. Bhagavat-Pouranam , 1 , v. 30) , la rapidité du Soleil , c'est-à-dire du Coursier céleste (Arvan) , qui s'enfuit avec terreur devant le monstrueux Houdras (Çivas).

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